La lumière de l’ombre…

Jeux d’ombres, Alicudi, Sicile, Italie, gildalliere, été 2008

Au sommet, le sentier débouche sur un paysage solitaire, presque inhabité, où des chèvres s’accrochent aux falaises spectaculaires de l’ouest d’Alicudi. Là-haut, même Lipari, à moins de deux heures de bateau, semble appartenir à un autre monde. Tout se coule dans le silence. La mer flamboyante, les câpriers qui bougent le long du port, les ombres qui s’accrochent aux façades des maisons. Je suis là, dans l’obscurité prêt à aller seul dans le soir écouter la timide mélodie qui s’en vient des vents tournants.

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La lumière de l’ombre…

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Soleil couchant…

Coucher de soleil sur les îles éoliennes, Sicile, Italie, gildalliere, été 2008

Le soleil couchant de José-Maria de Heredia. « Les ajoncs éclatants, parure du granit, dorent l’âpre sommet que le couchant allume ; au loin, brillante encore par sa barre d’écume, la mer sans fin commence où la terre finit. À mes pieds c’est la nuit, le silence. Le nid se tait, l’homme est rentré sous le chaume qui fume ; seul l’Angélus du soir, ébranlé dans la brume à la vaste rumeur de l’océan s’unit. Alors, comme du fond d’un abîme, des traînes, des landes, des ravins, montent des voix lointaines de pâtres attardés ramenant le bétail. L’horizon tout entier s’enveloppe dans l’ombre, et le soleil mourant, sur un ciel riche et sombre, ferme les branches d’or de son rouge éventail ».

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Soleil couchant…

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Le cratère…

Le vide, Alicudi, îles éoliennes, Sicile, Italie, gildalliere, été 2008

Au bord du cratère il y a le vide. On voit la pente se bousculer comme pour se dérober à la poussée du magma. Tout est dépourvu de végétation, hérissé de formidables rocs en désordre. Le chemin de lave se tend comme un arc qu’on bande. La roche grimpe sur ses replis étagés. Et dans l’encaissement des cailloux éboulés, la colonne d’écume tombe en rejaillissant dans le gouffre qui fume. Alicudi remplit tout le vide où flotte en bas sa foudre de vent, de bruit, de flots, de vertige et de poudre.

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Le cratère…

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Le sommet…

Le sommet, Alicudi, îles éoliennes, Sicile, Italie, gildalliere, été 2008

Salut, sommet du volcan, amant des nuages, terre d’hommes errants, terre sans oliviers, sans vignes et sans moissons. On a chaud, très chaud, mais l’air est pur et subtil. On découvre au loin Lipari et Salina. On se sent plus de facilité dans la respiration, plus de légèreté dans le corps, plus de sérénité dans l’esprit. Les méditations y prennent je ne sais quel caractère grand et sublime, proportionné aux objets qui nous frappent, je ne sais quelle volupté tranquille qui n’a rien d’âcre et de sensuel. 

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Le sommet…

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Contre champs…

L’ascension, contre champs, Alicudi, îles éoliennes, Sicile, Italie, gildalliere, été 2008

Contre champs. Le silence de ce désert d’hommes, où l’homme n’apparaît que temporairement, j’ai beau écouter, c’est comme si aucune chose n’existait plus nulle part, de nous à l’autre bout du monde, de moi jusqu’au fond du ciel. Rien, le néant, le vide, la perfection du vide, une cessation totale de l’être comme si le monde n’était pas encore créé, ou ne l’était plus, comme si j’étais avant le commencement ou bien après la fin du monde.

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Contre champs…

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L’été en pente douce…

L’ascension, Alicudi, îles éoliennes, Sicile, Italie, gildalliere, été 2008

L’été en pente douce … Mais alors pas du tout. Je ne me figurais pas la hauteur de cette île qui touche les nuages. Voilà bien l’image parfaite de la pente telle qu’on peut l’imaginer dans un rêve. Une vaste diagonale profilée sur un ciel en émail. La plus pauvre et la plus dénuée des géométries. Mais de cette nudité ascétique naît le sentiment d’une plénitude et d’une opulence sans égale. Attention volcan, une seule surcharge pourrait tout anéantir. Cela est excitant, ça semble à la fois simple et complexe, le plein et le vide.

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L’été en pente douce…

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Le silence…

La terrasse, Alicudi, Sicile, Italie, gildalliere, été 2008

Et plus vous grimpez, plus le silence se fait. Le charme vient de la solitude songeuse de cette atmosphère frissonnante qui semble sortir de cette merveilleuse terrasse. C’est le vrai luxe de cette île. Le silence est si précieux qu’on n’y entend parfaitement le son des vagues depuis la montagne. « Le temps s’arrête pour celui qui admire ». Ce sont les mots de Diderot.

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Le silence…

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Un balcon dans le vide…

Un balcon sur la Méditerranée, Alicudi, Sicile, Italie, gildalliere, été 2008

La ruine, c’est le temps qui échappe à l’histoire. Une maison, une terrasse, des colonnes, un paysage grandiose, un mixte de nature et de culture qui se perd dans le passé et surgit dans le présent comme un signe sans signifié, sans autre signifié au moins, que le sentiment du temps qui passe et qui dure à la fois. 

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Un balcon dans le vide…

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Le brun de ses yeux…

Luigi, Alicudi, îles éoliennes, Sicile, Italie, gildalliere, été 2008

Luigi est seul à sa table. Il est là, contre le mur, une cigarette à la main. Son sourire se détache de son visage, la bouche pliée vers le bas, le nez droit sous la touffe de cheveux décolorés par le soleil et les yeux pleins d’une attention profonde.

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Le brun de ses yeux…

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L’île du silence…

Un balcon sur la mer, îles éoliennes, Alicudi, Sicile, Italie, gildalliere, été 2008

Alicudi est souvent appelée « l’île du silence ». Il n’y a pas de rue, pas de boutiques, pas de guichets automatiques, juste des milliers de marches de pierre éclairées par les étoiles. Là, je suis à 450m d’altitude, à Sgurbio, une petite agglomération urbaine de cinq maisons qui tirent leur nom des cinq sens. La vue est à couper le souffle. Ici, on mesure la dimension de l’espace, la liberté, et le temps pour soi. Je marche entre deux éternités. Qu’est-ce que mon existence éphémère, en comparaison de celle de ce volcan suspendu au-dessus de ma tête et qui l’ébranle ?

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L’île du silence…

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