Nature morte.

Nature morte, vase 1930 blanc, gildalliere, Paris, 2020
Photo/Gilles Dallière/Paris

Nous nous sommes ouverts ensemble à la beauté précaire, à la musique, aux voyages. Un objet comme ce vase, nous rapprochait, et bien d’autres encore. Ta vélocité, ton équilibre, m’ont rendu la vie facile. Aujourd’hui, je n’ai plus ta parole pesée, ton regard attentif, ton sourire bienveillant à mes côtés. Une certaine quantité de silence m’est alors nécessaire. Du fond du cœur, j’aimerais retrouver la petite maison dans la prairie, les visages de la famille Ingalls, les rires, l’espièglerie : gommer un peu la distance qu’il y a entre la vie et la mort.

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Nature morte.

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Le temps du souvenir.

La pyramide du Louvre en hiver, gildalliere, 2019
Photo/Gilles Dallière/La pyramide du Louvre

Ce soir, les températures ont subitement chuté. Elles aussi sont en deuil d’un mois de décembre interminable. « Dans la vie, deux mondes se côtoient : celui des gens qui vont vivre et celui des gens qui vont mourir », notait l’écrivaine Benoîte Groult en 2011, elle avait 91 ans alors, et sûrement se sentait-elle glisser dans le second de ces mondes. Toi aussi tu y vivais à temps partiel. Nous nous sommes promenés là, un soir de Noël, il neigeait et tu avais réinventé un sourire, placé au bord des yeux, « le sourire Shalimar », disais-tu en hommage à Guerlain. Un très beau souvenir.

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Le temps du souvenir.

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Le portrait.

Thibault Massina, portrait, noir et blanc, gildalliere, 2019
Photo/Gilles Dallière/Portrait Thibault Massina

On a tout son temps. Ici, la lumière vous fait signe. Là, du coin de l’œil on surprend quelque chose : l’attente reposante devant une porte muette, la lumière qui savonne son visage. L’outre-noir qui s’étale sur le mur, la transparence du regard, fixe et pénétrant, qui se détache dans un noir et blanc contrasté.

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Le portrait.

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Silence.

Architecture, Andrézieux, gildalliere, 2019
Photo/Gilles Dallière/Andrézieux-Bouthéon

C’est la sainte Geneviève aujourd’hui. Bonne fête mon petit chat… la plage où tu m’accompagnais pour un déjeuner a blanchi les dents de ses galets en ton honneur. J’ai emporté ce caillou poli à Paris pour sa veine blanche. Il s’appuie sur ton cœur et vit avec moi en silence. Cette architecture volée au détour d’une promenade, la noblesse du vent froid me transmettent ce silence. Tu peux dire à ton ange de venir.

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silence.

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Bonne année.

Escalier, Hôtel Villeroy, gildalliere, 2019
Photo/Gilles Dallière

Le monde change et je pense qu’il faut le regarder avec les yeux d’aujourd’hui. Tout bouge tellement vite. Je me suis placé dans la pénombre dorée des candélabres qui flottent dans le ciel de la cage d’escalier de l’hôtel Villeroy. J’ai écarté les rideaux, les uns après les autres. J’attends l’impossible… Et je sais d’avance que je ne serai pas déçu. L’impossible est par définition ce qui me comble.

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Bonne Année.

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Abandonner tout.

Moulage, maman, gildalliere, 2019
Photo/Gilles Dallière/Paris

Le temps s’écoule. Le froid me réchauffe. Tes sourires se sont agglomérés dans ce moule de ta main et ta mort protège mon cœur endormi. J’y accrocherais, le jour de l’an, une branche d’étoiles.

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Abandonner tout.

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Chère Maman…

Maman,Lundi 2 décembre, 2019

Chère Maman, mon petit chat, j’aimais te faire poser, et même si tu bougeais tout le temps, ce jour-là, tu m’as donné du bonheur. J’ai saisi les passions qui marquaient ton beau visage. Ton regard vert voltige sur les fatigues de ton âge. Ton sourire escroque ta solitude. Ta mémoire était devenue aussi distante qu’une déesse et tu as pris le parti de t’en foutre.
Tu t’es mise à planer sur la vie avec drôlerie et élégance. Tu as fumé jusqu’au bout, beaucoup. Tu as picolé, un peu, pour rire, inconsciente du mal qui te rongeait. Tu as surtout été une femme de caractère, ouverte, honnête, insoumise, magnétique, brillante et belle à en crever. Comme tu vas me manquer…

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Chère Maman…

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