Le sourire du bouddha…

Bouddha de Manuha,Bagan, Birmanie, Myanmar, gildalliere, 2005

Le kitschissime et gigantesque bouddha de Manuha est serré dans ses murs, coincé. Il rêve, les yeux grand ouverts, de s’évader entre les deux pages d’un livre, sur tant de feuilles déjà noircies, et sur ces feuilles toutes blanches qui ne seront jamais écrites que dans les songes d’un roi, dernier souverain du royaume de Thaton, monté sur le trône entre 1030 et 1057. À l’heure où les matins diaphanes se déplient, il faut monter haut, très haut dans le temple pour apercevoir par la fenêtre de sa chambre, son sourire et sa lumière comme de l’or sur ses paupières roses. S’il pense, je l’entends. S’il bouge, mon cœur bat. S’il parle, je respire l’air qui entoure sa poitrine, et si seulement il me touche, je deviens transparent.

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Le sourire du bouddha…

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L’or birman...

Temple, Bouddha, Bagan, Birmanie, Myanmar, gildalliere, 2005

Le Bedin-Saya, qui interprète les rêves dans les coins ombragés des marchés aux odeurs aromatiques, m’a raconté une légende selon laquelle le soleil qui se lève en Birmanie n’est pas le même que celui qui se lève dans le reste du monde. Il lui suffit de regarder le ciel pour le savoir. De voir comme il inonde les rues, s’immisçant dans les fissures et les ombres des temples, anéantissant les perspectives, les textures et l’or recouvrant les Bouddhas. De voir comme il brûle, scintille, s’embrase, et le bord de l’horizon est comme un daguerréotype qui prend feu, surexposé, avec les bords qui se recroquevillent. Comme il liquéfie le ciel, les banians, l’air épais, son propre souffle, sa gorge, son sang. Comme les mirages s’approchent pour lui tordre les mains du fin fond des routes lointaines.

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l’or birman…

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Le chemin…

Le passage, Birmanie, Myanmar, gildalliere, 2006

Tous les mondes, quels qu’ils soient, après une période de grande paix et de stabilité, finissent par être détruits par les vents qui soufflent sur les quatre continents et les quatre-vingt mille îles de la mer ; tous les mondes, quels qu’ils soient, après une période de grande paix et de stabilité, finissent par être détruits par l’eau de la mer qui monte et noie peu à peu, sous l’effet de la houle, les étages du monde ; tous les mondes, quels qu’ils soient, après une grande période de stabilité et de paix, sont détruits par le cataclysme du feu dont les flammes sont attisées par le vent. Après leur destruction, les mondes se recréent avant d’être à nouveau détruits, et ainsi de suite. Celui qui réussit à atteindre le nirvāna sort de ce cycle de destructions et de créations. Au Myanmar, le bouddhisme redresse ce qui est courbé ; dévoile ce qui est caché ; montre le chemin aux égarés.

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Le chemin…

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Le laque coquille d’oeuf…

Atelier de laque, Oeufs de cailles, Yangon, Myanmar, gildalliere, 2005

À la faveur de ce voyage birman, j’ai étudié le travail du laque et notamment l’incrustation de coquilles d’œufs qui jouit d’une place de choix dans la fabrication des meubles et accessoires de luxe. Comme il n’existe pas de laque blanc, on emploie des débris de coquilles qui donnent des blancs mats et crémeux rappelant la belle pâte de Chardin. Selon les coquilles employées, ici des œufs de cailles, l’artisan prend des parcelles, les emprisonne dans le laque et les craquelle à l’aide d’une petite pince, semblable à celles dont se servent les plumassières. Le laque coquille d’œuf devient l’une des spécialités de cet atelier et le succès est tel que pour subvenir à ses besoins de matière première, il doit élever des cailles lui donnant les coquilles les plus blanches. Ces dernières sont lavées, débarrassées des peaux internes, puis écrasées et tamisées afin de trier les fragments inégaux par taille. Selon l’effet souhaité, la coquille est placée du côté convexe ou concave. Dans le premier cas, une fois la couche de laque polie, les coquilles apparaissent blanches. Dans le second cas, les cavités sont remplies et serties par la couche suivante et apparaissent légèrement teintées, ce qui permet d’animer la surface.

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Le laque coquille d’oeuf…

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Vertigo…

L’escalier, atelier de Karel Aubroeck, Belgique, gildalliere, 2011


Il se trouve que les degrés, conduisant d’un étage à un autre, peuvent mener conjointement d’un état à un autre…

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Vertigo…

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La conversation …

La chambre de Marc Massa et Roger Liekens, Tamise, Belgique, 2011

Il pleut sans cesse en Belgique. Cette inondation continuelle a un effet étrange sur les habitants : ils aiment la couleur. Dans l’ancien atelier du sculpteur Karel Aubroeck chaque mur a été peint d’une couleur vive, traité comme une scène en soi. Ce sont les tableaux qui tout d’abord s’imposent à moi sur fond criard, s’additionnant pour former une conversation. À la vérité, ces nus académiques me somment de faire un lien entre eux. Dans mon élan, je leur ajoute de la perspective, moi qui regarde toujours les choses en face, je me mets en mode profondeur de champs. Je deviens l’intercesseur entre l’exposition et le spectateur, qui me prie instamment de laisser ici, comme un vestiaire, l’accoutrement des visites habituelles. Cette tentation de la narration, que les expositions d’ordinaire s’interdisent , je la devine m’attendre dès le seuil de chaque salle franchie, dans le parcours à venir.

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La conversation…

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Inspiration originelle…

Inspiration originelle, Anvers, Belgique, Boris Vervoordt, gildalliere, 2006

« Laisser une chose incomplète la rend intéressante et procure le sentiment qu’il reste de la place pour son développement ».
Yoshida Kenzo (1283-1350), extrait du Tsurezuregusa, « Les heures oisives ». Ici, une beauté indescriptible exsude des murs et dans la lumière diffuse, j’apprécie l’usage récurrent de l’ombre. Les imperfections y prennent une importance toute particulière, la cheminée impose sa renaissance, le mobilier résiste aux tendances. La maison de Boris Vervoordt résonne d’une harmonie discrète en plein cœur du quartier historique d’Anvers : le Vlaeykensgang.

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De l’air…

uil, jardin de topières, gildalliere, Belgique 2011

Envie de prendre l’air. C’est un jardin intime, fait de ronds et de bosses, animé par le mouvement des ombres des bosquets soigneusement taillés, projetées sur les allées de gravier blanc. Un jardin peuplé de formes arrondies et muettes où la lumière, l’eau, et le vent sont pris au piège. Un jardin qui n’a plus aucun souvenir du monde extérieur. Les hommes n’ont qu’à bien se tenir, la taille est laborieuse. On bouchonne les trous avec des souvenirs dont le calme relatif ratisse aussitôt du bonheur.

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Le vide culturel…

La nef du musée des Arts Décoratifs, Paris, gildalliere, 2020

Je n’arrive pas à comprendre qu’on n’ait pas pu, ou su, aménager en faveur des musées des dispositions qui auraient évité leur fermeture. Dans le fond, on ne considère pas la vie culturelle comme une priorité forte qu’il faut, autant que possible, savoir préserver. Alors on se précipite dans les grandes surfaces. On dévalise les stocks de papier cul. Et il reste le vide, un jeu de transparence forcé, une mise en scène du rien. Et dans ce désert culturel, il faut aussi dire la beauté sidérante et folle de l’architecture. Ici, dans la nef du MAD, tout est composé avec la même écriture : linéaire, précise, monumentale et musicale. Il ne faut pas sous-estimer à quel point l’ouverture d’un musée relève d’un mécanisme professionnel très complexe. Le cas est unique et le temple de l’art décoratif est fossilisé dans un avenir incertain.

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L’atelier du sculpteur…

Antoine Bourdelle, le centaure mourant, l’atelier, Paris, gildalliere, 2020

Ce centaure passe des heures à mourir dans la communion parfaite des lumières et des contrastes de l’atelier d’Antoine Bourdelle. L’homme-cheval, rongé de douleurs parce qu’il est immortel, obtint finalement du sculpteur de mourir dans l’enceinte du théâtre des Champs-Élysées. Il meurt sans plainte ni faux-semblants, sans voyeurisme non plus, la tête posée sur son épaule. Jérôme Godeau écrit : « Si les frisons de la robe, l’ondulation des flancs sont d’un modelé sensuel, l’allongement de la taille, l’envasement du torse, l’étirement de la ligne du bras et du cou s’inscrivent dans la perfection d’une figure géométrique ». Très haut, il tutoie les étoiles, les sabots profondément ancrés dans son socle de plâtre.

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L’atelier du sculpteur…

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