« La mort est le sacre du génie »…

La Circassienne, jardin des Biehn, Fès, Maroc, gildalliere, 2020
Photo/Gilles Dallière/Fès/Le jardin des Biehn

Balzac a écrit : « La mort est le sacre du génie ».
Michel, tu étais pour moi une force brute. Un homme carré, généreux, talentueux, aussi haut que large et pas toujours du genre à arrondir les angles. Tu grouillais clair dans ton nouveau palais, vert, mais tu nous a quitté ce matin. Tu avais pourtant une envie lumineuse d’avancer. Je t’ai vu pour la dernière fois en février. L’escalier était raide, tu l’empruntais à ton rythme, doucement. Sans faillir. Depuis l’histoire de la princesse aux petits pois, il y a 30 ans, mon admiration a toujours été douce, polie, respectueuse. Ta famille autour de toi a établi une cour d’amour, un espace sacralisé. Aujourd’hui il y a du vide, un grand vide. Mais il y a Catherine, Jeanne, Paul, Louis, et tes petits enfants. Il reste tes rêves, tes livres, ta gourmandise, ta passion pour les étoffes et les costumes anciens, ta conversation des objets, ton jardin, du moins devrais-je dire votre jardin : le jardin des Biehn. Face à cette chaude fanfare de couleurs, je reste à tout jamais marqué par la richesse de ton art de vivre. Merci.

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« La mort est le sacre du génie »…

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L’indifférent…

Les Invalides, Paris, gildalliere, 2018
Photo/Gilles Dallière/Hôtel des Invalides

Elles sont rangées en ligne comme tombées du ciel au milieu d’une forêt de verticalités dispersées aux abords du grand escalier de l’hôtel des Invalides. Il y a la lumière, la rampe en fer forgé sculptée au dessus d’un grand lieu vide qui s’ouvre à perte de vue. Il y a ces deux femmes, et toute la poussière des drames homériques accrochés aux plis de leurs toges, comme un décor de cendres. La foule passe indifférente. J’attends la fermeture pour ausculter le marbre.

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L’indifférent…

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Immersion dans la toile…

omnipreÃÅsence de GeÃÅrard  Drouillet dans ma chambre, Paris, gildalliere, 2020
Photo/Gilles Dallière/Ma chambre/Paris

Dans la transparence de ma chambre, il y a la peinture de Gérard Drouillet. Ça bouge, ça claque, ça trace des symboles sertis de spirales, de cercles, de points chargés d’énigmes. Le noir prédomine sans fin sur l’ocre d’Eygalières parsemé de gris. Il y a de l’opulence, de la confusion, des pleurs, beaucoup d’amour et des questions. J’y trouve de la conversation, du plaisir, un univers fantastique libéré par la magie de la main de l’artiste effleurant la surface du papier. Impossible de m’en défaire.

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Immersion dans la toile…

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Abstraction géométrique…

Equilibre des formes, mon salon, gildalliere, 2020
Photo/Gilles Dallière/De la cuisine au salon/Paris

Ici, entre ma cuisine et le salon, le mouvement est infini. C’est celui du va-et-vient de la lumière où l’esprit du tableau d’Albert Chubac et le monde traditionnel de la terre cuite marocaine et de la porcelaine chinoise y échangent sans fin leurs signes. Entre les deux, il y a le silence, la transparence, une simplicité absolue, la poésie des verticales qui superposent les ombres. J’aime me placer là, au milieu de cette abstraction géométrique, retenir mon souffle et n’être personne.

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Abstraction géométrique…

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Déconfinement…

Le coeur de Saint-Jean-de-Montmartre, gildalliere, 2020
Photo/Gilles Dallière/Saint-Jean-de-Montmartre

Dimanche 10 mai 2020, j’ai coché la case déplacement bref, dans la limite d’une heure quotidienne et dans un rayon maximal de 1 km lié à l’activité physique pour la dernière fois peut-être. Je me retrouve plongé en plein cœur de l’église Saint-Jean-de-Montmartre, seul. Et dans cette lumière irréelle, je me suis trouvé tout petit face à la pluie, la tempête, la foudre, la lente rotation de la planète et les vents qui l’accompagnent. Ridicule devant le virus qui cherche à s’étendre. La violence même de la vie, ne fait que changer, modifier, user, désagréger, pulvériser l’idée initiale de n’importe quel projet. Le futur commence lorsque le passé vole en éclats : lorsqu’il ne reste plus que la nostalgie. À demain…

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Déconfinement…

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7 heure du mat…

Ma chambre, gildalliere, 2020
Photo/Gilles Dallière/Ma chambre/Paris

Et cinquante trois jours plus tard, ça donne quoi le confinement ?
Mon lit défait, divisé par la verticale d’une lampe qui se reflète dans les lignes inclinées de la photo des échafaudages de la construction du périphérique de Paris par Jean-Claude Gautrand. Le reflet sur la boîte en plexiglass déséquilibre délicatement la scène et laisse entendre que dans la vie, tout ne peut pas être en équilibre parfait. Un instant, quelques jours peut-être, et ça ne dure pas ?
En fait c’est mal me connaître, tout est parfait, toujours…

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7 heure du mat…

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Composition…

Détail, médersa Cherratine, Fès, Maroc, gildalliere, 2014
Photo/Gilles Dallière/Médersa Cherratine/Sol/Fès/Maroc

Jamais je n’avais regardé avec autant d’avidité, d’émerveillement, le ciel, les nuages et la terre. C’est grâce aux couleurs que nous lisons le monde. Les zelliges de cette médersa, posés les uns à côté des autres, ont leurs histoires. Des histoires de couleurs tendres, accompagnées de poésies, et de prières, de chants profonds, et d’incantations. Il ne faut pas la gaspiller. J’ai autant de peine à gaspiller de la couleur qu’à gaspiller les mots.

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Composition…

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L’insondable infini…

le Mellah, cimetière juif de Fès, gildalliere, 2014
Photo/Gilles Dallière/Le Mellah/Fès/Maroc

Le silence est là. Sans fleurs ni couronnes. Au milieu du Mellah face aux tombes alignées et immaculées, le ciel ne s’occupe que de lui-même. Le silence qui précède le crépuscule est pétrifié par le vent compatissant de nostalgie. Tout ici est retourné dans l’insondable infini et dans ce désert de courbes toute la tristesse du monde se dissipe dans les airs.

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L’insondable infini…

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À l’heure du thé à la menthe…

Palais abandonné, fès, médina, Maroc, gildalliere, 2020
Photo/Gilles Dallière/Palais abandonné/Fès/Médina/Maroc

La fontaine est placée au centre d’un grand jardin flanqué de quatre colonnes de pierre enduites à la chaux. Le reflet exact des goûts architecturaux de la ville impériale. La cour est entièrement revêtue de dalles de marbre blanc. La coursive s’enrichît d’incrustations de marbres polychromes et de pierres semi-précieuses formant d’innombrables motifs géométriques et floraux parmi lesquels reviennent sans cesse des images de fleurs. Les portiques soutiennent l’azur d’un ciel cramé. Tout est silencieux. Le jardin est désert, comme pour augmenter ma solitude. Derrière moi, le salon est tendu d’innombrables pièces de brocart, de damas, de soie brodée, de velours cramoisi, dont les franges dorées retombent de tous côtés. Des fils ornés de perles pendent de toutes parts, formant des sortes de rideaux. Le sol disparaît sous plusieurs couches de tapis de toutes provenances, ornés de sequins qui brillent à la lumière dorée de l’après-midi.

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À l’heure du thé à la menthe…

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Lumière noire, lumière blanche…

Plafond peint, escalier du palais El Mokri, Fès, Maroc, gildalliere, 2020
Photo/Gilles Dallière/Palais El Mokri/Fès/Médina/Maroc

Ici, à la recherche de la profondeur, de la succession des plans, du recul qui est pris, de la totale occupation de l’espace, du sens des pleins et des vides, du jeu sur les emmarchements qui traduit un emboîtement de formes, ici tout est fondé sur l’ombre et la lumière. Elles encadrent la rigueur du dessin du plafond, où le bleu azur et le rouge vif contrastent avec le jaune surligné d’une touche d’aquarelle orange, un rehaut de gouache blanche ou une tache de violet. Ici, on va à l’essentiel.

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Lumière noire, lumière blanche…

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