L’indéfinie…

L’hiver, jardin des Tuileries, Paris, gildalliere, hiver 2022

Retour en arrière ! Remise en question ! Seul, sur la Terrasse du Bord de l’Eau, je regarde du côté de l’Orangerie, je regarde l’indéfinie, je regarde et j’ai plaisir à voir l’ombre des tilleuls. Le mur tout entier est une mélancolie de pierre.
Une mouette passe et ma tendresse est plus grande.
Tout ce temps je n’ai fait attention qu’aux ombres. Et tout cela n’a été qu’une impression de la peau, comme une caresse. Tout ce temps je n’ai pas levé les yeux de mon rêve lointain.

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L’indéfinie…

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Restauration…

Echafaudage autour de l’obélisque place de la concorde, Paris, gildalliere, hiver 2022

En pleine nuit, place de la Concorde, je succombe à la blancheur immémoriale de la pierre ou du moins de l’échafaudage qui encercle ce monument de l’Égypte antique. Un instant aveuglé, toutes traces du monde réel s’effacent de mon viseur. Sur la structure qui me fait face, ne reste du visible qu’une silhouette tranquillement dressée, étrangement réconfortante dans son immobilité. Une ombre presque humaine qui va retrouver cet été sa lumière. 

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Restauration…

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La couleur…

Ici, me reviennent les peintures de Ernst Ludwig Kirchner, de Franz Marc, d’Emil Nolde vues lors d’une exposition sur la couleur. J’étais transfiguré à force de plonger dans de telles nuances. Chez Agnés Emery, une vivacité folle traverse les pièces. La lumière tamisée de Bruxelles revenait sur son visage en bondissant sur les murs. Elle était devenue, là sous mes yeux, l’un des modèles d’évidence de ce mouvement Die Brücke que j’aime tant.

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La couleur…

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Des nuances de bleus…

L’intérêt d’une maison, c’est d’être une planque. Un dedans. Un instant de bonheur écervelé. Un ventre de pierre et de bois où il est facile de se sentir à l’aise et de se régénérer. La maison vous guérit d’un trait. La couleur est libératrice. Les nuages gris bougent vite. Agnès crée des couleurs, des enduits de chaux ou d’huile de lin et se prend au jeu de ranger ce qui traîne. Alors c’est là que les nuances se réactivent.

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Des nuances de bleus…

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Le charmeur de serpent…

Le charmeur de serpent, Adolphe Thabard, 1831-1905, jardin du Palais-Royal, Paris, gildalliere, hiver 2022

Ce matin, les températures ont subitement chuté. Elles aussi sont en deuil d’un mois de décembre idiot. Interminable. Monolithique. Pour réagir secondairement, me sortir de ma relative torpeur, je le fais quelquefois au réveil, je me suis surpris à déclamer à voix haute des poèmes de Joseph Brodsky, Vertumne gelé dans ses habits de feuilles, les pieds brûlants sous l’effet stimulant de la rosée : par temps froid les rêves sont plus précis, ils durent. Par temps froid, tout semble durer toujours. 

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À vos lettres…

Les allées du Palais Royal, à la recherche de Colette, Paris, gildalliere, hivers 2020

Ici, tout m’inspire, l’architecture, le jardin, le ciel, l’histoire, les enfants qui jouent, les passants, le jeu de l’ombre à la lumière. Presque partout où je m’installe, les chaises et les bancs sont des poèmes. 18 textes de femmes sur la rue du Beaujolais, dont la moitié signée Colette. 18 textes d’hommes, dont la moitié signée Cocteau côté Montpensier. Au total, 20 auteurs du XXe siècle. Merci Michel Goulet.

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Le grand sommeil…

Détail des brises-soleil et balcon en saillie, palais de l’assemblée, Chandigarh, inde, Le Corbusier, gildalliere, hiver 2010

J’ignorais quelle heure il pouvait être. La lumière était basse. Des cumulonimbus pourraient la masquer, mais son orbe ne disparaîtrait pas. Près du lac, un bleu ardoise assombrissait la plaine d’une menace sourde. Plus loin, une largeur de bas nuages gris, bardés d’humidité, estompait la chaîne de l’Himalaya. Je ne suis resté là que quelques instants. Devant les brises-soleil du Palais des Assemblées, quelque chose à la fois d’infime et de vital semblait s’être retiré. Le paysage architectural dormait les yeux ouverts, et moi, je me déplaçais en lui sans bruit, avec la précaution inutile d’un rêve qui jamais ne troublerait son grand sommeil.

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Le Palais des Assemblées…

L’assemblée, Chandigarh, Le Corbusier, Inde, gildalliere, 2010

Le Palais des Assemblées est assez décrépi aujourd’hui. Au départ, l’imagination de Le Corbusier avait été frappée par quelques formes industrielles. Et comme jadis, par l’étude patiente de « l’os de bœuf », nous voilà bien loin du point de départ. Le béton s’effondre, le bassin latéral est à peine rempli d’eau, mais l’ensemble architectural reste magique.

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C’est du béton…

Chandigarh, le secretariat, Le Corbusier, India, gildalliere, hiver 2010

J’aime quand les murs opposent des formes libres à la géométrie, les horizontales aux verticales, le traditionnel à l’invention, les pleins aux vides, les pentes douces ou abruptes aux perspectives ondulées de l’horizon, le béton discipliné à la végétation spontanée, le jeu des couleurs au ciel immense. Ils peuvent être secs ou humides. Ils peuvent abriter dans leurs fissures d’imprévisibles mousses de toutes sortes, et puis on peut les colorer, on peut les cacher derrière des tissus, les enfermer dans toute une effervescence de formes. C’est tout cela qu’a voulu Le Corbusier à Chandigarh.

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C’est du béton…

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Point de vue…

Point de vue, Haute Cour, Chandigarh, Inde, Le Corbusier, gildalliere, hiver 2010

La couleur nous tient compagnie dans le cosmos, parfois elle nous fait savoir que nous existons et, quand elle disparaît, comme dans le monde obscur de Gilgamesh où tout n’est que poussière, où les bouches sont pleines de poussière, où il n’y a guère de couleur, c’est la vie qui disparaît. Je fais beaucoup de noir et blanc pour ne pas gaspiller la couleur.

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Point de vue…

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