L’élégance du silence

Cheminée médiévale, Anvers, Belgique, Boris Vervoordt, 2006
Photo/Gilles Dallière/Anvers:Belgique/Boris Vervoordt

À Antwerpen, au rez-de-chaussée, l’espace est sublimé par le dessin de cette cheminée à double foyer. À gauche un tout petit tableau, presque vide, et sans aucune indication de lumière. À droite, une œuvre révélant trop d’imprécisions et de faiblesses à mes yeux. Au sol, les imperfections de la pierre bleue des carrières du Hainaut, superbe et transparente. J’aime cette tension. Le passé qui s’inscrit dans le présent, dépoussiéré, rangé, lumineux. Les murs sont aussi nus et rugueux qu’au XVe siècle. La même fenêtre haute laisse voir une épaisseur neigeuse creusée dans le mur. Mais ce n’est pas tout, il y a surtout le silence, et le silence c’est le silence, et ce n’est rien que le silence.

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L’élégance du silence

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L’échappée belge

Salon, Anvers, Belgique, Boris Vervoordt, gildalliere, 2006
Photo/Gilles Dallière/Anvers:Belgique/Boris Vervoordt

Dans cette échappée belge, il y a des journées qui ne ressemblent pas aux autres. Aujourd’hui, c’est une journée en pente douce. La pièce dans laquelle je pénètre est sombre, immense, vide, ornée d’une cheminée médiévale monumentale. Le feu chante dans l’âtre illuminé. L’endroit est un peu austère et je m’y sent forcément modeste. Une beauté indescriptible exsude des murs de terre ocre rouge, et dans la lumière diffuse, je commence vraiment à apprécier l’usage récurent de l’ombre. Les imperfections y prennent une importance toute particulière.

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L’échappée belge

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inspiration originelle

Salle de bains, Anvers, Boris Vervoortdt, belgique, 2006
Photo/Gilles Dallière/Anvers/Belgique

J’ai quitté Paris pour me perdre dans les ruelles étroites du quartier historique d’Anvers. Tout est sombre dans cette maison médiévale du Vlaeykensgang, cachée à l’ombre de la cathédrale. Dans la salle de bains monochrome, l’obscurité est essentielle. Elle met en valeur la beauté imparfaite de la sorcière qui reflète cette pure clarté arctique, abrasive au regard. Autour, le vide représente représente tout ce qu’il reste à apprendre de cette création contemporaine. Il dort, les yeux ouverts, et moi, je me déplace en lui sans bruit, avec la précaution inutile d’un rêve qui jamais ne troublerait son sommeil.

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La belle époque

Villa Nellcote, gildalliere, Saint-Jean-Cap-Ferrat, 2013
Photo/Gilles Dallière/Villa Nellcote/Saint-Jean-Cap-Ferrat

Ce n’est pas la fin de mon escapade à Villefranche-sur-Mer. Ça n’est jamais fini. Mon cœur c’est remis à battre dans le décor Belle Époque de cette salle de bains. J’aime son immobilité, son absence de toute perspective de mouvement. L’architecte aurait pu modifier la structure de ces lignes, remplacer un segment par un autre, procéder à des corrections sans fin pour les épurer. Eh bien non. Tout au long du mur de ce carrelage fleuri, la lumière découpe des surfaces originelles.

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La belle époque

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Que fais-je ici ?

Malakoff, J.Karam, gildalliere, Richard Alcock,2018
Photo/Gilles Dallière/Richard Alcock/ Paris

De retour à Paris, j’ai trouvé ma place, dans l’entrebâillement des portes d’un second jour aménagé de boiseries haussmanniennes. Sous la fluidité des cristaux d’un lustre XVIIIe, la froideur du décor est grandiose. Mes yeux glissent sur l’émail de la baignoire. Des traînées de lumière grise se confondent à la fluidité des veines du marbre de Carrare. Tout est silencieux. Debout devant le miroir de Bohème, je regarde mon visage et je me pose une question simple. Que fais-je ici ?

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Cauchemar géométrique

Les Figuiers, Nellcote, Saint-Jean-cap-Ferrat, gildalliere, 2013
Photo/Gilles Dallière/Francis Amiand/Les Figuiers/Villa Nellcote:Saint-Jean-cap-Ferrat

«Le carré de l’hypoténuse est égal à la somme des carrés des deux autres côtés». L’architecte a superposé l’horizontale à la verticale. La fuite à travers l’opaque transparence des cloisons coulissantes à la Mondrian, tend à l’immobilité, la puissance d’agir au repos. Et je ne rêve que de me retirer du cours du temps qui coule trop vite. Cette baignoire à l’ancienne est l’endroit idéal pour cette expérience contemplative qui n’est faite que de réflexions et de rêves. Passée la perfection géométrique, la salle de bains est un retranchement, un périscope pour regarder et se défendre du monde extérieur : de la violence, mais aussi de l’amour.

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D’or et de sel

Villa Nellcote, Saint-Jean-cap-Ferrat, entrée,gildalliere, 2013.
Photo/Gilles Dallière/Villa Nellcote/Saint-Jean-cap-Ferrat

Vous n’avez rien touché à l’entrée de la villa. Vous aviez pourtant le droit de la transformer, de la rendre plus basse, plus large. Vous avez respecté scrupuleusement la configuration du bâtiment, la cour d’entrée, la grille d’honneur, la galerie, l’escalier monumental, les terrasses, le parc, vous les avez concrétisés à l’endroit voulu. Et sur vos plans, au lieu d’écrire murs, vous avez inscrit : brique ocre. Au lieu d’écrire fenêtre, vous avez mis : persienne grise. Au lieu de porte d’entrée vous avez renforcé le dessin du fer forgé et les volutes recouvertes d’or fin. Vous avez repoussé le premier mot qui venait au profit du second, plus précis, puis lui-même au profit du troisième, puis du quatrième…

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D’or et de sel

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Ouverte aux quatre vents

La tour des ombres, chandigarh, gildalliere, 2010.
Photo/Gilles Dallière

À Chandigarh, la lumière peut-être magnifique. Dans la halle ouverte aux quatre vents de la Tour des Ombres, le rythme des brise-soleil est parfaitement millimétré. La beauté esthétique y prévaut autant que la fierté, l’humilité, et la force de l’architecture. Mais c’est une autre dimension qui naît précisément de cette élégance qui rompt délibérément la symétrie de l’immense esplanade. Mon objectif s’y attarde, exploitant les pleins et les creux de ces lignes enchevêtrées. Une inventivité qui donne aux ombres une dignité singulière. Elles sont les armes contre la rudesse de Sūria, le dieu soleil.

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Ouverte aux quatre vents

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La modernité imposée

pj-si-32-c, fauteuil Le Corbusier,Chandigarh, india, gildalliere, 2010
Photo/Gilles Dallière

Si je n’avais pas rencontré l’Inde en 2001, je n’aurais que mon enfance pour savoir que les mythes se touchent et se sentent. J’y suis allé travailler deux fois par an pendant quatorze ans et dès le premier voyage, j’ai été piqué par sa magie, mon rapport à la vie s’en est trouvé modifié. À Chandigarh, la modernité imposée par Le Corbusier apparaît comme une minuscule aventure ; le papillon gris d’une morne saison posé au pied de l’Himalaya. En Inde, il faut avoir le temps. La hâte est un obstacle, la disponibilité une source de bonheur. L’Inde m’a fait sentir libre de devenir étranger à moi-même. Le désastre de Le Corbusier avec ses rues au carré et ses bâtiments inhospitaliers symbolise une des catastrophes du XXe siècle, le refus de considérer les méandres du réel et la nature des hommes. En Inde, je n’ai jamais vu autant de sourires, d’oiseaux, de dieux, d’attentes, de mains, d’ordures, de fruits, autant de menaces, de tendresse, de sexes lactés, de sang dans le ciel du soir, d’yeux dorés qui dissèquent, d’aboutissements.

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La modernité imposée

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Tridimensionnel

Lafayette Anticipations, gildalliere, 2019
Photo/Gilles Dallière

Voilà bien une curieuse et sublime découverte que la réflexion démultipliée du ciel au Lafayette Anticipations. La cage de verre qui coiffe la tour d’exposition conçue par Rem Koolhaas reflète une composition aux rythmes rigoureux. Une image harmonique, presque mathématique, dans laquelle rythme et mouvement confèrent à la vision une tridimensionnalité inattendue d’une grande force expressive. Le temps s’est arrêté, suspendu, illimité, créant une atmosphère quasi irréelle où la confusion et l’aliénation règnent.

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Tridimensionnel

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