Des jus de paysages

Galerie des Ponchettes, Adrien Vescovi, gildalliere, 2019
Photo/Gilles Dallière

À la galerie des Ponchettes, Adrien Vescovi réalise ses propres couleurs à partir de décoctions de plantes et de minéraux, créant de véritables jus de paysages. De l’exposition de ses toiles aux vents, aux rayons de la lune et du soleil, aux phénomènes d’oxydations, surgissent des teintes ou des formes primitives habitées par la mémoire de leurs différents états d’existence. L’ordonnance géométrique, suspendue à différentes hauteurs, rythme l’espace contredit par la souplesse des toiles libres et l’expérience sans cesse renouvelée des couleurs. Face à la mer, soumises aux vents, au soleil et aux intempéries, elles se chargent de la mémoire des météores.

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Des jus de paysages

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Un matin après l’autre

Bleu lagon, promenade des anglais, gildalliere, 2019
Photo/Gilles Dallière

Dans la violence du temps qui piétine mes rêves, un matin après l’autre, un oubli après l’autre, un mot sur le suivant, je découvre les ombres des matins gris et la lumière de la mer houleuse. Regarde ! Regarde autour de toi ! Bois l’horizon, dévore le vent. Regarde-toi, regarde la vie dessous tes pas. Dans ces nuances de gris qui virent parfois au bleu lagon, prends, façonne, délicatement. Mélancolie, nature, douleur, douceur et joie. Garde les précieusement car elles nous constituent. Transforme les en une étincelle, une bulle de coton, de savon, de tendresse. Dans ce bain de lumière, je fais ce que je peux avec mes silences, le vent souffle et il pleut.

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Un matin après l’autre

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Mirage

La pluie, promenade des Anglais, gildalliere, Nice, 2019.
Photo/Gilles Dallière

L’averse a cessée. La Prom’ s’est saoulée. Le soleil glisse entre les nuées. Bienfaiteur. Dans l’ombre de l’ondée, je capte une chose banale qu’on ne remarque jamais : des passants disséminés dans un espace public, mais cadrés de tel façon qu’on ne sait plus ce qui est réel et ce qui ne l’est pas. Le reflet mouillé du jeune homme se cabre, tremble, s’élève au-dessus du bitume comme une vapeur d’éther qui se disperse dans la fraîcheur pénétrante et humide de cette journée d’avril. Le vent furieux travaille la silhouette du personnage soudé à l’ocre rouge délavé. Je reviendrai certainement faire face à la pluie.

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Mirage

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Pour ne pas oublier

La promenade interdite, Nice, gildalliere, 2019
Photo/Gilles Dallière

Il pleut, la Promenade des Anglais est vide, la plage est déserte et la lumière est délavée. Cela donne un effet de douceur et de mélancolie. La belle avenue est toujours en travaux à cause de ce crime indescriptible du 14 juillet 2016 qui a frappé ce lieu et qui a tué tant de promeneurs innocents. Devant les galets du petit Kilian, j’ai enfermé la mer jusqu’à son horizon pour éviter qu’elle rejette l’âme de cet assassin sur le dédale des rues rectilignes et des immeubles dressés, pour se perdre d’un côté ou de l’autre. Il n’y a donc pas d’issue possible. La mémoire des innocents fauchés sur la Prom’ flotte toujours dans le ciel au-dessus de la mer pour ne pas oublier ces jeux d’enfant, ces baladeurs, et ces petits vieux somnolant sur leurs chaises couleur du ciel.

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Pour ne pas oublier

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À la rencontre des confréries de pénitents

Chapelle de la Miséricorde, les pénitents noirs, Nice, gildalliere, 2019
Photo/Gilles Dallière

La Chapelle de la Miséricorde, considérée comme le chef-d’œuvre du baroque niçois, est énigmatique. Dans la nef, unique, elliptique, la profusion des stucs et la lumière triomphent. La particularité de l’édifice c’est l’idée de Bernardo Vittone, architecte de la maison de Savoie qui construit, à partir de 1740, l’église. Pour loger les religieux dans un espace contraint, Vittone superpose à La Chapelle, les cellules des moines en donnant, depuis l’extérieur, l’impression d’un seul édifice. Un coup de maître. Et puis il y a le silence, apaisant, pas le moindre bruit dans ce décor où les rais de lumière font scintiller la poussière. Une recherche radicale d’effets de lignes courbes noyées dans une palette de gris, blanc, bleu et ocre rehaussée d’or, suspend le temps.

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À la rencontre des confréries de pénitents

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Inspirante authenticité

Maman, portrait, gildalliere, 2019
Photo/Gilles Dallière

Chère Maman, j’aime te faire poser, et même si tu bouges tout le temps, j’aime saisir les passions qui se sont incrustées sur ton visage. Ton œil vert voltige sur les fatigues de ton âge, et mille rides laissent voir ton sourire. Nulle mollesse dans ta figure, mais de la bonté. Parfois, tu sembles avoir connu toutes les tragédies possibles et avoir gravi, comme autant de marches, la peine et la souffrance, mais tu souris pour escroquer ta solitude, pour continuer à vivre, pour croire que tout ne va pas si mal. Aujourd’hui, même si ta mémoire est devenue aussi distante qu’une déesse, tu as pris de la dignité et une beauté pure et calme qui te va bien.

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Autoportrait, ou les métamorphoses du regard

Moi, par Miguel Chevalier, Machine vision, Art Fair, Grand Palais, gildalliere, 2019
Photo/Gilles Dallière

À la galerie Lélia Mordoch, mon visage, face à l’œil de la machine de Miguel Chevalier, se compose, se décompose, se recompose, se dématérialise en temps réel, un véritable bouleversement. Je me déplace dans un monde virtuel, je cadre l’écran, miroir de mon avatar. Le pointillisme, l’impressionnisme, le cubisme sont à l’honneur grâce aux algorithmes de Voronoï et de Delaunay, deux maillages cybernétiques qui tesselisent en temps réel. Au Grand Palais Paris Art Fair, dans un univers saturé d’images, je me perds tel Icare, fou d’infini, jusqu’à ma disparition.

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Autoportrait, ou les métamorphoses du regard

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