Du contraint au naturel

uil, jardin de topières, gildalliere, Belgique 2011
Photo/Gilles Dallière

Faire une photographie, c’est prendre la parole et il faut avoir quelque chose à dire. Dans un cadrage, j’apprends la modestie, car je dépends du réel et le réel est plus imaginatif que je ne le serais jamais. Dans ce jardin belge, je prends le temps de regarder le soleil dessiner ses ombres entre les buis taillés en rouleau de printemps. Dans ce monde où désormais on consomme la photo pour le plaisir de partager un instant, réapprenez à regarder, cadrer, hasardez vous et laissez vous guider du calme au tumultueux, du grandiose au pittoresque, du sévère à l’aimable, du contraint au naturel et surtout n’oubliez pas de vous retourner, champ contrechamp. Les images et les mots qui les accompagnent sont la mémoire de ce qui va disparaître.

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Du contraint au naturel

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« Aligner la tête, l’oeil et le coeur »

Porche d'entrée., rue Vaugirard, Paris, gildalliere, 2018
Photo/Gilles Dallière

J’ai joué à cache-cache sous le porche d’une entrée rue de Vaugirard avec l’inattendu, la disposition improvisée des lignes et des volumes en réflexion. Le contraste entre la forme et le noir et blanc traduit une alternance entre dissimulation et mise en évidence qui vous invite à poser un regard plus attentif sur l’image. Les géométries guident l’œil à la découverte d’un espace qui semble irréel. Mais la géométrie ne suffit pas. Il faut saisir l’instant, choisir la perspective, cadrer et faire parler les lignes qui semblent vouloir témoigner d’une sorte de sérénité absolue, nostalgique et solitaire. Comme l’a dit Cartier-Bresson, il faut réussir « à aligner la tête, l’œil et le cœur ».

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« Aligner la tête, l’oeil et le coeur »

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Ornementation

Banc Axel, Anvers, gildalliere, 2012
Photo/Gilles Dallière

Dans cette photo du détail ornemental d’un dossier de banc du château de ‘s-Gravenwezel, il y a le silence, le calme de l’instant qui précède la création ou qui peut-être suit sa fin. Tout cela semble une épave de civilisation abandonnée, l’ocre du mur, un fragment oublié du monde, éclairé par la lumière du Nord qui les dérobe à l’obscurité. La lumière vole un peu d’espace au noir qui creuse la profondeur de champ. Elle se pose sur les choses et réinvente une autre vie.

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Ornementation

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Le temps qui passe

Pelourinho, Bahia, gildalliere, 2012.
Photo/Gilles Dallière

Plaqué contre le mur, il y a comme un je ne sais quoi tout près de dégringoler dans cet extérieur décrépi. Il est tôt, la fraîcheur de la nuit s’attarde sur le Pelourinho et je devine la senteur iodée de l’océan. Un léger brouillard d’émotion se dresse au fond de moi. Ici, il n’y a plus de filles et de garçons à baiser. Il y a la brique qui se désintègre, la patine jaune qui bégaie la mort, le bois qui craque et le carrelage qui transpire les senteurs de soufre d’une nuit arrosée… À l’époque c’était un bar. De la terrasse enflammée de néons pourpres, la vie s’est doucement retirée et il ne reste plus que des images glacées peuplées de personnages qui ne parlent plus.

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Le temps qui passe

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La croix couchée

croix de salvador de bahia, gildaliere, Brésil, 2012
Photo/Gilles Dallière

J’ai de la pluie dans les yeux, mais déjà je la vois au dessus des nuages ou le ciel est toujours bleu. J’ai patauger dans l’ordure, grimpé sur le muret et sauté dans le vide pour m’installer dans l’arbre patiné par la brume du matin. Je vois enfin scintiller ses bras en croix. Je ne pouvais pas m’empêcher de mettre sa géométrie au cœur de mon cadre. La « Cruz Caida » est comme une apparition, une immense réalité que je veux voir flotter tout au dessus des nuages. Sous son acier, dans la lumière grise de l’automne, il y a un homme presque nu qui semble déjà parti à la dérive d’un voyage sans issue.

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La croix couchée

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La perspective de l’épure

Perspective des Invalides, Paris, gildalliere, 2018
Photo/Gilles Dallière

J’ai été tenté de faire de la construction de l’épure perspective un exercice spirituel. La lumière du couchant souligne les ambitions esthétiques de l’Hôtel des Invalides et m’invite à franchir le seuil d’un espace sensitif cadré aux limites du vertige. Le soleil projette l’ombre de l’architecture sur les surfaces réfléchissantes des cellules qui permettent de révéler l’instabilité de ma perception du temps et de l’espace. Que la perspective pose la question de l’infini, du point fixe, du crédit à accorder aux apparences, quelle soit un modèle d’appréhension du réel sont des faits entendus. Ici il y a de la brillance, de la légèreté, de la transparence, du rythme, de la fluidité et de l’équilibre.

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La mesure de la théâtralité

Grand escalier de l'hôtel des Invalides, Paris, gildallière, 2018
Photo/Gilles Dallière

J’ai pris pension à l’Hôtel des Invalides. Un esprit de grandeur souffle sur cet escalier. Il est sage et mesuré. Sa théâtralité se révèle dans une harmonie exceptionnelle entre la pierre et le fer forgé. Une alchimie presque sacrée présentant le pouvoir mystique de la lumière sur la pierre et des ombres effilées sur les marches. C’est un lieu de passage symbolique d’une grande pureté, exprimant à la fois de manière grandiose la puissance du bâtiment et le vœu de silence qui s’y impose.

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La tête en l’air

grand escalier de l'hôtel des Invalides, Paris, gildalliere, 2018
Photo/Gilles Dallière

Pour l’architecte Hardouin-Mansart, l’ordre et la grandeur doivent l’emporter sur la fantaisie. De part et d’autre de cette perspective, la pierre des murs patinés, le bronze de la main courante animée par le flou des visites, la monumentalité de l’escalier, nous font embrasser d’un seul coup d’œil l’espace qui les contient. On se met à tutoyer l’Histoire. Dans cette vie là, il faut avoir la tête en l’air, lever les yeux au ciel porté par cette lumière de l’instant pour mieux transmettre la magie des géométries et l’épuration totale de l’architecture du lieu.

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La maîtrise des règles antiques

XVIIéme, invalides, gildalliere, 2018
Photo/Gilles Dallière

Ça déménage au XVIIe siècle. Fini la profusion ornementale. Fini la courbe en folie. Fini les libertés inattendues. C’est le grand retour de l’ordre, de la rigueur, de la symétrie. On rend hommage à la clarté des règles antiques, au goût immodéré des grandes perspectives. Désormais, au siècle des lumières, face à la verticalité, l’horizontalité prédomine. Mansart donne la forme définitive à l’architecture religieuse classique. Il rejette les saillies, place un soubassement percé de baies en plein cintre, surmonté d’un premier étage à colonnes orné de trophées d’armes et d’allégories sculptées. Dans cet espace déterminé, la densité et la simplicité des lignes sont rigoureusement maîtrisées.

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La maîtrise des règles antiques

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La beauté des anges

Les victoires, invalides, Paris, gildalliere, 2018
Photo/Gilles Dallière

Je suis venu disserter avec les anges des choses de la vie. Dans les grands rêves de marbre conçus par Pradier pour la gloire de l’empereur, je me suis assis sur le bandeau, une jambe basculée dans le vide infini de l’interdit. J’ai attendu longtemps de ne pas être dérangé pour poser mes questions : l’avez-vous vu ? Lui avez-vous parlé ? Est-il allongé là ?
Les anges sont restés de marbre devant la sépulture de l’effrayant génie qui sut, à l’heure marquée par Dieu, maîtriser de sa main puissante la France indomptée et rebelle. Je suis resté à contempler ce calme tableau de l’hospitalité antique, si noble, là où la couronne de laurier roule de siècle en siècle sur un désert de marbres séculaires.

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La beauté des anges

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