L’épure

Hôtel Salé, Paris, gildalliere, 2019-2.
Photo/Gilles Dallière/Musée Picasso/Paris

Je définis ma relation à la photographie comme relevant d’une expérience : expérience de la marche, expérience de l’espace. Le cadrage crée l’espace. Il crée l’espace nécessaire pour révéler la fragilité et la richesse de la surface sensible : la main courante. La lumière s’y accroche, s’y faufile, s’y glisse, traverse où se heurte à la surface de l’architecture. Une recherche de l’épure et de la composition. Un monochrome noir qui révèle une observation attentive d’un intérieur urbain. J’ai fait surgir le blanc, c’est à dire la lumière.

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L’épure

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Paysage urbain

Paysage urbain, Andrezieux, gildalliere, 2019
Photo/Gilles Dallière/Château d’eau/Andrezieux-Bouthéon

Je suis passionné par les lignes que je peux tirer d’un bâtiment urbain. J’aime la mise en valeur des découpes subtiles par les ombres, les répétitions rythmées des formes et l’élan dynamique des fuites architecturales. Dressé sur une terre lointaine, le Château d’eau renvoie tout à ce qui est archaïque et éphémère. Les murs se dressent vers nul pars, les courbes débouchent sur le vide et les perspectives se mettent au service d’une rigueur contemplative.

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Paysage urbain

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Je suis toi

Eglise protestante, marais, Paris, gildalliere, 2019
Photo/Gilles Dallière/Temple/Paris

Je suis resté longtemps immobile dans ce temple, recueilli, hébété par l’épure, silencieux devant cette clarté extraordinaire. Mais vide…Mon corps est froid, l’extrémité de mes doigts, glacée. Mon manteau n’a pas quitté mes épaules et ma vie défile à toute allure devant mes yeux. Et d’abord, ce n’est pas la mienne mais celle d’un autre…J.D.B…Je vois tout ce que tu as vu, pensé, crée, je vois ton renoncement face à la maladie, ta solitude face à ton choix, ta mort. L’espace de cet instant, je suis toi.

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Je suis toi

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Autoportrait

Mon Portrait, Italie, Milan, Sawaya&Moroni, 2008.
Photo/Francis Amiand/Gilles Dallière/Milan

C’est bien moi, j’ai laissé ma chaise devant la porte d’entrée, mais la sensation d’un vertige noir persistera jusqu’au milieu de la matinée.
Que pensez-vous de l’affaire Vincent Lambert ?
Que pensez-vous de cette tempête médiatique et judiciaire ?
Si la porte se refermait sur ma vie, j’aimerais qu’on m’aide à la franchir sans souffrir.
Que pensez-vous de toutes ces agressions anti-LGBT ?
Du Brexit, du naufrage de l’Europe ?
Plus le scrutin approche, plus les sondages d’opinion radotent, et l’élection se jouera, comme la présidentielle de 2017, entre la République en marche et le Rassemblement national.
Et je ne parle pas des gilets jaunes.
Aujourd’hui on boboïse, on cyberharcèle, on infox, oui ce sont les nouveaux mots qui entrent dans le Petit Robert 2020.
Dans ce monde d’excès jusqu’à l’absurde, où on déconne plein pot, je promène mon regard sur ce trait de lumière qui frappe furtivement la couronne de cristal rouge de l’obélisque. Le lieu rayonne d’une solitude essentielle. J’ai toujours eu le plus grand mal à fonctionner dans cette société. Les diplômes, les discours, mon travail de journaliste, l’importance de serrer les bonnes mains, de gagner toujours plus, je veux dire, toute cette frénésie pour pouvoir s’offrir quoi au juste ?
Le vrai luxe c’est la liberté.

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Autoportrait

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La solitude

Entrée, Sawaya Moroni, Milan, 2008
Photo/Gilles Dallière/Milan/Sawaya&Moroni/Chaise Ollwood/William Sawaya

Lorsqu’on habite depuis longtemps dans un immense appartement, en retrait de la société, dans l’ampleur retrouvée de sa propre vie, on devient peu à peu conscient de la présence d’un autre solitaire, d’une solitude identique à la sienne, quelque part, en marge du monde et de la foule. Je me souviens encore de la stupeur qui m’a saisi dans le noir en voyant cette chaise, posée là, seule, perdue devant la porte d’entrée grande ouverte. Pourquoi cette chaise ?
Pourquoi utilise t’elle cette lumière pour donner voix à ma propre nuit?
Je suis resté là, dans le noir, seul avec la chaise et je me suis laissé subjuguer par un tourbillon d’images et de souvenirs.

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La solitude

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Les clés du décor

Escalier d'Honneur de l'hôtel de la Monnaie, gildalliere, Paris, 2018
Photo/Gilles Dallière/Hôtel de la Monnaie/Escalier d’honneur/11 quai de Conti

Faisant montre d’un dessin tout à la fois sobre et savant, les balustrades du plus bel escalier de Paris espacent leurs motifs de minces socles ornés de couronnes de laurier. Le motif en frise, et celui venant orner les sous-pentes des volées de marches témoignent des formes géométriques, et surtout de la sobriété du « goût à la grecque » à la pointe des évolutions stylistiques du XVIIIe siècle. Le sol en damiers, à la fois patinoire et tremplin, plante le décor. Partout des colonnes et un ciel peint en trompe-l’œil et au sommet une fenêtre sur le temps. L’espace est pur et rigoureux, sans aucune transparence aux états du dehors : la pluie.

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Les clés du décor

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C’est le plus bel escalier de Paris

Plafond de l'escalier de l'hôtel de la Monnaie, gildalliere, Paris, 2019
Photo/Gilles Dallière/Escalier d’Honneur/11 quai de Conti/Monnaie de Paris

Quoi qu’on dise, c’est le plus bel escalier de Paris. On loue l’extrême qualité de l’exécution, l’érudition et l’élégance du style du règne de Louis XIV. Unanimement perçu par la critique comme l’un des plus beaux morceaux du nouveau bâtiment de Jacques-Denis Antoine, l’escalier d’Honneur de la Monnaie de Paris ne cesse d’étonner par une ampleur et un raffinement qui, en son temps le laissaient sans équivalent. Occupant un volume d’une hauteur égale à celle d’un immeuble de six étages, il déploie noblement quelques quarante degrés qui, du niveau du vestibule aux colonnes doriques, mènent au piano nobile et aux enfilades de salons du palais. Lui-même inscrit dans un péristyle de colonnes ioniques, couvert d’une coupole percée d’un jour central et décorée d’un décor en trompe-l’œil, œuvre de Jean-Jacques Forty, l’escalier concrétise du fait de la richesse de son décor, un désir d’architecte qui ne pouvait se réaliser que dans le cadre d’une commande royale.

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C’est le plus bel escalier de Paris

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Réflexion sur l’hôtel de Salm

La légion d'honneur, Paris, gildalliere, 2019
Photo/Gilles Dallière/Hôtel de Salm/Palais de la Légion d’honneur/réflexion sur la sphinge de Jean-Jacques Ducel

Qui n’a pas suivi le général Georgelin dans une visite guidée de son palais de la Légion d’honneur ne peut pas comprendre l’enthousiasme qui va suivre. Avec méthode et précision, il est capable de vous faire vibrer en racontant l’histoire de cet hôtel de Salm, bâti à la fin du règne de Louis XVI. Les péripéties traversées par Lacépède, qui y installe la Légion d’honneur. La détermination du général Vinoy, qui le fit reconstruire après l’incendie de 1871. Derrière la sphinge fondue par Jean-Jacques Ducel, cinq campagnes de restauration ont permis de redonner de l’éclat à ce décor méconnu. Le grand vestibule a retrouvé sa décoration d’origine. Le salon des grands chanceliers a été rénové. Les écoinçons de la coupole ont gagnés en tonalité. Les plafonds peints des salons de la rotonde, des muses, et de l’aurore sont flambant neufs.

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Réflexion sur l’hôtel de Salm

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Béton brut

Escalier, béton, Anvers, Belgique, Boris Vervoordt, gildalliere, 2006
Photo/Gilles Dallière/escalier/Boris Vervoordt/Anvers/Belgique

Lundi 13 mai, la pluie a cessé, et un pâle soleil éclaire la cathédrale. L’escalier file vers le ciel. Une porte en bois, creusée dans la pierre reste fermée, la chaux s’effrite comme si les termites avaient fait de la dentelle dans le mur. Une fine lumière bleue filtre à travers la fenêtre. J’ai descendu les quelques marches de cet escalier en colimaçon intelligemment intégré. Sans ornementation et en béton brut, il apporte de l’ampleur à la construction moyenâgeuse. J’ai retenu mon souffle et je suis parti.

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Béton brut

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L’élégance du silence

Cheminée médiévale, Anvers, Belgique, Boris Vervoordt, 2006
Photo/Gilles Dallière/Anvers:Belgique/Boris Vervoordt

À Antwerpen, au rez-de-chaussée, l’espace est sublimé par le dessin de cette cheminée à double foyer. À gauche un tout petit tableau, presque vide, et sans aucune indication de lumière. À droite, une œuvre révélant trop d’imprécisions et de faiblesses à mes yeux. Au sol, les imperfections de la pierre bleue des carrières du Hainaut, superbe et transparente. J’aime cette tension. Le passé qui s’inscrit dans le présent, dépoussiéré, rangé, lumineux. Les murs sont aussi nus et rugueux qu’au XVe siècle. La même fenêtre haute laisse voir une épaisseur neigeuse creusée dans le mur. Mais ce n’est pas tout, il y a surtout le silence, et le silence c’est le silence, et ce n’est rien que le silence.

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L’élégance du silence

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