Histoire d’intérieur …

Matisse, Nice, gildalliere, 2019
Photo/Gilles Dallière/Musée Matisse/Nice

Par la fenêtre de la villa, je vois les inflorescences d’un palmier perdu dans l’or du soir. Tout gris, un vieil homme, couché sur la banquette regarde sa « Danseuse créole » plonger dans « la vague » d’ombres des colonnes en granit de son musée rouge. Moi, Henri Émile Benoît Matisse, je serai peintre, une gouache bleue à la main. Je croquerai des odalisques, des pommes vertes, et des pêches roses. Je cracherai des pépins de silence sur la plage. Je plongerai dans le clapotis de mes eaux-fortes, et pour finir, j’irai dans le jardin de Dieu, construire derrière mes compositions monumentales de papiers découpés, La Chapelle du Rosaire, mon chef-d’œuvre, jusqu’aux rives de la mort.

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Histoire d’intérieur …

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Géométrie celeste…

La terrasse de la Villa Kérylos, Beaulieu sur mer, gildalliere, 2019
Photo/Gilles Dallière/Villa Kérilos

J’écoute les assauts de l’eau contre le dogme pierreux de la villa Kérylos. J’ai levé la tête sur les lignes géométriques de la terrasse. Le sommet de la vie, serré dans une page bleue azur, fermée sous les reproches du soleil. J’aime qu’il y ait de l’air dans une page. Je la marge pour sentir le grand large. Le sommet de la vie, veux-tu que je te dise ce que c’est ? C’est écrire une lettre d’amour, sentir le feutre appuyer sur le papier, et voir le papier s’ouvrir à un jour plus grand que le jour.

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Géométrie celeste…

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L’abandon…

Abandon, Cythère, gildalliere, 2015
Photo/Gilles Dallière/Cythère

Derrière les roses de la moustiquaire, il y a une vie. J’ai ouvert la porte sur la main froide d’Éole qui froisse le silence. Posé mes yeux sur ce monde abandonné pour le déblayer. Entrevoir une somme de joie sous la somme de douleur. Au bout de ce monde écroulé, une fenêtre suspendue dans les airs encadre les pulsations colorées d’un ciel sauvage remonté des gravats.

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L’abandon…

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La tête à l’envers…

Clocher,Friligianika, Cythère, gildalliere, 2018
Photo/Gilles Dallière/Grèce

Je me suis mis la tête à l’envers, calculé le sens de la lumière et j’ai cherché à respecter la beauté géométrique et dynamique des lignes de construction de cette tour campanaire. Le cercle construit dans le quadrilatère… Une équation mathématique bien connue des architectes. Mais ici, il n’y a pas trop de mystère, pas de savant calcul, l’asymétrie recherchée de ce clocher pointé vers l’azur n’héberge aucune cloche, seulement des hirondelles et l’âme qui n’en finit pas de grandir.

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La tête à l’envers…

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Abstration…

Photo/Gilles Dallière/Hôtel Salé/Paris

Je définis ma relation à la photographie comme relevant d’une expérience : expérience de la marche, expérience de l’espace. Le cadrage crée l’espace. Il crée l’espace nécessaire pour révéler la fragilité et la richesse de la surface sensible : la main courante. La lumière s’y accroche, s’y faufile, s’y glisse, traverse où se heurte à la surface de l’architecture. Une recherche de l’épure et de la composition. Un monochrome noir qui révèle une observation attentive d’un intérieur urbain. J’ai fait surgir le blanc, c’est à dire la lumière.

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Abstraction…

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Le temps suspendu…

Les palliers du palais Majestic, Nice, gildalliere, 2019
Photo/Gilles Dallière/Palais Majestic/Nice

Le temps s’arrête pour celui qui l’admire. Il suffit de regarder. Il suffit d’oublier l’imperfection. En toute chose, se poser, écouter le silence, laisser la place à son imagination, au tempérament. L’imagination, c’est le génie. Il faut être libre. Saisir et figer le pallier dans son état éphémère, et partir. Il reste alors cette envie d’y retourner, cette sensation qu’imprime en moi chaque lieu, ce passé réanimé quelques heures par et pour moi. Ce vide qui paradoxalement emplit ma réalité.

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Le temps suspendu…

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Le vide…

La descente du Majestic, Nice, gildalliere, 2019
Photo/Gilles Dallière/Nice/Palais Majestic

Je me dirige vers la sortie. Le ciel s’est assombri. Sur les fenêtres de la cage d’escalier, les premières gouttes de pluie, plaquées d’un revers de vent, finissent de sécher au moment où je sors. L’escalier est vide. Derrière les murs, le brouhaha des voix, peu à peu se dissipe. Mon regard flou à besoin de souffle, d’oxygène. Je pense à la respiration de l’âme, à cet appel qui, parfois, m’attire ailleurs, loin, très loin des autres, loin de ma vie avec les autres. Les jours vides s’accumulent.

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Le vide…

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Pause…

Le passage, Villa Domergue, Cannes, gildalliere,  2019
Photo/Gilles Dallière/Villa Domergue/Cannes

J’ai secrètement pressé la télécommande de la vie sur pause. Le temps s’est arrêté. Dans ce monde devenu tout à coup immobile, j’ai vu l’essence de la beauté. La lumière offre ses mains tendues. Elle glisse sans fin le long des parois éternelles. Elle est là, devant moi, fragile. Elle éclabousse les blancs pilastres qui soutiennent la petite ombre qui me dépasse. La contempler ainsi, dans sa nudité, assouvit un désir de sacré qui, dans le même temps, se révèle inextinguible.

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Pause…

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L’opacité de l’ombre…

Les boiseries de Saint-Jean-de-Montmartre 2, Paris, gildalliere, 2020
Photo/Gilles Dallière/Saint-Pierre-de-Montmartre/Paris

Levé tôt ce matin, je suis revenu en arrière, avec un pied photo pour recadrer l’espace lumineux du portique de Saint-Pierre-de-Montmartre. En fait, la beauté d’une église, produite uniquement par un jeu sur le degré d’opacité de l’ombre, se passe de tout accessoire. C’est précisément cette lumière indirecte et diffuse qui est le facteur essentiel de la beauté. Et pour que cette lumière épuisée, atténuée, précaire, imprègne à fond le bois sculpté, la surface des murs est crépusculaire.

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L’opacité de l’ombre…

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Dimanche de Pentecôte…

Abstraction n°3, Saint-Jean-de-Montmartre, gildalliere, 2020
Photo/Gilles Dallière/Saint-Jean-de-Montmatre

La lumière or des vitraux vacille. Elle projette dans l’obscurité, des rais encore plus clairs que les rayons du soleil. Mise en scène inattendue et tendue de superpositions de lignes et d’abstractions architecturales qui se répartissent à la croisée du transept. Je me suis dépouillé du superflu pour concentrer mon regard sur la suspension dure et froide qui acquiert un caractère plus graphique, et qui bien souvent perd son essence même si elle reste reconnaissable.

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Dimanche de Pentecôte…

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