L’homme de bronze

Bronze de Joseph Bernard au Musée do Chiado, Lisbonne, gildalliere, 2007
Photo/Gilles Dallière

Il est midi, le jour est immobile et le soleil te fait pencher la tête. Ton bronze est encore plus noir que ton ombre. Tu regardes sans désir la ville qui se dresse à tes pieds dans l’air dru jusqu’au ciel. Un peu plus de lumière et le jardin s’incline devant ta nudité. Qui de nos jours, sait encore rester comme toi immobile ? Ta figure, d’une étrange beauté m’intrigue, m’inquiète même et j’éprouve le sentiment pénible qu’une si merveilleuse beauté pût s’allier à l’absence de toute sensibilité.

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L’homme de bronze

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Le cloître du silence

Interieur, monastère d'Alcobaca, gildalliere, 2007
Photo/Gilles Dallière

L’église de la Real Abadia de Santa Maria de Alcobaça, avec ses proportions imposantes, trône au milieu de la ville. Le dieu des eaux vives habite la gigantesque cuisine carrelée et la lumière du soleil de ce matin d’hiver frappe la palette des jaunes sables, Castille, ocre clair, jaune de Malte et une foule de détails sans le moindre intérêt. C’est l’architecture qui donne le vertige et cette cheminée qui monte jusqu’au ciel. Je ne regrette ni d’être revenu ni de devoir partir vers l’inconnu. Dans ce volume cistercien il y a du mouvement, de la folie, de la grâce et du silence.

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Le cloître du silence

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L’art et le design

Sawaya et Moroni, Milan  gildalliere, 2008
Photo/Texte/Reportage/Gilles Dallière/Marie-Jo Malais/FrancisAmiand

Dans son appartement milanais, William Sawaya cultive les esthétiques radicales et les technologies pointues qui laissent la nostalgie au vestiaire. « Pourquoi inonder le marché avec des choses banales ? Je fais le choix de l’exception en commençant là où s’arrêtent les autres éditeurs de design. » l’architecte et designer, fondateur en 1984 de la maison d’édition Sawaya & Moroni avec son comparse Paolo Moroni accompagne les créations de Zaha Hadid, de Jean Nouvel, de Dominique Perrault ou de Jakob & McFarlane. « Que des pièces exceptionnelles limitées à une centaine d’exemplaires pour une clientèle qui cherche l’Objet et pas un simple meuble. » La grandeur néoclassique du lieu reçoit, dans un accord parfait, l’art et le design.

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L’art et le design

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La lumière du soir

Fès, gildalliere, 2014
Photo/Gilles Dallière

Dans toutes ces limites, je cherche, je regarde, j’ai envie de dessiner un endroit où mes amis, Patricia, Laurence, Michel, s’assoient devant un paysage biblique et se racontent, doucement, les histoires de leurs vies. L’endroit est magique, l’amitié existe, l’architecture est dessinée, le soleil se couche et la lumière et le ciel entier se précipitent dans la pièce.

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La lumière du soir

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La tête à l’endroit

Clocher, Friligianika, Cythère, gildalliere, 2018 copie 3
Photo/Composition/Gilles Dallière

Je me suis mis la tête à l’envers, j’ai calculé le sens de la lumière et j’ai cherché à respecter la beauté géométrique et dynamique des lignes de construction de cette tour campanaire. Je me suis mis la tête à l’endroit, j’ai tiré des lignes autour du cercle de lumière construit dans le quadrilatère. Une équation mathématique bien connue des architectes. Un calcul où l’asymétrie recherchée, l’horizontalité et la verticalité sous-tendent le monde.

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La tête à l’endroit

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La lumière en liberté

JK-AV-Montaigne-017
Photo/Francis Amiand/Direction Artistique/Gilles Dallière

Contempler la lumière c’est faire un voyage dans l’histoire. On s’avance au bord du miroir pour sonder la profondeur de la perspective. On mesure la dimension de l’espace, la liberté qu’il y a dans la réflexion infinie des lustres. On imagine les vestiges de la fête, les rires et quelques cris qui remplissent nos rêves autour des grandes roues de cristal de roche et l’or des trumeaux. La lumière se faufile jusqu’à nous tout en contraste et en confidence.

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La lumière en liberté

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Dessous chics

MuseÃÅe Marmottant, Paris, gildalliere, 2018
Photo/Gilles Dallière

Quel est le meilleur usage que l’on puisse faire de l’appareil photo ?
Il suffit d’aller dans les musées, de regarder les œuvres d’un sculpteur ou d’un peintre et l’on comprend que l’œil doit enregistrer la vie. La photo reproduit la substance, la quintessence, de la chose en elle même. Au musée Marmottan-Monet, aidé par Patricia et Laurence, j’ai fait le portrait d’une idée. L’idée de la forme architecturale, l’idée de la transparence, du dessous chic, du mouvement et de la lumière qui glisse, parfaite, sur le verre gravé du sol du 1e étage de l’hôtel particulier. La vie est faite d’instants. Il faut savoir regarder le monde avec étonnement pour réussir à saisir ces fugaces instants d’enchantement avant qu’ils ne se referment sur eux-même.

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Les marques de la vie

La vieillesse, Bahia, gildalliere, 2012
Photo/Gilles Dallière

Comme cette femme est belle. Elle me regarde derrière le voile de ses yeux et me sourit. Je détaille ses mains desséchées par la vie. Depuis sa naissance elles lui ont permis d’éviter de tomber lorsqu’elle était enfant, elles ont porté la nourriture à sa bouche et lui ont permis de s’habiller. Petite fille, sa mère lui a montré comment les joindre pour prier Dieu. Elles ont embrassé un mari et essuyé ses larmes quand il est parti. Elles ont été sales, coupées, rugueuses et enflées, maladroites à tenir son enfant et plus ouvertes à ses petits enfants. Elles ont tremblé quand elle a enterré l’homme de sa vie. Elles ont couvert son visage, peigné ses cheveux et lavé son corps. Elles ont été collantes et humides, sèches et rugueuses. Ces mains portent la marque de ce qu’elle a fait et des accidents de la vie, mais le plus important est que ce seront ces mêmes mains que Dieu attrapera pour l’amener avec lui dans son paradis.

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Canicule

ma chambre, paris, gildalliere, 2018
Photo/Gilles Dallière

Son ombre est passée devant moi, la chaleur est stagnante et il n’y a pas un souffle d’air. Les zones d’ombre disparaissent dans un gris profond tandis que les draps s’entremêlent de blanc. Les couleurs de la peinture se succèdent jusqu’au noir. Le lit est séparé de la ville par le silence où seul se fait entendre le gazouillis des oiseaux au petit matin. Cette harmonie secrète mène à l’indolence, l’envie vous gagne de laisser le temps couler.

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Canicule

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Au fil d’une vie

encriers chinois, Birmanie, gildalliere, 2006
Photo/Gilles Dallière

Il faut savoir regarder les choses en face, j’ai hérité de la passion des objets. Je ne sais toujours pas de qui je tiens cette passion, en tout cas ni de maman, ni de papa. Comprenez moi bien, je tombe amoureux des objets et j’ai une dévorante ivresse pour la céramique. Elle est là depuis toujours comme une référence esthétique qui me donne un sentiment de tranquillité. J’aime ses formes, sa matière, ses couleurs. Les gens ne savent plus voir ni entendre et il faut apprendre à regarder. Apprendre à regarder c’est apprendre à trouver. Dans chaque biscuit découvert il y a une histoire, un message, l’objet doit trouver sa place et même si je suis pour l’ordre je suis aussi ouvert à l’imprévu. C’est une histoire d’amour, la plus belle et parfois je la quitte et j’aime en faire don à qui me laisse à penser qu’ils les aimeraient tout autant que moi.

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