L’air est bleu.

monastère, Cythère, Gréce, gildallière, 2018
Photo/Gilles Dallière/Cythère/Gréce

Je suis le roi des cieux. Je fais danser le soleil sur la pierre blanchie à la chaux. Le bleu de l’air est au service des dieux du ciel. La montagne au loin disparaît dans la brume comme le soulèvement d’une poitrine heureuse. Les nuages balayent chacun de mes maux. Tout petit devant l’infini, je retiens l’horizon par la manche.

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L’air est bleu.

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L’infiniment grand.

Ouverture sur la mer, gildalliere, Cythère, 2018
Photo/Gilles Dallière/Cythère/Gréce

En face de moi, au-delà des murs du monastère, il y a l’infiniment grand. J’aime ce carré infranchissable, cet implacable défenseur du vide. Te voilà, me suis-je dit. Te revoilà, silence massif des dieux. J’aime te faire face. Notre sort est lié. Un jour je cesserai de jouer. Ce jour là tu t’effondreras, avec moi. Et tous mes maux éclateront de rire.

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L’infiniment grand.

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La main du vent virevolte.

Viaradika, cythère, gildalliere, 2018
Photo/Gilles Dallière/Cythère/Grèce

Je cherche, partout la plaque de nos deux noms sur la boîte aux lettres. Elle a disparu. Je cherche la clé, et tu l’as perdue. La porte rouillée reste battante. Les herbes du jardin sont aiguisées par le soleil, et le vent passe sa main dessus pour en éprouver le tranchant. Je suis rentré dans la maison, j’ai vu la main du vent pousser des ballots de nuages par la fenêtre et feuilleter quelques ombres.

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La main du vent virevolte.

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La maison du village.

La cuisine, gildalliere, Cythère, 2018
Photo/Gilles Dallière/Cythère/Grèce

Tu n’es jamais venu ici, et tu n’y viendras jamais. L’été, cette lumière, ce vent, cette chaleur, c’est comme si un secret était sur le point d’être levé. Alors, que je te dise, c’est une maison dans un village. C’est un village sur une île grecque. C’est la Grèce de l’Odyssée. Je fraie mon chemin dans l’air bleu, et ce matin je n’ai aucun âge. Je suis indifféremment jeune, indifféremment vieux. Je suis fort et je suis fragile. Je suis de passage, heureux d’être rentré dans cette maison par le cœur.

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La maison du village.

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Le ciel en apesanteur.

Scène de ménage, Kithera, gildalliere, 2015
Photo/Gilles Dallière/Grèce/Cythère

Derrière les roses de la moustiquaire, il y a une vie. J’ai ouvert la porte sur la main froide d’Éole qui froisse le silence. Posé mes yeux sur ce monde abandonné pour le déblayer. Entrevoir une somme de joie sous la somme de douleur. Au bout de ce monde écroulé, une fenêtre suspendue dans les airs encadre les pulsations colorées d’un ciel sauvage remonté des gravats.

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Le ciel en apesanteur.

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La moustiquaire

infinie dentelle, gildalliere, kithera, 2017
Photo/Gilles Dallière/Grèce/Cythère

J’ai trouvé des copines dans ces fleurs qui ressemblent à des roses tendues en moustiquaire. N’entrez pas dans cette chambre : elle est le lieu de l’écriture, et ne m’en voulez pas de mon silence, il dit que je pense à mes amis où du moins ce qu’il reste de mes amis, il dit que j’écris, où du moins que je rêve d’écrire, c’est un tout.

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La moustiquaire

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La parenthèse.

L'étagère, Cythère, gildalliere, 2013
Photo/Gilles Dallière/Grèce

Un rayon de soleil enrichit le regard. Il dessine, précise, embellit une architecture brutaliste et authentique. Entre le monde et moi, je mets de temps en temps des guillemets, et je ne permets pas au monde de les franchir. Mais, de temps à autre, j’aime découvrir un bel objet, le reconnaître et, ouvrir la parenthèse m’inspire.

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La parenthèse.

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l’envers du visible.

Jeu d'ombres, gildalliere, Nice, été 2019
Photo/Gilles Dallière/Nice

D’où vient cette ombre ?
Que nous dit-elle ?
Où va t’elle lorsqu’on ne la voit plus ?
L’ombre est un mystère vivant. Cet envers du visible, obscurité paradoxalement accessible au regard, offre une grande polysémie. La beauté est patiente. Tout de noir vêtue, fixe ou articulée, plaquée ou projetée, plate ou en trois dimensions, elle change d’angle de vue à volonté et affole les perspectives.

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l’envers du visible.

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L’ornementation.

Gypseries, Malakoff, J.K., gildalliere, 2018
Photo/Gilles Dallière/Richard Alcock/Avenue Malakoff

Qu’est-ce qui infuse de l’or des stucs ?
Les ornements sont grands, larges, renflés, comme gorgés de sève végétale. Les guirlandes de fleurs, parcourent les poutres et les solives du plafond. Les têtes des angelots des mascarons sont presque toujours trop joufflues, même le feuillage des décors paraît gras. C’est ce qui constitue ici les caractéristiques majeures du style Régence : prépondérance de la sculpture dorée sur fond blanc, réduction de la palette chromatique, ordonnance quasi-symétrique des éléments de décoration. Tout est dit où presque.

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L’ornementation.

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De la place où l’on est…

Perspective, Malakoff, J.K., gildalliere, 2018
Photo/Gilles Dallière/Richard Alcock/Avenue Malakoff

Dans le panorama des grands décors, la galerie occupe la place la plus prestigieuse et la plus admirée. Elle est le lieu de passage où l’on s’arrête, pas à cause de la richesse des boiseries, mais parce que les décors de miroirs se répondent l’un à l’autre, et multiplient ainsi les perspectives. Chaque glace renvoie aux autres la figure du cristal de roche qu’elle reçoit, et ce que l’une n’a pas directement, elle l’emprunte à l’autre. Ainsi, l’œil y retrouve presque partout l’image de bien des choses qu’il a vues réellement, mais qui ne se peuvent plus voir de la place où l’on est. Même pas moi.

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De la place où l’on est…

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