TRY TO GET WHAT YOU LOVE OR YOU'LL BE FORCED TO LOVE WHAT YOU GET
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La cour du Mûrier…
Galerie de la cour du Mûrier, école des Beaux-art, Paris, gildalliere, été 2021
Le printemps vient animer la cour du Mûrier de son rire cristallin. Il entre aujourd’hui sans bruit dans ma solitude. Il attend muet au seuil du bâtiment, les yeux à l’horizon rivés là où le tendre vert des pilastres s’évanouit dans l’ocre rouge et se meurt.
À partir de la cour du palais des Études, la grande salle vitrée de l’école des Beaux-arts, on a dressé des murs qui modifient l’espace. Ils donnent une version tout à fait imaginaire et en même temps réelle de ce lieu. Le temps semble comme arrêté au milieu de ce décor évoquant les vestiges antiques. Tout semble immobile. Tout semble « entre-tout », donc en dehors de tout. Entre le clos et l’ouvert, l’histoire paraît située dans un temps imaginaire, n’appartenant pas vraiment au passé, ni au futur et non plus au présent. Elle se situe en dehors du temps.
Composition architecturale, école des Beaux-arts, Paris, gildalliere, hiver 2022
Au milieu de cette énigme visuelle, on peut s’observer soi-même en prenant un peu de distance. Eh bien, ce monde si étrange qu’il semble du domaine du rêve, est la réalité. Chaque seconde qui s’écoule fabrique notre réalité quotidienne, elle-même aussi singulière qu’un rêve. Être compris, ou ne pas l’être, est un problème d’aujourd’hui.
Les couleurs continuent à se vanter, chacune convaincue de sa propre supériorité. Leur dispute devient de plus en plus sérieuse quand soudain un éclair apparaît dans le ciel milanais. La pluie commence à tomber à grosses gouttes, les couleurs, inquiètes, se rapprochent les unes des autres autour du lit pour se rassurer…
Le vert affirme : je suis le plus essentiel, c’est indéniable, je représente la vie et l’espoir. Le bleu prend la parole : sans moi tu ne serais rien. Le jaune rit dans sa barbe : vous êtes bien trop sérieux. Moi j’apporte le rire, la gaité et la chaleur dans le monde. L’orange élève la voix dans le tumulte : je suis la couleur de la santé et de la force. Le rouge qui s’est retenu jusque-là prend la parole haut et fort : c’est moi le chef de toutes les couleurs car je suis là couleur du danger et de la bravoure, de la passion et de l’amour. L’indigo dit calmement mais avec beaucoup de détermination : pensez à moi, je suis la couleur du silence. Et sans moi vous seriez insignifiantes. Vous avez besoin de moi pour l’équilibre, le contraste et la paix intérieure.
Le reportage de l’appartement du créateur Paolo Bagnara à Milan paraît sur IO Donna, Corriere della Sera. “A tutto colore”. Quand j’ai fait ce reportage, j’ai trouvé que toutes les couleurs du monde se mettaient à se disputer entre elles, chacune prétendant être la meilleure, la plus importante, la plus belle, la plus utile, la favorite. Dans le salon de Paolo, le pourpre est à l’honneur, c’est le symbole du pouvoir. Les rois, les chefs, les évêques l’ont toujours choisi comme un signe d’autorité et de sagesse. Les gens ne l’interrogent pas, ils écoutent et obéissent.
Ici, me reviennent les peintures de Ernst Ludwig Kirchner, de Franz Marc, d’Emil Nolde vues lors d’une exposition sur la couleur. J’étais transfiguré à force de plonger dans de telles nuances. Chez Agnés Emery, une vivacité folle traverse les pièces. La lumière tamisée de Bruxelles revenait sur son visage en bondissant sur les murs. Elle était devenue, là sous mes yeux, l’un des modèles d’évidence de ce mouvement Die Brücke que j’aime tant.
L’intérêt d’une maison, c’est d’être une planque. Un dedans. Un instant de bonheur écervelé. Un ventre de pierre et de bois où il est facile de se sentir à l’aise et de se régénérer. La maison vous guérit d’un trait. La couleur est libératrice. Les nuages gris bougent vite. Agnès crée des couleurs, des enduits de chaux ou d’huile de lin et se prend au jeu de ranger ce qui traîne. Alors c’est là que les nuances se réactivent.
Le dressing, Agnès Emery, Bruxelles, Gilles Dallière, Francis Amiand.
Le rêve d’habiter poétiquement sa vie, d’en décider autrement qu’elle n’était prévue, de s’éloigner des boîtes carrées où l’on nous range, ne fait au fond que se poursuivre. J’aurais passé bien des années à vivre en marge. Jamais vraiment content d’être enfermé. Il est dur d’être réellement admis dans la mêlée où chacun s’occupe de tous.