Un socle de pierre, au milieu de l’hiver : c’est là, depuis 1894, que Caïn culpabilise d’avoir assassiné son frère Abel. À mi-ciel, au milieu des branches, il s’est construit un refuge précaire, il ne veut plus quitter le cœur du jardin des Tuileries. Il dort et mange au bord du grand bassin rond, il s’empoussière et s’affaisse. Il y a si longtemps qu’il ne le regarde plus, si longtemps déjà que le jardin avance et monte vers sa réalisation originelle. Il se couvre le regard parce qu’il regrette la mort d’Abel. #hiver#jardindestuileries#sculpture#caïn#henrividal#froid#solitude#tristesse#repenti#leicaedc#leicacamerafrance#leicam11monochrom#blackandwhitephotography@gillesdalliere
Il y a quelque chose de guerrier et d’intransigeant dans l’architecture de cette bibliothèque. Ce qui est beau, c’est qu’elle s’irise et accueille le spectre des couleurs diffractées. Les quatre tours sont comme les boucliers des dieux parce qu’en elles et par elles la totalité du monde peut se refléter. S’il a fallu à Homère plus de dix pages pour décrire le bouclier d’Achille, c’est que ce bouclier est l’œil qui voit le monde, ou l’œil par lequel le monde est vu. Vu comme totalité signifiante, totalité circonscrite et connaissable même si elle garde, comme des reflets, des points d’infini. Ces tours dans le ciel ont la force des grandes œuvres, elles ne se contentent pas d’être au monde, elles témoignent du monde comme totalité irrévocable. #bnf#bibliothèquefrançoismitterrand#architecturephotography#transparence ##reflet#verre#ciel#leicaedc#leicacamera#leicam10r#blackandwhitephotography@gillesdalliere
J’avance dans l’eau du bassin. Cette fontaine est bien l’axe du monde autour duquel tout semble désert pour un temps. J’arrive à son or que je ne peux pas embrasser en entier et je me laisse glisser à ses pieds entre le socle humide et la sculpture où j’ai une place prédestinée. Et là, je me sens plein d’étranges énergies qui me poussent à l’immobilité. Je laisse reposer mes mains sur mes genoux. Et de ce vide monte le souvenir de ma jeunesse, de ce parc où j’ai été heureux dans la souffrance de ce père que j’ai cherché. #versailles#versaillesgardens#trianonpalace#amphitheatre#fontaine#reflections#photography@gillesdalliere
Les domestiques, personnages invisibles et souvent considérés comme insignifiants. Pourtant, à une époque où rien n’est automatisé, ils sont indispensables, car il faut beaucoup de bras et de temps pour réaliser les tâches quotidiennes d’une maison. Au rez-de-chaussée du musée Nissim de Camondo, on y visite la cuisine, la salle des gens, la laverie et l’office du chef. Il a son logement près du passage de la porte cochère, les écuries et la remise à carrosses ont si possible un accès secondaire. Quant aux domestiques, ils logent sous les combles. Le corps de logis principal, situé au fond de la cour avec l’accès sur le jardin, est dévolu aux appartements des maîtres de maison et aux espaces de réception. #mad#museenissimdecamondo#paris#office#decoration#architecturephotography#blackandwhitephotography@gillesdalliere@madparis@nissim_de_camondo
En entrant dans cet hôtel particulier, j’entre dans mon imaginaire, non pas comme s’il m’appartenait mais comme s’il y avait au centre de moi-même et de ce musée un lieu qui justement n’était pas moi. Passé la balustrade de fer forgé et doré du palier de repos de l’escalier privé, je retrouve les sensations correspondantes de la lumière, du son et de l’odeur des boiseries qui me servait quand j’étais étudiant, de refuge. Le goût de créer des palanquins, des chambres, des oratoires d’où habiter le monde n’est rien d’autre qu’un moment de repos. Bon réveillon. #museenissimdecamondo#mad#passage#boiserie#stylobate#hotelparticulier#leicam11monochrom#leicaedc#leicacamera#blackandwhitephotography@gillesdalliere