Pile ou face

Claude  Rutault, Musée Picasso, gildalliere, Paris, 2019
Photo/Gilles Dallière/Claude Rutault/Pile ou Face/Musée Picasso/Paris

100 toiles, brutes, peintes, tendues sur châssis, de tailles toutes différentes dans des formats standards, appuyées en piles contre un mur. L’œuvre de Claude Rutault est importante, car elle ne propose rien d’autre qu’une nouvelle politique de la peinture. Politique non par son contenu, mais à un niveau plus profond : par la pratique nouvelle qu’elle induit, par la redistribution radicale des rôles qu’elle propose sur la scène de l’art.

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Pile ou face

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Corps & Âmes

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Photo reproduction/Gilles Dallière/exposition Corps & Âmes/Du 15 mars au 08 septembre 2019/Georges Dorignac/Musée de Montmartre jardins Renoir

Georges Dorignac réinvente le NOIR. 50 œuvres au fusain, sanguines, et lavis s’exposent au musée Montmartre. Des visages, des corps, le corps d’une femme, sa femme. Et puis le NOIR, un NOIR plein de gris que la lumière ne traverse plus. Ce portrait de femme nue, fait en 1914 au crayon NOIR met en exergue le paradoxe stylistique d’un rendu tridimensionnel si obscur qu’il peut faire apparaître le corps comme une véritable silhouette plane, à contre-jour. Pourtant, si on regarde bien il sculpte le trait de son crayon, et dans le NOIR, la chair vit, corps et âmes.

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Corps & Âmes

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Grandeur nature.

Thomas Schütte, Monnaie de Paris, gildalliere, 2019-
Photo/Gilles Dallière/11 quai Conti/Paris

À l’étage du 11 Conti Monnaie de Paris, en plein milieu de la salle Dupré, j’entre dans la « Kristall II » de Thomas Schütte. J’y pénètre pour voir, tout en observant les points de vue choisis par l’artiste allemand sur la toile marouflée du plafond peint par Jean-Joseph Weerts en 1892. Les flammes du crépuscule s’évanouissent dans les ors des moulures. Le lustre en cristal trace un sentier fictif entre la toile et les planches de bois clair serties de cuivre. C’est comme la scène d’un théâtre quelques secondes avant le lever de rideau. Tout au long de la visite, la céramique, la cire, le dessin, la peinture, l’architecture, participent d’un mouvement incessant qui absorbe et renouvelle les problématiques et les formes des matériaux les plus traditionnels aux techniques les plus pointues, de la maquette à l’architecture grandeur nature, de la miniature à la sculpture monumentale.

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Grandeur nature.

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Des poudroiements de rêve.

Pauline de profil, Antonio Canova, palais Masséna, gildalliere, Nice, 2019
Photo/Gilles Dallière/Pauline Bonaparte/Antonio Canova/Palais Masséna/Nice

Au revoir Pauline. Avec toi j’ai connu des moments extraordinaires, des moments de suspension et d’air du soir. La chaleur du dehors nous a enfermés dans cet état de légèreté. Tu es assise pieds nus, le dos au mur dans cette pièce blanche et vide. Le dénuement de tes épaules prend une singulière beauté. Tu passes des heures à regarder le jour qui filtre par les persiennes du Palais Masséna, et la chaleur y dessine des poudroiements de rêve. Je regarde ton profil de marbre blanc sans me lasser, et c’est fou ce que tu ressemble à ton frère.

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Des poudroiements de rêve.

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Mademoiselle Bressant

Grand escalier du musée Chéret, Nice, gildalliere, 2019
Photo/Gilles Dallière/Escalier d’honneur du Musée Chéret/Peinture : Les écoles du XIXe, 1878, Nicaise de Keyser (1813-1887)

Du haut des marches de son escalier de marbre gris, la divine mademoiselle Bressant connue la Belle Époque. L’actrice, devenue princesse, tant d’allure que d’esprit, reçoit dans sa villa de Nice. Elle se met en scène dans des envolées de tulle, de gaze, et de mousseline à faire pâlir tous les habits noirs immortalisés sur la toile peinte par Nicaise de Keyser.

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Des arcs outrepassés.

Nymphe 1910, Marbre polychrome Henri-Louis Cordier, Musée Chéret, Nice, gildalliere, 2019
Photo/Gilles Dallière/sculpture/Nymphe/Marbre polychrome/1910/Henri-Louis Cordier/Musée Chéret/Nice

J’aime la démesure et la simplicité architecturale de cette villa inspirée des palais génois du XVIIe siècle. Eugénie Alix Bressant aurait pu poser pour Henri-Louis Cordier, mais elle ne l’a pas fait. La princesse Kotchoubey préfère user de son charme, de sa féminité, et de son intelligence. Elle aime recevoir, apparaître en haut de son escalier monumental, au beau milieu des colonnades palladiennes encadrant les fenêtres de la salle de bal en arcs outrepassés.

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Des arcs outrepassés.

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Pauline

Pauline, palais Masséna, Nice, gildallière, 2019
Photo/Gilles Dallière/Pauline Bonaparte/Antonio Canova/Palais Masséna/Nice

Pauline la scandaleuse, l’air brûle sur ton visage. Tu as offert tes seins que tes vêtements ne suffisent jamais à masquer à Antonio Canova. Tu as livré le velours de ton intimité à Borghese, et aujourd’hui tu me tournes le dos. J’ai vu qu’on t’avait déplacé, mais dès que tu es quelque part, ta sauvagerie envahit tout. Derrière les jardins du Palais Masséna, tes yeux de marbre, pleins de détours, regardent la mer. La brutalité neutre du ciel d’azur te rend molle et ronde.

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Le temps suspendu.

Hammershoi, le maître de la peinture danoise, gildalliere, 2019
Photo/Gilles Dallière/Vilhelm Hammershøi/Interieur avec femme de dos/1898/Musée Jacquemart André/1′ mars-22 juillet 2019

Avec l’exposition Hammershøi, le maître de la peinture danoise, je me suis plongé au cœur d’une œuvre unique, aux confins du silence et de la solitude. Un monde énigmatique, cadré, réduit à une palette de gris et de bruns. Subtile, le blanc est immaculé. Le noir, profond est presque angoissant. Entre rêve et réalité, dans cette atmosphère étrange, je me suis installé au festin de Babette, une flûte de Veuve Clicquot 1860 à la main, devant la poésie du vide et de la lumière. Cet art de l’épure m’a donné faim. Au menu : soupe de tortue géante, blinis Demidoff, cailles en sarcophage farcies au foie gras et sauce aux truffes, le tout arrosé d’un Clos Vougeot 1845. Dans cette poésie du vide et de la lumière, je me suis régalé d’une salade d’endives aux noix, et pour terminer, d’un baba au rhum et fruits confits, accompagné d’une coupe de Fine Champagne. J’ai mille fois savouré des yeux ce temps suspendu nourri d’une dimension supplémentaire : la grâce.

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L’épure

Hôtel Salé, Paris, gildalliere, 2019-2.
Photo/Gilles Dallière/Musée Picasso/Paris

Je définis ma relation à la photographie comme relevant d’une expérience : expérience de la marche, expérience de l’espace. Le cadrage crée l’espace. Il crée l’espace nécessaire pour révéler la fragilité et la richesse de la surface sensible : la main courante. La lumière s’y accroche, s’y faufile, s’y glisse, traverse où se heurte à la surface de l’architecture. Une recherche de l’épure et de la composition. Un monochrome noir qui révèle une observation attentive d’un intérieur urbain. J’ai fait surgir le blanc, c’est à dire la lumière.

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L’épure

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La solitude

Entrée, Sawaya Moroni, Milan, 2008
Photo/Gilles Dallière/Milan/Sawaya&Moroni/Chaise Ollwood/William Sawaya

Lorsqu’on habite depuis longtemps dans un immense appartement, en retrait de la société, dans l’ampleur retrouvée de sa propre vie, on devient peu à peu conscient de la présence d’un autre solitaire, d’une solitude identique à la sienne, quelque part, en marge du monde et de la foule. Je me souviens encore de la stupeur qui m’a saisi dans le noir en voyant cette chaise, posée là, seule, perdue devant la porte d’entrée grande ouverte. Pourquoi cette chaise ?
Pourquoi utilise t’elle cette lumière pour donner voix à ma propre nuit?
Je suis resté là, dans le noir, seul avec la chaise et je me suis laissé subjuguer par un tourbillon d’images et de souvenirs.

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La solitude

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