Ouverte aux quatre vents

La tour des ombres, chandigarh, gildalliere, 2010.
Photo/Gilles Dallière

À Chandigarh, la lumière peut-être magnifique. Dans la halle ouverte aux quatre vents de la Tour des Ombres, le rythme des brise-soleil est parfaitement millimétré. La beauté esthétique y prévaut autant que la fierté, l’humilité, et la force de l’architecture. Mais c’est une autre dimension qui naît précisément de cette élégance qui rompt délibérément la symétrie de l’immense esplanade. Mon objectif s’y attarde, exploitant les pleins et les creux de ces lignes enchevêtrées. Une inventivité qui donne aux ombres une dignité singulière. Elles sont les armes contre la rudesse de Sūria, le dieu soleil.

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Ouverte aux quatre vents

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Institutions

Haute cour, Chandigarh, inde, gildalliere, 2010
Photo/Gilles Dallière

« Ce mot pour te dire que le palais de la Haute Cour où près de 1000 ouvriers et femmes et ânes s’activent est tout simplement extraordinaire. C’est une symphonie architecturale qui dépasse tous mes espoirs, qui éclate et se développe sous la lumière de façon inimaginable et inlassable. De près, de loin, c’est une surprise et une provocation d’étonnement (…) »
Le Corbusier. Chandigarh 1954

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Institutions

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La modernité imposée

pj-si-32-c, fauteuil Le Corbusier,Chandigarh, india, gildalliere, 2010
Photo/Gilles Dallière

Si je n’avais pas rencontré l’Inde en 2001, je n’aurais que mon enfance pour savoir que les mythes se touchent et se sentent. J’y suis allé travailler deux fois par an pendant quatorze ans et dès le premier voyage, j’ai été piqué par sa magie, mon rapport à la vie s’en est trouvé modifié. À Chandigarh, la modernité imposée par Le Corbusier apparaît comme une minuscule aventure ; le papillon gris d’une morne saison posé au pied de l’Himalaya. En Inde, il faut avoir le temps. La hâte est un obstacle, la disponibilité une source de bonheur. L’Inde m’a fait sentir libre de devenir étranger à moi-même. Le désastre de Le Corbusier avec ses rues au carré et ses bâtiments inhospitaliers symbolise une des catastrophes du XXe siècle, le refus de considérer les méandres du réel et la nature des hommes. En Inde, je n’ai jamais vu autant de sourires, d’oiseaux, de dieux, d’attentes, de mains, d’ordures, de fruits, autant de menaces, de tendresse, de sexes lactés, de sang dans le ciel du soir, d’yeux dorés qui dissèquent, d’aboutissements.

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La modernité imposée

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Tridimensionnel

Lafayette Anticipations, gildalliere, 2019
Photo/Gilles Dallière

Voilà bien une curieuse et sublime découverte que la réflexion démultipliée du ciel au Lafayette Anticipations. La cage de verre qui coiffe la tour d’exposition conçue par Rem Koolhaas reflète une composition aux rythmes rigoureux. Une image harmonique, presque mathématique, dans laquelle rythme et mouvement confèrent à la vision une tridimensionnalité inattendue d’une grande force expressive. Le temps s’est arrêté, suspendu, illimité, créant une atmosphère quasi irréelle où la confusion et l’aliénation règnent.

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Tridimensionnel

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L’enfer souterrain

MeÃÅtro, Paris, gildalliere, 2019
Photo/Gilles Dallière

Le monde est une fenêtre. Dans cet encadrement, la main courante semble glisser sur la crasse d’un mur éreinté. Place de la République, dans le métro du XXIe siècle, l’anthologie des ombres décrit les corps d’une société atomisée, repliée sur la satisfaction de ses besoins personnels. Ils sont là, tous, dans leur distance. Ce qui n’apparaît pas se découvre dans le silence gris de ce cadre déchiré. Tous sont là, les mains posées sur la rampe gluante de cet enfer souterrain à courir vers je ne sais quoi.

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L’enfer souterrain

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Le génie des métamorphoses

Sépulture de Victor Brauner, cimetière de Montmatre, gildalliere, 2019
Photo/Gilles Dallière

« Ma peinture est autobiographique, elle raconte ma vie et ma vie est exemplaire car universelle » Victor Brauner. Le surréalisme a fait l’impossible pour multiplier ces moments où l’homme, en proie à une émotion particulière est soudain empoigné par ce plus fort que lui qui le jette à son corps défendant dans l’immortalité. La peinture de Victor Brauner est riche de matière mentale. Son œuvre frappe par sa diversité, un éclectisme avant-gardiste qui le fera dépasser le surréalisme. Toute sa vie, Victor Brauner a crée des images insolites et des figures chimériques. Il emprunte aux arts primitifs et aux sciences occultes pour exprimer des archétypes universels. Et sur sa sépulture, les émotions ont deux visages stylisés. Ils illustrent son épitaphe : « Peindre c’est la vie, la vraie vie, ma vie. »

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J’ai rêvé

Géométries sud, fondation cartier, gildalliere, 2019
Photo/Gilles Dallière

Jorge Luis Borgès a dit : « j’ai rêvé la géométrie, j’ai rêvé la ligne, j’ai rêvé le plan et le volume. Le jaune, le rouge et le bleu. J’ai rêvé les mappemondes et les royaumes et le deuil à l’aube ». Hier après-midi, j’ai rêvé dépasser cette géométrie unique et je me suis perdu dans l’entre deux. J’ai rêvé de beauté, j’ai rêvé de bonheur, j’ai rêvé de se qui se voit parce qu’un nuage a disparu. J’ai rêvé de ce qui doit changer parce que des raisons fortuites entraînent ce changement. J’ai rêvé du reflet de la beauté et de l’élan de vie, j’ai rêvé…

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J’ai rêvé…

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Karl Lagerfeld

Karl Lagerfeld, la Vigie
Reportage/Gilles Dallière/Photo/Nicolas Millet

Karl Lagerfeld aimait la démesure. Il avait le sens de l’invention et de la réinvention. J’ai eu le plaisir de photographier la Vigie à Monte Carlo, au bord du golfe de Monaco. Une Villa toute blanche qui évoque la Riviera d’antan. Louis XV et Louis XVI s’y sentiraient chez eux. Volubile et drôlement présent, Monsieur Lagerfeld était disponible, concentré, pertinent, c’était un abîme de culture sans pédanterie. À la Vigie, le temps n’existait plus. Pour lui, c’était l’aisance avec laquelle on habitait les maisons qui était important. La maison idéale ? C’était toujours la prochaine, comme une collection. C’était le rêve inaccessible qui poussait à créer. Faire des robes, du dessin, de la photo, de l’édition, des maisons, peu importe, c’était la seule façon qu’il avait de vivre, en travaillant, en s’amusant, en utilisant ses défauts, en les récupérant. Vous êtes, Monsieur Lagerfeld un merveilleux souvenir.

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Karl Lagerfeld

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L’homme de bronze

Bronze de Joseph Bernard au Musée do Chiado, Lisbonne, gildalliere, 2007
Photo/Gilles Dallière

Il est midi, le jour est immobile et le soleil te fait pencher la tête. Ton bronze est encore plus noir que ton ombre. Tu regardes sans désir la ville qui se dresse à tes pieds dans l’air dru jusqu’au ciel. Un peu plus de lumière et le jardin s’incline devant ta nudité. Qui de nos jours, sait encore rester comme toi immobile ? Ta figure, d’une étrange beauté m’intrigue, m’inquiète même et j’éprouve le sentiment pénible qu’une si merveilleuse beauté pût s’allier à l’absence de toute sensibilité.

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L’homme de bronze

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O país de Abril

Le Panthéon, Lisbonne, gildalliere, 2007
Photo/Gilles Dallière

Au Panthéon des gens célèbres, dans l’enceinte immaculée de Santa Engracia, j’ai vu luire la pleine lune alors que le soleil brillait encore et dans un coquillage, trouvé sur sa sépulture, j’ai entendu la voix du Fado qui défaille. J’ai ouvert les yeux au jour pour écouter la plainte d’Amalia Rodrigues s’élever dans la poussière du ciel. J’ai cueilli une rose, j’ai mangé le pain avec l’eau et le miel et par l’ouverture de la fenêtre j’ai baisé tous les vents.
“Meu amor, por ti cantei e tu me deste, um chão tão puro, algarves de ternura, por ti cantei à beira-povo, à beira-terra e achei, achando-te, o país de Abril.”

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O país de Abril

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