Des jus de paysages

Galerie des Ponchettes, Adrien Vescovi, gildalliere, 2019
Photo/Gilles Dallière

À la galerie des Ponchettes, Adrien Vescovi réalise ses propres couleurs à partir de décoctions de plantes et de minéraux, créant de véritables jus de paysages. De l’exposition de ses toiles aux vents, aux rayons de la lune et du soleil, aux phénomènes d’oxydations, surgissent des teintes ou des formes primitives habitées par la mémoire de leurs différents états d’existence. L’ordonnance géométrique, suspendue à différentes hauteurs, rythme l’espace contredit par la souplesse des toiles libres et l’expérience sans cesse renouvelée des couleurs. Face à la mer, soumises aux vents, au soleil et aux intempéries, elles se chargent de la mémoire des météores.

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Des jus de paysages

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Pour ne pas oublier

La promenade interdite, Nice, gildalliere, 2019
Photo/Gilles Dallière

Il pleut, la Promenade des Anglais est vide, la plage est déserte et la lumière est délavée. Cela donne un effet de douceur et de mélancolie. La belle avenue est toujours en travaux à cause de ce crime indescriptible du 14 juillet 2016 qui a frappé ce lieu et qui a tué tant de promeneurs innocents. Devant les galets du petit Kilian, j’ai enfermé la mer jusqu’à son horizon pour éviter qu’elle rejette l’âme de cet assassin sur le dédale des rues rectilignes et des immeubles dressés, pour se perdre d’un côté ou de l’autre. Il n’y a donc pas d’issue possible. La mémoire des innocents fauchés sur la Prom’ flotte toujours dans le ciel au-dessus de la mer pour ne pas oublier ces jeux d’enfant, ces baladeurs, et ces petits vieux somnolant sur leurs chaises couleur du ciel.

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Pour ne pas oublier

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À la rencontre des confréries de pénitents

Chapelle de la Miséricorde, les pénitents noirs, Nice, gildalliere, 2019
Photo/Gilles Dallière

La Chapelle de la Miséricorde, considérée comme le chef-d’œuvre du baroque niçois, est énigmatique. Dans la nef, unique, elliptique, la profusion des stucs et la lumière triomphent. La particularité de l’édifice c’est l’idée de Bernardo Vittone, architecte de la maison de Savoie qui construit, à partir de 1740, l’église. Pour loger les religieux dans un espace contraint, Vittone superpose à La Chapelle, les cellules des moines en donnant, depuis l’extérieur, l’impression d’un seul édifice. Un coup de maître. Et puis il y a le silence, apaisant, pas le moindre bruit dans ce décor où les rais de lumière font scintiller la poussière. Une recherche radicale d’effets de lignes courbes noyées dans une palette de gris, blanc, bleu et ocre rehaussée d’or, suspend le temps.

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À la rencontre des confréries de pénitents

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Autoportrait, ou les métamorphoses du regard

Moi, par Miguel Chevalier, Machine vision, Art Fair, Grand Palais, gildalliere, 2019
Photo/Gilles Dallière

À la galerie Lélia Mordoch, mon visage, face à l’œil de la machine de Miguel Chevalier, se compose, se décompose, se recompose, se dématérialise en temps réel, un véritable bouleversement. Je me déplace dans un monde virtuel, je cadre l’écran, miroir de mon avatar. Le pointillisme, l’impressionnisme, le cubisme sont à l’honneur grâce aux algorithmes de Voronoï et de Delaunay, deux maillages cybernétiques qui tesselisent en temps réel. Au Grand Palais Paris Art Fair, dans un univers saturé d’images, je me perds tel Icare, fou d’infini, jusqu’à ma disparition.

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Une architecture assumée

Centre Pompidou Metz, escaliers de secours, gildalliere, 2019
Photo/Gilles Dallière

L’architecte a construit une fenêtre. À travers l’ouverture, une forêt de tuyaux soudés les uns aux autres dessine des horizons de cristal qui, en réalité, nous permettent de voir le ciel et les galaxies. À l’horizon la ville de Metz s’invite, divisée par les obliques d’un escalier de secours qui déséquilibre délicatement la scène et laisse entendre que dans la vie, tout ne peut pas être en équilibre parfait. Le sentiment de gigantisme est renforcé lorsque l’œil aperçoit les gaines de circulation d’air qui apparaissent comme un écho lointain à l’architecture de Renzo Piano et Richard Rogers à Paris. Je cadre ce jeu de reflets absolus, immobiles et silencieux. Les lignes architecturées de la canopée de Shigeru Ban couvrent les soupirs inquiets du vent dans une composition mystérieuse tout en géométrie cosmique.

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Le vertige de l’échelle

Centre Pompidou Metz, gildalliere, 2019
Photo/Gilles Dallière

Dans ce vertige de l’échelle, l’architecture cultive l’ombre qui émerge de la lumière. Elle se réclame du jour. Le désir de se relier aux étoiles, d’entrer en fusion avec le ciel, c’est ce qu’a fait l’architecte japonais Shigeru Ban au Centre Pompidou Metz. Un vertige des sens, un vertige intérieur qui nous invite à penser les choses différemment. “L’architecte de l’urgence” questionne le rythme des formes et l’éphémère, et donc d’une certaine mesure, le temps. À l’intérieur, le sentiment de gigantisme est renforcé par la structure. Elle enveloppe l’homme, infiniment petit, dans un espace informe et sans repère. Un vertige cosmique, éloge du vide créé pour l’art et l’infinie beauté de l’exposition “peindre la nuit”.

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Ulysse is back

Thibault et Pénélope 2
Photo/Composition/Gilles Dallière

C’est la dernière image de ces yeux-là. Je l’ai recomposée dans un insolent vacarme géométrique accroché à la couleur de son regard. Je l’ai embarquée sur les rimes homériques belles comme des fleurs oubliées. Dans l’Odyssée, à son retour, Ulysse raconte tout à Pénélope. « Chérie, pardon, je suis en retard, mais j’ai été retenu par un cyclope, une magicienne m’a sauté dessus, je suis descendu aux Enfers et des sirènes m’ont envoûtées sur l’île du soleil. » Pendant tout ce temps, Pénélope a prétendu attendre d’avoir achevé son ouvrage pour choisir un autre époux, mais elle détricotait la toile chaque nuit, silencieusement, dans son palais… Vingt ans ont passé…
« Écoutez-moi, superbes prétendants, vous qui avez fondu, pour y boire et manger sans frein, sur la demeure d’un homme absent depuis longtemps, et qui ne pouvez pas donner d’autre prétexte à vos actions que le désir de m’épouser et de m’avoir pour femme ! Prenez courage, prétendants, car voici votre épreuve : je vous présente le grand arc d’Ulysse… »
(Odyssée, XXI, 68-74).
Voilà comment Pénélope, aidée par son fils Télémaque, remet en selle sur la croupe de la vie le retour du héros.

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Ulysse is back

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