TRY TO GET WHAT YOU LOVE OR YOU'LL BE FORCED TO LOVE WHAT YOU GET
Archives de Catégorie: Clichés/design
Géométries variables…
Escalier, Paléopoli, Kithira, Grèce, gildalliere, été 2022
Se poser, fermer les yeux, laisser l’instant devenir parfait, retrouver les géométries architecturales, et le hors-temps où l’enfance et l’avenir se superposent comme des couleurs. Être dans les bras d’une mère adorée, écouter les paroles d’un père qui s’est toujours tu. Avant de n’être rien.
Je ne peux pas le nier, je suis ici très proche du bonheur, protégé par le non-lieu, le non-espace, le non-temps d’une taverne créée pour un non-individu.
Les palmettes d’une maison, Pitsinades, Kithira, Grèce, gildalliere, été 2022
Le décor est devenu une philosophie, depuis que le monde a perdu de son étrangeté, depuis que les forêts et les océans sont répertoriés, l’absence d’inconnu oblige à se construire un décor. Chacun, dans une illusion de moi, peut le configurer à son image. Des toiles peintes et des Himalaya de stuc s’offrent au désir et, enfermé dans ces ersatz comme dans un palanquin d’or, on peut traverser la vie et le monde, lesquels ont perdu toute saveur. Un décor pour se cacher le vide du sens, ou une porte pour retrouver le sens, qui n’a jamais été perdu. Et c’est vrai, ici il n’y a plus qu’un ciel et une bande-son de palmettes.
Fenètre sur Arionadika, Kithira, Grèce, gildalliere, été 2022
Devant les couleurs chaudes de la fenêtre entrouverte, dans l’embrasure d’une architecture vénitienne, l’air est plein de parfums sombres, et je peux distinguer une légère odeur de figuier qui vient dans le sucre de sa source me rendre à la douceur des choses qui ne s’achètent pas.
ombre portée, Pitsinathès, Kithira, Grèce, gildalliere, été 2017
L’ombre ne vit qu’à la lumière. Effets de lumière sobres et captivants, dans lesquels triomphent la rigueur et la simplicité. Les sentiments et les impressions intemporelles sont ainsi exprimés avec une rare acuité. Je reste frappé par l’étonnante modernité de ces architectures où l’ombre crée le volume. Elle devient alors indispensable à la perspective qui construit l’espace.
Jeu d’ombre, Avlemonas, Kithira, Grèce, gildallier, été 2022
Quand j’ai affaire à l’ombre, je lui demande ce qu’elle veut. Et si je demande à l’ombre ce qu’elle veut, elle me répond qu’elle souligne l’architecture. La connaissance du jeu de l’ombre et de la lumière, c’est la poésie de l’architecture, comme si les blancs du poème opéraient ainsi que les ombres de l’édifice structurent en négatif l’architecture, organisant les vides et les pleins, ainsi que les chinois pensent dans l’écriture la page « yang et yin », à l’encre noire.
Les géométries d’Avlémonas, Kithira, Grèce, gildalliere, été 2022
Comment s’éloigner de la perfection ? De tous les arts du dessin pratiqués et perfectionnés par les Grecs, il ne reste plus que des lignes d’architectures immaculées, nées de l’utile. Elles se sont bien détachées des ordres dorique, ionique et corinthien, au point de les faire disparaître à mes yeux pour ne me présenter que des formes pures et immatérielles.
Débarquement à Cythère, Grèce, gildalliere, été 2022
Retour en Grèce après trois ans d’absence. 2019, mon dernier été passé avec maman, 2020, la pandémie, 2021, ma chute dans les escaliers de Montmartre. À l’aéroport de mon île, rien à changé et ce grand vide architecturé me plaît, m’appelle, m’aspire. J’aime le formidable désœuvrement qui règne ici. J’y suis chez moi, au chaud malgré le vent et la froideur de l’esthétique dominante. Je vague les mains dans les poches, rien que mon Leica à mon œil.
Le plafond Art déco des salons de la Villa Igiea, Palerme, Sicile, gildalliere, été 2008
Je vis dans le clair-obscur de la conscience, sans jamais me trouver en accord avec ce que je suis. Les meilleurs d’entre nous abritent la vanité de quelque chose, et il y a une erreur d’angle dont j’ignore la valeur. Il m’arrive parfois, par certaines portes, d’apercevoir ce qui n’est peut-être que décor, mais là je suis subjugué par le style Art-déco, et je lève les yeux au ciel. Autour de moi le monde entier est confus, comme des voix perdues dans le labyrinthe des salons de la Villa Igiea.
Plafond de la Villa Igiea, Palerme, Sicile, gildalliere, été 2008
À la Villa Igiea, la lumière a pris une teinte jaune d’une lenteur excessive. Les intervalles entre les choses se sont élargis. La chaleur, qui semble avoir augmenté paraît toute froide. Les volets intérieurs de la fenêtre, juste entrouverts, laissent entrevoir par cette fente étroite le jardin luxuriant. Il est d’un vert différent, tout imbibé de silence. Dans cette atmosphère mystérieuse, je me suis amusé à examiner, du dedans de l’âme, les lignes et les détails minutieux de ce plafond merveilleux, et en contemplant tout cela, je me suis demandé si c’était bien réel.