Projection, Centre Pompidou, Paris, gildalliere, printemps 2022
Le temps s’arrête, les ombres se figent, un couple passe, demeure le souvenir. S’effaçant, vieillissant. Nous sommes des êtres flous avec un je-ne-sais-quoi de net. Lorsque l’œil se détourne et revient pour rencontrer à nouveau l’image, ce qui frappe, c’est ce mur maculé de lumière qui cerne le mystère de nos vies.
C’est une image sombre, très sombre, qui exclut la mise en scène. Ces moments-là sont rares. Ils arrivent sans qu’on les attende, souvent dans les temps morts, quand ça n’a pas d’importance, et que soudain quelque chose me fait cligner de l’œil, comme ça, en passant et alors je cadre pour voir. C’est un autoportrait instantané, tiré au bout de l’œuvre exposée des Lalanne au MAD. Un autoportrait, avec tout ce que ce mot là implique pour moi de hasard et de joie.
La lumière de l’ombre, cour intérieur,Paris, gildalliere, printemps 2022
La lumière se faufile le long des murs de brique dans des perspectives inhospitalières. La nuit tombe. Elle est happée dans le labyrinthe architectural de la cour intérieure, et j’ai l’impression que la frontière entre la réalité et le monde de l’illusion est mouvante. C’est une sensation étrange qui s’exprime par un monochrome presque luisant. Les ombres et la lumière sont enveloppées d’une infinité de couches, et quand je les contemple, le point de fuite finit par m’échapper.
La capoeira, Montmatre, Paris, gildalliere, été 2017
La Capoeira, c’est l’art de la dynamique pure et de la puissance. Devenir et tracer des lignes de fuite, se lancer à corps perdu dans le vide, obéissent à une logique des connexions ou synthèses disjonctives. Lutte et danse, intimement unies, ne cessent de se fuir dans un même geste, sur une même ligne. Le geste de mort est un geste de vie, esthétique et créateur.
La danse de Raghunath Manet, jardin d’acclimatation, Paris, gildalliere, printemps 2OO7
Le silence du crépuscule frémit soudain au rythme des grelots attachés aux chevilles de Raghunath Manet. Je m’incline devant l’empreinte laissée par les pieds du danseur. Je ressens en moi sa lumière dont l’ardente flamme annonce la célébration. C’est lui qui chante l’amour indicible qui de merveille sans fin resplendit dans la chair, dans le cœur, dans l’esprit.
Isadora, place du Tertre, Paris, Montmartre, gildalliere, printemps 2021
Cette danse gestuelle, place du Tertre, se déroule sur une unique diagonale symbolisant le parcours de vie. Une jeune femme tourne, tourne encore, s’envole. Le phrasé des gestes sculpte l’espace. Elle danse, faisant don de son expressivité et de son énergie. J’ai regardé, scruté, capté. J’ai retenu cette vision du mouvement. C’est en la voyant travailler sur le déséquilibre que mon regard a vacillé. Comment capturer le mouvement en train de s’accomplir ? Comment ne jamais rien figer mais au contraire ouvrir, repousser les limites, en donnant le sentiment d’une incessante mobilité ? Elle s’est livrée à mon regard photographique, révélant chaque fois quelque chose d’unique qu’on pourrait appeler un instantané de l’âme.
Le bouquet de pivoines, Paris, gildalliere, printemps 2021
La pivoine se dérobe à la vie. Elle me saisit tant la lumière émane de l’intérieur du bouquet. Sa métamorphose croît lorsqu’elle s’épanouit et elle me fait oublier mes blessures. Son éclat se fragmente tout au long de sa floraison. La fleur est éphémère. Elle varie au fil du temps. Elle enchante le regard.
Le Cycliste, Aristide Maillol, musée d’Orsay, Paris, gildalliere, printemps 2022
Harry Kessler commande à Maillol un Narcisse dont il fournit le modèle : son amant Gaston Colin, cycliste et Jockey. Ce nu androgyne animé d’un contrapposto sensuel s’inscrit dans la lignée de la statuaire antique, teintée d’un naturalisme regretté ensuite par l’artiste.
La Montagne, Aristide Maillol, Musée d’Orsay, Paris, gildalliere, printemps 2022
Par sa vision synthétique, axée sur l’arrangement des masses et la rupture radicale avec l’art descriptif du XIXe siècle Aristide Maillol , dans son domaine, a ouvert la voie vers l’abstraction, comme Cézanne en peinture. Maillol pense à une sculpture de l’immobile et atteint avec “La Montagne” une perfection des proportions. La beauté éternelle de son œuvre, qui s’inscrit dans la lignée de Jean Goujon ou d’Edme Bouchardon et rappelle les figures ornant les bassins, les fontaines et les jardins du château de Versailles, en fait un des plus grands artistes français.
La Méditérranée, Aristide Maillol, Musée d’Orsay, Paris, gildalliere, printemps 2022
C’est la simplicité qui fait la beauté de cette sculpture appelée « Méditerranée ». Le parti pris de Maillol est à l’opposé de ce qui se pratique alors, à la suite de Rodin. Pas d’émotion exagérée, pas de muscles saillants. Le visage que je vous cache, est dépourvu d’expression, et les membres sont bien pleins, la peau très lisse. La figure est tout en triangles emboîtés, repliée sur elle-même, comme en méditation. Seules dépassent un pied et une main. Elle est simplement belle.