Petit nu N°6

Petit nu N°6, Curiosa, Marie Pierre Morel, gildalliere, paris, 2O19.
Photo/Gilles Dallière/photogravure/Marie-Pierre Morel/Niels Schneider

C’est ma dernière acquisition : « Petit nu N°6 ». Une photogravure de Marie-Pierre Morel, tirée d’une série d’études pour le film éponyme de Lou Jeunet, d’après les photos de Pierre Louÿs. Le cadrage de ce nu masculin, académique, est soigné. La gamme des demi-teintes depuis la clarté solaire jusqu’au noir pure est parfaitement maîtrisée. À la recherche de la lumière magicienne, le corps de l’acteur vibre, et le papier sent cette vibration. Marie-Pierre travaille à la chambre, l’épreuve numérotée est tirée en gravure taille douce permettant d’obtenir grâce à la qualité du papier et au travail d’encrage une matière magnifiée dans les noirs chargés de mystères.
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Petit nu N°6

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Regarder le temps

Thibault, Paris, 2019
Photo/Gilles Dallière/Portrait/Thibault Massina/Paris/2019

Quand Oscar Wilde dit que « La beauté est dans les yeux de celui qui regarde », cela nous montre que le regard est bien plus important que la chose regardée, que c’est l’imagination contenue dans ce simple regard qui fait tout. C’est donc bien plus que de poser les yeux : il y a de la volonté, du désir, de l’intention dans le regard. Il y a des portraits réussis, d’autres pas. Chaque visage peut se cacher et parfois subrepticement se révéler. Très peu de gens sont capables de perdre le contrôle d’eux-mêmes, en un instant, et de se comporter devant l’appareil photo comme s’il n’existait pas. C’est pour cela que le photographe doit les aider et s’ouvrir à eux. Après plusieurs séances, je comprends que ce que je dis à mon modèle est bien plus important que ce que je fais avec mon appareil et la lumière.

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Béton brut

Escalier, béton, Anvers, Belgique, Boris Vervoordt, gildalliere, 2006
Photo/Gilles Dallière/escalier/Boris Vervoordt/Anvers/Belgique

Lundi 13 mai, la pluie a cessé, et un pâle soleil éclaire la cathédrale. L’escalier file vers le ciel. Une porte en bois, creusée dans la pierre reste fermée, la chaux s’effrite comme si les termites avaient fait de la dentelle dans le mur. Une fine lumière bleue filtre à travers la fenêtre. J’ai descendu les quelques marches de cet escalier en colimaçon intelligemment intégré. Sans ornementation et en béton brut, il apporte de l’ampleur à la construction moyenâgeuse. J’ai retenu mon souffle et je suis parti.

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L’élégance du silence

Cheminée médiévale, Anvers, Belgique, Boris Vervoordt, 2006
Photo/Gilles Dallière/Anvers:Belgique/Boris Vervoordt

À Antwerpen, au rez-de-chaussée, l’espace est sublimé par le dessin de cette cheminée à double foyer. À gauche un tout petit tableau, presque vide, et sans aucune indication de lumière. À droite, une œuvre révélant trop d’imprécisions et de faiblesses à mes yeux. Au sol, les imperfections de la pierre bleue des carrières du Hainaut, superbe et transparente. J’aime cette tension. Le passé qui s’inscrit dans le présent, dépoussiéré, rangé, lumineux. Les murs sont aussi nus et rugueux qu’au XVe siècle. La même fenêtre haute laisse voir une épaisseur neigeuse creusée dans le mur. Mais ce n’est pas tout, il y a surtout le silence, et le silence c’est le silence, et ce n’est rien que le silence.

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L’échappée belge

Salon, Anvers, Belgique, Boris Vervoordt, gildalliere, 2006
Photo/Gilles Dallière/Anvers:Belgique/Boris Vervoordt

Dans cette échappée belge, il y a des journées qui ne ressemblent pas aux autres. Aujourd’hui, c’est une journée en pente douce. La pièce dans laquelle je pénètre est sombre, immense, vide, ornée d’une cheminée médiévale monumentale. Le feu chante dans l’âtre illuminé. L’endroit est un peu austère et je m’y sent forcément modeste. Une beauté indescriptible exsude des murs de terre ocre rouge, et dans la lumière diffuse, je commence vraiment à apprécier l’usage récurent de l’ombre. Les imperfections y prennent une importance toute particulière.

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L’échappée belge

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inspiration originelle

Salle de bains, Anvers, Boris Vervoortdt, belgique, 2006
Photo/Gilles Dallière/Anvers/Belgique

J’ai quitté Paris pour me perdre dans les ruelles étroites du quartier historique d’Anvers. Tout est sombre dans cette maison médiévale du Vlaeykensgang, cachée à l’ombre de la cathédrale. Dans la salle de bains monochrome, l’obscurité est essentielle. Elle met en valeur la beauté imparfaite de la sorcière qui reflète cette pure clarté arctique, abrasive au regard. Autour, le vide représente représente tout ce qu’il reste à apprendre de cette création contemporaine. Il dort, les yeux ouverts, et moi, je me déplace en lui sans bruit, avec la précaution inutile d’un rêve qui jamais ne troublerait son sommeil.

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La belle époque

Villa Nellcote, gildalliere, Saint-Jean-Cap-Ferrat, 2013
Photo/Gilles Dallière/Villa Nellcote/Saint-Jean-Cap-Ferrat

Ce n’est pas la fin de mon escapade à Villefranche-sur-Mer. Ça n’est jamais fini. Mon cœur c’est remis à battre dans le décor Belle Époque de cette salle de bains. J’aime son immobilité, son absence de toute perspective de mouvement. L’architecte aurait pu modifier la structure de ces lignes, remplacer un segment par un autre, procéder à des corrections sans fin pour les épurer. Eh bien non. Tout au long du mur de ce carrelage fleuri, la lumière découpe des surfaces originelles.

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Que fais-je ici ?

Malakoff, J.Karam, gildalliere, Richard Alcock,2018
Photo/Gilles Dallière/Richard Alcock/ Paris

De retour à Paris, j’ai trouvé ma place, dans l’entrebâillement des portes d’un second jour aménagé de boiseries haussmanniennes. Sous la fluidité des cristaux d’un lustre XVIIIe, la froideur du décor est grandiose. Mes yeux glissent sur l’émail de la baignoire. Des traînées de lumière grise se confondent à la fluidité des veines du marbre de Carrare. Tout est silencieux. Debout devant le miroir de Bohème, je regarde mon visage et je me pose une question simple. Que fais-je ici ?

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Cauchemar géométrique

Les Figuiers, Nellcote, Saint-Jean-cap-Ferrat, gildalliere, 2013
Photo/Gilles Dallière/Francis Amiand/Les Figuiers/Villa Nellcote:Saint-Jean-cap-Ferrat

«Le carré de l’hypoténuse est égal à la somme des carrés des deux autres côtés». L’architecte a superposé l’horizontale à la verticale. La fuite à travers l’opaque transparence des cloisons coulissantes à la Mondrian, tend à l’immobilité, la puissance d’agir au repos. Et je ne rêve que de me retirer du cours du temps qui coule trop vite. Cette baignoire à l’ancienne est l’endroit idéal pour cette expérience contemplative qui n’est faite que de réflexions et de rêves. Passée la perfection géométrique, la salle de bains est un retranchement, un périscope pour regarder et se défendre du monde extérieur : de la violence, mais aussi de l’amour.

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D’or et de sel

Villa Nellcote, Saint-Jean-cap-Ferrat, entrée,gildalliere, 2013.
Photo/Gilles Dallière/Villa Nellcote/Saint-Jean-cap-Ferrat

Vous n’avez rien touché à l’entrée de la villa. Vous aviez pourtant le droit de la transformer, de la rendre plus basse, plus large. Vous avez respecté scrupuleusement la configuration du bâtiment, la cour d’entrée, la grille d’honneur, la galerie, l’escalier monumental, les terrasses, le parc, vous les avez concrétisés à l’endroit voulu. Et sur vos plans, au lieu d’écrire murs, vous avez inscrit : brique ocre. Au lieu d’écrire fenêtre, vous avez mis : persienne grise. Au lieu de porte d’entrée vous avez renforcé le dessin du fer forgé et les volutes recouvertes d’or fin. Vous avez repoussé le premier mot qui venait au profit du second, plus précis, puis lui-même au profit du troisième, puis du quatrième…

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D’or et de sel

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