Que fais-je ici ?

Malakoff, J.Karam, gildalliere, Richard Alcock,2018
Photo/Gilles Dallière/Richard Alcock/ Paris

De retour à Paris, j’ai trouvé ma place, dans l’entrebâillement des portes d’un second jour aménagé de boiseries haussmanniennes. Sous la fluidité des cristaux d’un lustre XVIIIe, la froideur du décor est grandiose. Mes yeux glissent sur l’émail de la baignoire. Des traînées de lumière grise se confondent à la fluidité des veines du marbre de Carrare. Tout est silencieux. Debout devant le miroir de Bohème, je regarde mon visage et je me pose une question simple. Que fais-je ici ?

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Que fais-je ici ?

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Cauchemar géométrique

Les Figuiers, Nellcote, Saint-Jean-cap-Ferrat, gildalliere, 2013
Photo/Gilles Dallière/Francis Amiand/Les Figuiers/Villa Nellcote:Saint-Jean-cap-Ferrat

«Le carré de l’hypoténuse est égal à la somme des carrés des deux autres côtés». L’architecte a superposé l’horizontale à la verticale. La fuite à travers l’opaque transparence des cloisons coulissantes à la Mondrian, tend à l’immobilité, la puissance d’agir au repos. Et je ne rêve que de me retirer du cours du temps qui coule trop vite. Cette baignoire à l’ancienne est l’endroit idéal pour cette expérience contemplative qui n’est faite que de réflexions et de rêves. Passée la perfection géométrique, la salle de bains est un retranchement, un périscope pour regarder et se défendre du monde extérieur : de la violence, mais aussi de l’amour.

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Cauchemar géométrique

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Le contre-jour des sphinges

Villa Nellcote, Saint-Jean-cap-Ferrat, gildalliere, 2013
Photo/Gilles Dallière/Francis Amiand/Villa Nellcote/Saint-Jean-cap-Ferrat

Ici, il n’y a pas des millions de mètres cubes de pièces identiques. Il n’y a pas de portes et de fenêtres entassées les unes sur les autres. Il y a l’élégance de l’architecture “spectacle” posée sur la rive de la baie de Villefranche-sur-Mer. Il y a de la fierté, chez elle. Une grande fierté. De part et d’autre de la porte d’entrée, les sphinges ont le regard droit, la nuque raide. Elles ne demandent rien. Elles n’attendent rien. Le fleuve de la vie passe ailleurs. Elles le savent. Elles ont vécues, elles ont courues le monde avec les Rolling Stones. Aujourd’hui, elles savent comment il va. Elles se sont refait une beauté et elles sont prêtes pour la photo suivante.

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Le contre-jour des sphinges

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L’arbre de Thor

Villa Nellcote,Saint-Jean-cap-Ferrat, gildalliere, 2013.
Photo/Gilles Dallière/Francis Amiand/Villa Nellcote/Saint-Jean-cap-Ferrat

L’arbre de Thor protège la villa jusqu’au vertige. Il enveloppe l’espace. De lui émane une impression de force. Son élan vers le ciel invite à la verticalité et sa frondaison bruissante vient démentir le profond silence qui entoure son existence mystérieuse. Il me fascine aussi par sa longévité, jusqu’à quatre mille ans ! Combien de fois une vie d’homme ! Passeur de temps, l’arbre l’est aussi d’espace, tendu qu’il est entre ciel et terre. Il soutient le monde, comme le baobab d’Afrique ou le figuier des Indes équatoriales. Ses branches s’enracinent dans le ciel au dépens de son tronc. C’est là, la fine bordure entre la vie et la mort.

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L’arbre de Thor

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La villa Nellcote

Villa Nellcote, Villefranche sur mer, gildalliere, 2013
Photo/Gilles Dallière/Francis Amiand/Saint-Jean-cap-Ferrat

Le passé coule sur les balustres de la villa comme si le temps n’existait pas. Construite en 1899 sur les ruines d’une ancienne batterie militaire, avec ses grilles dignes de Versailles, sa façade ornée de colonnes ioniques en marbre, son escalier monumental et son jardin à la française qui descend jusqu’à la mer, Nellcote est un véritable palais. En 1971, les Stones quittent l’Angleterre pour échapper aux impôts. Keith Richards, sa femme Anita Pallenberg et leur fils Marlon investissent la villa à Saint-Jean-Cap-Ferrat et du matin au soir, avec Mick Jagger, Charlie Watts et Bill Wyman, les échos des guitares électriques, sur amplifiées, traversent la baie de Villefranche au point d’entraîner le départ précipité de toute la troupe vers une nouvelle terre d’exil. Dans l’intervalle, le groupe enregistrera un chef-d’œuvre, « Exil on Main Street », un double album gorgé du soleil et des fêtes de la Riviera.

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La villa Nellcote

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Froide comme l’albâtre

Nelcotte, Villefranche sur mer, gildalliere, 2013
Photo/Gilles Dallière/Villefranche sur mer/Villa Nelcotte

Le soleil méditerranéen accable la villa de sa lumière. La déesse se dresse, vivante, à cette heure de l’après-midi sous l’immense azur de l’escalier faisant sur la verrière une tache sombre. Elle s’étire, balançant son enfant sur ses épaules. Le plissé de sa toge glissant de ses larges hanches jusqu’au creux de son dos. Le poids de son marbre immaculé tire en arrière sa tête délicate et lui donne un air triomphant et paresseux. Elle sourit d’un blanc sourire comme si elle apercevait un miroir reflétant sa beauté, belle et froide comme l’albâtre.

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Le pouvoir de séduction

Villa Fiorentina, Nice, parc impérial, gildalliere, 2019
Photo/Gilles Dallière/Détail d’architecture/Villa Fiorentina/Nice

Rien n’est plus existant pour un photographe que de tomber en arrêt devant le pouvoir de séduction d’une image. Cette intimité est favorisée par des kilomètres de marche à pied. Je me suis plongé dans l’architecture du parc Imperial, celui des Russes blancs, du moins ce qu’il en reste. Aujourd’hui, une nouvelle génération d’oligarques a débarqué sur la Riviera. Plus discrets que leurs aînés, ils aiment quand même faire la fête, mais cherchent aussi à réaliser de juteuses affaires. Plongée dans un univers très secret. Fini les extravagances ? Les feux d’artifice tirés les soirs d’anniversaire des terrasses des somptueuses villas du Cap d’Antibes et de Saint-Jean Cap Ferrat ? Les virées en boîte de nuit à écluser des bouteilles de Cristal Roederer et de Dom Pérignon rosé ? Les écuries de Rolls et de Bentley ?
Leur plus grand plaisir est de promener les enfants en poussette, le long des rues ombragées de pins et de palmiers. Les premiers arrivants payaient l’addition au restaurant avec des liasses de billets. Ils sortent une carte American Express Platinium. Il y a 20 ans une villa se vendait 20 millions d’euros, on écarquillait les yeux, la même atteint aujourd’hui 100 millions d’euros et on ne s’en étonne même plus.

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Le pouvoir de séduction

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Qui est-tu Alexandre ?

Mon rochegaussen, gildalliere, Paris, 2019-Modifier.jpg
Photo/Gilles Dallière

J’ai accroché mon Rochegaussen à mes murs. Heureux, il flirt avec une encre de chine de Michel Raffaelli.
Qui est-tu Alexandre ? Un peintre ? Un photographe ? Un funambule ? Un poète ? Un magicien ?
Tu te racontes des histoires sur les cloisons de ton atelier. Des histoires d’ombres, des histoires sans dessus-dessous, de liens et de sueurs froides. Tu rêves en noir et blanc mais le rouge s’y greffe avec fureur. À quoi pensais-tu donc en dessinant ce chat portant le contour d’une maison esquissée à la craie ? Avec ses yeux « papercraft » il a l’air de se laisser conduire où bon lui semble, mais est-il bien certain d’arriver à ses fins ? Il porte sur son dos un autre que lui, un lien qui l’attache à une ombre portée. Dans ses yeux il est question de peur. Je l’ai pourtant sauvé de la danse macabre ou d’autres chat-hiboux, s’ils n’étaient pas tranchés, voulaient le dévorer. Il a la trouille, il baisse la tête : « Game over ».
Allez, viens danser avec moi.

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Qui est-tu Alexandre ?

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Karl Lagerfeld

Karl Lagerfeld, la Vigie
Reportage/Gilles Dallière/Photo/Nicolas Millet

Karl Lagerfeld aimait la démesure. Il avait le sens de l’invention et de la réinvention. J’ai eu le plaisir de photographier la Vigie à Monte Carlo, au bord du golfe de Monaco. Une Villa toute blanche qui évoque la Riviera d’antan. Louis XV et Louis XVI s’y sentiraient chez eux. Volubile et drôlement présent, Monsieur Lagerfeld était disponible, concentré, pertinent, c’était un abîme de culture sans pédanterie. À la Vigie, le temps n’existait plus. Pour lui, c’était l’aisance avec laquelle on habitait les maisons qui était important. La maison idéale ? C’était toujours la prochaine, comme une collection. C’était le rêve inaccessible qui poussait à créer. Faire des robes, du dessin, de la photo, de l’édition, des maisons, peu importe, c’était la seule façon qu’il avait de vivre, en travaillant, en s’amusant, en utilisant ses défauts, en les récupérant. Vous êtes, Monsieur Lagerfeld un merveilleux souvenir.

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Karl Lagerfeld

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La voltige architecturale

Le grand escalier du Four Seasons Hotel Ritz, Lisbonne, gilles Dallière, 2007
Photo/Gilles Dallière

Devant moi, face à la colonne en céramique sculptée, flotte l’image d’un escalier dont la courbe enveloppée de ces panneaux de laque dévide la spirale du chemin. Ce miracle d’architecture posé sur les bambous d’or à la clarté du soleil, s’enroule sur lui-même pour disparaître de façon significative. Il voltige dans l’espace et dans cette perspective prodigieuse, les deux extrémités noyées d’ombre me semble plonger dans le ciel et l’enfer.

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La voltige architecturale

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