Petit nu N°6

Petit nu N°6, Curiosa, Marie Pierre Morel, gildalliere, paris, 2O19.
Photo/Gilles Dallière/photogravure/Marie-Pierre Morel/Niels Schneider

C’est ma dernière acquisition : « Petit nu N°6 ». Une photogravure de Marie-Pierre Morel, tirée d’une série d’études pour le film éponyme de Lou Jeunet, d’après les photos de Pierre Louÿs. Le cadrage de ce nu masculin, académique, est soigné. La gamme des demi-teintes depuis la clarté solaire jusqu’au noir pure est parfaitement maîtrisée. À la recherche de la lumière magicienne, le corps de l’acteur vibre, et le papier sent cette vibration. Marie-Pierre travaille à la chambre, l’épreuve numérotée est tirée en gravure taille douce permettant d’obtenir grâce à la qualité du papier et au travail d’encrage une matière magnifiée dans les noirs chargés de mystères.
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Petit nu N°6

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Béton brut

Escalier, béton, Anvers, Belgique, Boris Vervoordt, gildalliere, 2006
Photo/Gilles Dallière/escalier/Boris Vervoordt/Anvers/Belgique

Lundi 13 mai, la pluie a cessé, et un pâle soleil éclaire la cathédrale. L’escalier file vers le ciel. Une porte en bois, creusée dans la pierre reste fermée, la chaux s’effrite comme si les termites avaient fait de la dentelle dans le mur. Une fine lumière bleue filtre à travers la fenêtre. J’ai descendu les quelques marches de cet escalier en colimaçon intelligemment intégré. Sans ornementation et en béton brut, il apporte de l’ampleur à la construction moyenâgeuse. J’ai retenu mon souffle et je suis parti.

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L’élégance du silence

Cheminée médiévale, Anvers, Belgique, Boris Vervoordt, 2006
Photo/Gilles Dallière/Anvers:Belgique/Boris Vervoordt

À Antwerpen, au rez-de-chaussée, l’espace est sublimé par le dessin de cette cheminée à double foyer. À gauche un tout petit tableau, presque vide, et sans aucune indication de lumière. À droite, une œuvre révélant trop d’imprécisions et de faiblesses à mes yeux. Au sol, les imperfections de la pierre bleue des carrières du Hainaut, superbe et transparente. J’aime cette tension. Le passé qui s’inscrit dans le présent, dépoussiéré, rangé, lumineux. Les murs sont aussi nus et rugueux qu’au XVe siècle. La même fenêtre haute laisse voir une épaisseur neigeuse creusée dans le mur. Mais ce n’est pas tout, il y a surtout le silence, et le silence c’est le silence, et ce n’est rien que le silence.

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L’élégance du silence

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L’échappée belge

Salon, Anvers, Belgique, Boris Vervoordt, gildalliere, 2006
Photo/Gilles Dallière/Anvers:Belgique/Boris Vervoordt

Dans cette échappée belge, il y a des journées qui ne ressemblent pas aux autres. Aujourd’hui, c’est une journée en pente douce. La pièce dans laquelle je pénètre est sombre, immense, vide, ornée d’une cheminée médiévale monumentale. Le feu chante dans l’âtre illuminé. L’endroit est un peu austère et je m’y sent forcément modeste. Une beauté indescriptible exsude des murs de terre ocre rouge, et dans la lumière diffuse, je commence vraiment à apprécier l’usage récurent de l’ombre. Les imperfections y prennent une importance toute particulière.

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L’échappée belge

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Que fais-je ici ?

Malakoff, J.Karam, gildalliere, Richard Alcock,2018
Photo/Gilles Dallière/Richard Alcock/ Paris

De retour à Paris, j’ai trouvé ma place, dans l’entrebâillement des portes d’un second jour aménagé de boiseries haussmanniennes. Sous la fluidité des cristaux d’un lustre XVIIIe, la froideur du décor est grandiose. Mes yeux glissent sur l’émail de la baignoire. Des traînées de lumière grise se confondent à la fluidité des veines du marbre de Carrare. Tout est silencieux. Debout devant le miroir de Bohème, je regarde mon visage et je me pose une question simple. Que fais-je ici ?

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Que fais-je ici ?

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Le contre-jour des sphinges

Villa Nellcote, Saint-Jean-cap-Ferrat, gildalliere, 2013
Photo/Gilles Dallière/Francis Amiand/Villa Nellcote/Saint-Jean-cap-Ferrat

Ici, il n’y a pas des millions de mètres cubes de pièces identiques. Il n’y a pas de portes et de fenêtres entassées les unes sur les autres. Il y a l’élégance de l’architecture “spectacle” posée sur la rive de la baie de Villefranche-sur-Mer. Il y a de la fierté, chez elle. Une grande fierté. De part et d’autre de la porte d’entrée, les sphinges ont le regard droit, la nuque raide. Elles ne demandent rien. Elles n’attendent rien. Le fleuve de la vie passe ailleurs. Elles le savent. Elles ont vécues, elles ont courues le monde avec les Rolling Stones. Aujourd’hui, elles savent comment il va. Elles se sont refait une beauté et elles sont prêtes pour la photo suivante.

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L’arbre de Thor

Villa Nellcote,Saint-Jean-cap-Ferrat, gildalliere, 2013.
Photo/Gilles Dallière/Francis Amiand/Villa Nellcote/Saint-Jean-cap-Ferrat

L’arbre de Thor protège la villa jusqu’au vertige. Il enveloppe l’espace. De lui émane une impression de force. Son élan vers le ciel invite à la verticalité et sa frondaison bruissante vient démentir le profond silence qui entoure son existence mystérieuse. Il me fascine aussi par sa longévité, jusqu’à quatre mille ans ! Combien de fois une vie d’homme ! Passeur de temps, l’arbre l’est aussi d’espace, tendu qu’il est entre ciel et terre. Il soutient le monde, comme le baobab d’Afrique ou le figuier des Indes équatoriales. Ses branches s’enracinent dans le ciel au dépens de son tronc. C’est là, la fine bordure entre la vie et la mort.

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La villa Nellcote

Villa Nellcote, Villefranche sur mer, gildalliere, 2013
Photo/Gilles Dallière/Francis Amiand/Saint-Jean-cap-Ferrat

Le passé coule sur les balustres de la villa comme si le temps n’existait pas. Construite en 1899 sur les ruines d’une ancienne batterie militaire, avec ses grilles dignes de Versailles, sa façade ornée de colonnes ioniques en marbre, son escalier monumental et son jardin à la française qui descend jusqu’à la mer, Nellcote est un véritable palais. En 1971, les Stones quittent l’Angleterre pour échapper aux impôts. Keith Richards, sa femme Anita Pallenberg et leur fils Marlon investissent la villa à Saint-Jean-Cap-Ferrat et du matin au soir, avec Mick Jagger, Charlie Watts et Bill Wyman, les échos des guitares électriques, sur amplifiées, traversent la baie de Villefranche au point d’entraîner le départ précipité de toute la troupe vers une nouvelle terre d’exil. Dans l’intervalle, le groupe enregistrera un chef-d’œuvre, « Exil on Main Street », un double album gorgé du soleil et des fêtes de la Riviera.

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La villa Nellcote

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Froide comme l’albâtre

Nelcotte, Villefranche sur mer, gildalliere, 2013
Photo/Gilles Dallière/Villefranche sur mer/Villa Nelcotte

Le soleil méditerranéen accable la villa de sa lumière. La déesse se dresse, vivante, à cette heure de l’après-midi sous l’immense azur de l’escalier faisant sur la verrière une tache sombre. Elle s’étire, balançant son enfant sur ses épaules. Le plissé de sa toge glissant de ses larges hanches jusqu’au creux de son dos. Le poids de son marbre immaculé tire en arrière sa tête délicate et lui donne un air triomphant et paresseux. Elle sourit d’un blanc sourire comme si elle apercevait un miroir reflétant sa beauté, belle et froide comme l’albâtre.

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Froide comme l’albâtre

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Une passerelle sur le temps

Balustres, Parc Impérial, Nice, gildalliere, 2019
Photo/Gilles Dallière/Parc Impérial/Nice

La passerelle se met en scène. Elle devient actrice et spectatrice. Elle s’exhibe désormais dans toute sa théâtralité. D’un bout à l’autre, elle touche enfin au réel. Elle s’ouvre à la lumière, à l’immensité lumineuse du monde. Elle tend ses balustres durcis comme des membres vers le dehors, sur ce ciel d’azur que l’on peut tout à la fois concevoir comme la jouissance infinie à laquelle elle aspire par la clarté cruelle de son blanc immaculé.

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Une passerelle sur le temps

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