L’âme du sculpteur.

David, Nice, gildalliere, 2019
Photo/Gilles Dallière/Sculpture/David/Michel-Ange/Promenade du Paillon/Nice

Le sourire des statues me laisse indifférent, mais chez Michel-Ange, c’est différent. Si je prends le visage de David, il n’est ni chagriné, ni souriant. Le sculpteur a saisi le visage d’un jeune homme allant vers son visage éternel. Quand je regarde ce visage, je sais que je ne suis pas seul. Il y a ce jeune homme, nu, qui curieusement existe, et bien plus qu’une grande partie des gens que je peux croiser dans la rue. Ce que je vois, c’est tout simplement la pointe de l’âme de Michel-Ange.

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L’âme du sculpteur.

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Poésie inutile.

Voute céleste, gildalliere, Nice, 2019
Photo/Gilles Dallière/ Nice

Cher décor néoclassique, tu résistes encore, mais aujourd’hui la poésie est inutile. Avec le temps qui passe, pour seul titre de noblesse, tes effets tombent en ruine. Derrière ton âme gantée de blanc, tes doigts portent des traces de nicotine. Les architectes vont bientôt sévir. Ils opèrent à froid, ils décortiquent, ils désossent, ils trouvent des milliers de circonstances pour t’abattre. Ce sont de grands malades…

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Poésie inutile.

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Apollon

Apollon, gildalliere, 2016
Photo/Gilles Dallière/Athènes

Le soleil est apparu sur la pierre froide. Il a posé sa main sur la sienne, et son glacé s’est réchauffé. L’Apollon de marbre blanc a fait ricocher la lumière du ciel sur ses muscles pour faire contrepoids à plusieurs kilos d’ombres. Alors ses yeux se sont ouverts, et son sourire a fait écho à mon regard.

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Apollon

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sculpture grecque, gildalliere, 2019
Photo/Gilles Dallière/Athènes

Nous sommes dans l’air des yeux vides. Dans ce monde là, ceux qui regardent à travers l’écran de leur téléphone portable, n’observent plus, ne pensent plus, tuent ceux qui pensent. Dans l’air mauve et aseptisé de ce musée, ils ne voient pas la lumière se battre contre les ombres, là où toutes les nervures de son marbre ressemblent à du ciel bleu.

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Éclaire ce que tu aimes sans toucher à son ombre.

sculpture, musée, gildalliere, 2016
Photo/Gilles Dallière/Athènes

Je goûte un silence recherché que le soleil fait tinter comme du cristal. Ce silence est secrètement troublé par la présence d’une sculpture éblouissante de lumière. La lumière mène à bien plus haut que nous, là où plus rien n’est à saisir, sinon l’insaisissable.

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Éclaire ce que tu aimes sans toucher à son ombre.

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De la place où l’on est…

Perspective, Malakoff, J.K., gildalliere, 2018
Photo/Gilles Dallière/Richard Alcock/Avenue Malakoff

Dans le panorama des grands décors, la galerie occupe la place la plus prestigieuse et la plus admirée. Elle est le lieu de passage où l’on s’arrête, pas à cause de la richesse des boiseries, mais parce que les décors de miroirs se répondent l’un à l’autre, et multiplient ainsi les perspectives. Chaque glace renvoie aux autres la figure du cristal de roche qu’elle reçoit, et ce que l’une n’a pas directement, elle l’emprunte à l’autre. Ainsi, l’œil y retrouve presque partout l’image de bien des choses qu’il a vues réellement, mais qui ne se peuvent plus voir de la place où l’on est. Même pas moi.

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De la place où l’on est…

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Soufflé bouche.

Accroché au plafond, gildalliere, Malakoff, 2019
Photo/Gilles Dallière/Richard Alcock/Avenue Malakoff

Le verre soufflé bouche de cette suspension trône, flamboyant, au centre des symboles de la haute décoration à la Française. L’élégante prend ses aises. Seule, elle expose ses courbes dans une mise en scène qui adopte l’esthétique d’un passé recomposé. Mais au milieu de cette composition serrée, elle n’est que le jouet du destin, sa beauté est déjà embaumée dans une histoire qui la dépasse.

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Soufflé bouche.

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La présence et l’absence.

Ombre et lumière, J.K. Avenue Malakoff, Paris, gildalliere, 2019L1015582-Modifier
Photo/Gilles Dallière/Avenue Malakoff/Paris

Je regarde autour de moi tout ce qui s’illumine. Mais comment écrire la réalité?
Comment parler de la présence et de l’absence?
La lumière scintille dans le vestibule du ciel, et les gypseries, ivres de vie semblent me sourire. N’y aurait-il pas de lustres dans le réel ?
Le verre de Murano se vrille et la clarté qui monte le long des murs révèle les contours luxueux d’un décor secret.

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Les éclats de Délos.

Athena, Delos, Grèce, gildalliere, 2007
Photo/Gilles Dallière/Létò/Mére d’Apollon/Délos/Gréce

La lumière du ciel, le vent dans les arbres, les ombres sur la mer : je perçois Les échos de l’héraldique antique. Létò, mère d’Apollon, tu es frappée de vent, traversée de lumière, carapaçonnée d’affleurements. Tu portes des vêtements divins, parfumés de l’odeur des herbes brûlées par le soleil. Tu ne peux plus relever la tête, mais ton col est environné des éclats de Délos.

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Les éclats de Délos.

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Dos à la mode.

Back side, musée Bourdelle, Paris, Martine Sitbon, Prêt-à-porter, automne-hiver 1997-1998, gildalliere, 2019
Photo/gilles Dallière/Musée Bourdelle/Exposition/Back Side/Dos à la mode/Du 5 juillet au 17 novembre/18 rue Antoine Bourdelle 75015 Paris.

« À chaque collection, j’essaie d’introduire la couleur. Le noir finit toujours par gagner. Il rend tout plus direct. Il dessine un profil, un dos…J’aime la ligne du dos des femmes…C’est le point focal de ma construction. Juste là, près des clavicules. C’est ce qui va décider de l’émotion d’un vêtement. »
Yohji Yamamoto
Déroulant une nouvelle fois les liens qui rattachent le vêtement à la sculpture, on se souvient de Balenciaga, l’œuvre au noir, le palais Galliera s’installe au musée Bourdelle. Une centaine de silhouettes, du XVIIIe à nos jours. Un dialogue étonnant entre les œuvres du sculpteur vues de dos et celles des plus grands noms de la mode. La mise en scène est brillante comme un ruban de soie noire, les robes sont surprenantes, dénudées comme une volte-face.

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Dos à la mode.

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