Mademoiselle Bressant

Grand escalier du musée Chéret, Nice, gildalliere, 2019
Photo/Gilles Dallière/Escalier d’honneur du Musée Chéret/Peinture : Les écoles du XIXe, 1878, Nicaise de Keyser (1813-1887)

Du haut des marches de son escalier de marbre gris, la divine mademoiselle Bressant connue la Belle Époque. L’actrice, devenue princesse, tant d’allure que d’esprit, reçoit dans sa villa de Nice. Elle se met en scène dans des envolées de tulle, de gaze, et de mousseline à faire pâlir tous les habits noirs immortalisés sur la toile peinte par Nicaise de Keyser.

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Mademoiselle Bressant

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Belle époque.

Les plafonds du Westminster, Nice, gildalliere, 2019
Photo/Gilles Dallière/Style Belle Époque/Hôtel Westminster/Nice

C’est la soi-disant belle époque, elle se révèle dans les motifs de ce plafond. On peut y admirer des couleurs à l’antique dans un décor éclairé par des frisures de lumière composée de stucs et de cartons. Tout se répond en un kaléidoscope qui comprend les images les plus signifiantes de cette jeunesse dorée qui flâne dans les salons de l’hôtel Westminster, et peut demeurer des heures et des heures dans le vague et vain espoir qu’un homme fortuné vous offre de prendre un verre. Un mensonge, ou plutôt une ruse de la raison bourgeoise pour masquer le sens de l’histoire, un mythe crée pour habiller de couleurs séduisantes une société hypocrite, gouvernée par la loi impérialiste du profit.

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Belle époque.

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Des arcs outrepassés.

Nymphe 1910, Marbre polychrome Henri-Louis Cordier, Musée Chéret, Nice, gildalliere, 2019
Photo/Gilles Dallière/sculpture/Nymphe/Marbre polychrome/1910/Henri-Louis Cordier/Musée Chéret/Nice

J’aime la démesure et la simplicité architecturale de cette villa inspirée des palais génois du XVIIe siècle. Eugénie Alix Bressant aurait pu poser pour Henri-Louis Cordier, mais elle ne l’a pas fait. La princesse Kotchoubey préfère user de son charme, de sa féminité, et de son intelligence. Elle aime recevoir, apparaître en haut de son escalier monumental, au beau milieu des colonnades palladiennes encadrant les fenêtres de la salle de bal en arcs outrepassés.

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Des arcs outrepassés.

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Néo-classique

Villa  Starzynski, Entrée, Nice, promenade des Anglais, gildalliere, 2019
Photo/Gilles Dallière/Villa/Promenade des Anglais/Nice

En 1873, le comte Starzynski demande à Sébastien-Marcel Biasini d’édifier une villa. Ce dernier conçoit une bâtisse élevée sur rez-de-chaussée et un étage, dans un élégant style néo-classique, en retrait de la Promenade des Anglais. L’art baroque et la Belle Époque ont si profondément marqué la ville que l’on oublie ce style qui apparaît à la fin du XVIIIe siècle et qui aspire à retrouver la solennité et la grandeur héroïque dans la simplicité des temps antiques. Dans les années 30, la villa subit des travaux d’agrandissement. Les frontons furent supprimés, et on ajouta trois étages. Il ne reste plus sur la façade que les niches et les sculptures et l’entrée qui distribue les appartements. Finis le fumoir arabe aux murs carrelés de faïence, les plafonds à caissons représentant des paysages orientaux, toute l’ornementation s’est noyé dans le pêche Melba de la French Riviera.

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Néo-classique

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Des murs d’écriture.

Entrée, les Roches Noires, Trouville sur mer, gildalliere, 2017
Photo/Gilles Dallière/Les Roches Noires/Trouville sur mer

Respirer, juste le temps d’un instant, respirer au travers d’un regard, celui de Marguerite Duras, et mon corps s’envole sur l’écume d’une vague. J’arpente le corridor pêche Melba baigné d’une lumière tamisée comme un appel à s’égarer. Au printemps, le lustre aux pampilles défraîchies fait tomber une clarté jaunâtre sur les insomnies du voilage qui suinte le poison d’une mescaline buvant les murs d’écriture.

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Des murs d’écriture.

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Respirer

Les roches noires, Trouville, gildalliere, 2017
Photo/Gilles Dallière/Les Roches Noires/Trouville-sur-mer

Les Roches Noires sont toujours un voyage, pour quiconque approche ce bâtiment qui reste ensorcelé par la présence de Proust, chambre 101, et celle de Marguerite Duras, chambre 105. Dans ces corridors mystérieux et déserts, scintille une lumière tamisée comme un appel à s’égarer. Le vent souffle à travers les fenêtres usées de la cage d’escalier donnant sans répit sur la mer immense. Se poser au vent des embruns, sentir son souffle qui caresse mon âme. Respirer.

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Respirer

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La porte dessinée.

Essaouira, HLD, gildalliere, 2008
Photo/Gilles Dallière/Essaouira/Hervé le Douarec

L’art compte dans la vie de cet homme. Lui-même n’est qu’un miroir, pure surface réfléchissante, en quête d’un reflet supérieur. Le reflet change d’une semaine à l’autre, d’un mois au suivant. Le couloir est vide. La porte est dessinée. Les murs n’ont pas gardé la voix des objets. L’homme assemble les débris du miroir qui s’obstine à multiplier le même mur. Qu’importe si l’envers n’est pas conforme à l’endroit. Les objets recomposés répètent le même bruit fêlé quand ils n’ont rien à se reprocher.

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La porte dessinée.

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L’enfilade

Essaouira,HL, gildalliere, 2008
Photo/Gilles Dallière/Hervé le Douarec/Essaouira/Maroc

Arrivé à l’étage, plongé dans l’obscurité, j’ai pris la décision d’entrer de force dans n’importe quelle chambre et d’occuper la première que je trouve vide. Je suis resté dans le couloir, devant l’enfilade des portes, de part et d’autres séparées par des espaces assez larges. Elles sont toutes pareilles : grises, d’un gris bleuté, larges, symétriques, ouvertes et bien propres. Et tandis que je regarde le couloir, je cherche désespérément un signe, une trace, une référence qui pourrait être au moins un point d’orientation pour comprendre où je suis. Mais rien.

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L’enfilade

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Souveraine

Passage, HL, Essaouira, gildalliere, 2008
Photo/Gilles Dallière/Essaouira

Je suis resté longtemps immobile, au frais, dans la salle du théâtre de l’Atelier face au décor de la cuisine. À la fois hébété et silencieux. Dans l’ombre du premier plan, une vie défile à toute allure devant mes yeux. La vie de Mademoiselle Julie, une pièce écrite par August Strindberg. Anna Mouglalis apporte une sensualité bouleversante à ce personnage soudain déclassé, errant dans les vertiges du sexe comme de la culpabilité. J’ai écouté cette voix noire qui traîne dans des graves infinis, rauque et caverneuse. Elle est là, à balancer cette beauté tragique qui fait peur et ce goût excentrique des excès jusqu’à la mort.

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Souveraine

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être seul

Nature morte, AdeV, gildalliere, Paris, 2008
Photo/Gilles Dallière/chez Antoine de Vilmorin/Paris

La lumière est laiteuse. Divers objets, un vase à l’émail fendu, trois fleurs fanées, un livre, posent au centre de la table. Sur la beauté d’un parquet oublié, une photo perdue aux yeux du monde reste muette, protégée derrière le petit tabouret oriental. Sur la patine du temps qui passe, l’enfant photographié se vide la tête, aspire l’air du large, se grise de solitude, debout sur le rivage, face au vent, campé sur ses deux jambes. Je parle de souffle, d’un besoin d’oxygène. Je pense à la respiration de l’âme, à cet appel qui m’attire ailleurs, loin, très loin des autres, loin de ma vie avec les autres, pour être un moment seul.

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être seul

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