La marquise.

Villa  Starzynski, Nice, promenade des Anglais, gildalliere, 2019.
Photo/Gilles Dallière/Nice

Voilà, les choses sont encore là, en représentation. La marquise de la villa Starzynski est là, dans le bleu du ciel, bordée d’un lambrequin à franges et à glands d’or, flanquée de maigres colonnes prises dans le mur. Elle protège tout ce qu’elle voit. Les couleurs sont cassées, le jour s’éteint, plus rien n’est à attendre, et j’attends quand même, je ne sais pas qui, je ne sais pas quoi ! Rien peut-être…

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La marquise

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Ombres portées.

Le musée Charles Nègre, Nice, gildalliere, 2019
Photo/Gilles Dallière/Musée de la photographie Charles Nègre/Nice

Quel bonheur de voir l’ombre de cet escalier épuiser le soleil. Le noir est découpé aux ciseaux, le blanc tracé dans l’épaisseur de l’air. Obliques, verticales, horizontales : tout est géométriquement pur. Un nuage derrière la vitre sale ? Tout s’efface. Les ombres s’éloignent après s’être admirées dans mes yeux. Quand à mes yeux, ils sont dans le bleu des rêves. Dedans, dehors. Partout.

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Ombres portées.

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Le garde-corps.

superposition, kithyra, gildalliere, 2017
Photo/Gilles Dallière/Cythère/Grèce

Un moineau s’est posé sur le bord de la balustrade, m’a regardé avec une curiosité non dénuée de moquerie, se demandant ce qui pouvait tant m’occuper. Il s’est envolé quand il a compris qu’il ne s’agissait que de cadrer la rampe qui règne tout autour du bâtiment. Elle couronne le petit cube cycladique pour occuper le devant de la scène et son garde-corps s’incline comme pour lui rendre le salut.

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Le garde-corps.

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La tête rase du ciment.

Rampe, Cythère, gildalliere, 2017
Photo/Gilles Dallière/Cythère/Grèce

Midi : les humains inhumains mangent des frites dans leurs terriers. Moi, J’enferme l’air dans une photo. Je suis au plus près des variations de la lumière. Le vent s’éloigne. Les herbes feignent l’immortalité. Trois arbres retiennent leur souffle. Tout ce que je vois de l’architecture est sans pesanteur, et dans mon cadrage, la tête rase du ciment de la rampe d’escalier devient vivante.

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La tête rase du ciment.

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Le secret.

Kamara, Cythère, Grèce, gildalliere, 2017
Photo/Gilles Dallière/Cythère/Grèce

La voûte de la Kamara, ces lumières, le silence : c’est comme si un secret était sur le point d’être levé. Ici, les sons ont un cheveu sur la langue. J’en profite pour changer les draps du songe de ce matin, allumer quelques fleurs dans une céramique grecque. Et je m’allonge pour ne plus penser. Dans le ciel, les oiseaux prennent le relais de l’intelligence.

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Le secret.

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L’air est bleu.

monastère, Cythère, Gréce, gildallière, 2018
Photo/Gilles Dallière/Cythère/Gréce

Je suis le roi des cieux. Je fais danser le soleil sur la pierre blanchie à la chaux. Le bleu de l’air est au service des dieux du ciel. La montagne au loin disparaît dans la brume comme le soulèvement d’une poitrine heureuse. Les nuages balayent chacun de mes maux. Tout petit devant l’infini, je retiens l’horizon par la manche.

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L’air est bleu.

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L’infiniment grand.

Ouverture sur la mer, gildalliere, Cythère, 2018
Photo/Gilles Dallière/Cythère/Gréce

En face de moi, au-delà des murs du monastère, il y a l’infiniment grand. J’aime ce carré infranchissable, cet implacable défenseur du vide. Te voilà, me suis-je dit. Te revoilà, silence massif des dieux. J’aime te faire face. Notre sort est lié. Un jour je cesserai de jouer. Ce jour là tu t’effondreras, avec moi. Et tous mes maux éclateront de rire.

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L’infiniment grand.

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La main du vent virevolte.

Viaradika, cythère, gildalliere, 2018
Photo/Gilles Dallière/Cythère/Grèce

Je cherche, partout la plaque de nos deux noms sur la boîte aux lettres. Elle a disparu. Je cherche la clé, et tu l’as perdue. La porte rouillée reste battante. Les herbes du jardin sont aiguisées par le soleil, et le vent passe sa main dessus pour en éprouver le tranchant. Je suis rentré dans la maison, j’ai vu la main du vent pousser des ballots de nuages par la fenêtre et feuilleter quelques ombres.

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La main du vent virevolte.

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La maison du village.

La cuisine, gildalliere, Cythère, 2018
Photo/Gilles Dallière/Cythère/Grèce

Tu n’es jamais venu ici, et tu n’y viendras jamais. L’été, cette lumière, ce vent, cette chaleur, c’est comme si un secret était sur le point d’être levé. Alors, que je te dise, c’est une maison dans un village. C’est un village sur une île grecque. C’est la Grèce de l’Odyssée. Je fraie mon chemin dans l’air bleu, et ce matin je n’ai aucun âge. Je suis indifféremment jeune, indifféremment vieux. Je suis fort et je suis fragile. Je suis de passage, heureux d’être rentré dans cette maison par le cœur.

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La maison du village.

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Le ciel en apesanteur.

Scène de ménage, Kithera, gildalliere, 2015
Photo/Gilles Dallière/Grèce/Cythère

Derrière les roses de la moustiquaire, il y a une vie. J’ai ouvert la porte sur la main froide d’Éole qui froisse le silence. Posé mes yeux sur ce monde abandonné pour le déblayer. Entrevoir une somme de joie sous la somme de douleur. Au bout de ce monde écroulé, une fenêtre suspendue dans les airs encadre les pulsations colorées d’un ciel sauvage remonté des gravats.

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Le ciel en apesanteur.

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