La beauté des anges

Les victoires, invalides, Paris, gildalliere, 2018
Photo/Gilles Dallière

Je suis venu disserter avec les anges des choses de la vie. Dans les grands rêves de marbre conçus par Pradier pour la gloire de l’empereur, je me suis assis sur le bandeau, une jambe basculée dans le vide infini de l’interdit. J’ai attendu longtemps de ne pas être dérangé pour poser mes questions : l’avez-vous vu ? Lui avez-vous parlé ? Est-il allongé là ?
Les anges sont restés de marbre devant la sépulture de l’effrayant génie qui sut, à l’heure marquée par Dieu, maîtriser de sa main puissante la France indomptée et rebelle. Je suis resté à contempler ce calme tableau de l’hospitalité antique, si noble, là où la couronne de laurier roule de siècle en siècle sur un désert de marbres séculaires.

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La beauté des anges

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Le fil de la lumière

Turenne, Invalides, Paris, gildalliere, 2018
Photo/Gilles Dallière

Pendant les journées du patrimoine, j’ai saturé l’espace d’accumulations d’images, de vues séparées, de constats architecturaux qui se juxtaposent emplissant mon champ visuel. Illimitées, indéfinies, les ornementations déroutent le regard. Mon œil ricoche, rebondit pour s’apaiser enfin, choisissant pour cela de suivre le fil de la lumière qui donne le sens de la lecture. Sous cet éclairage plus intellectuel que sensible, l’encombrement des décors se fige comme privé d’air. Ces fantômes de pierre résonnent infiniment le long de mon air optique. Ces sentinelles de la mémoire me font traverser le présent pour rejoindre les épaisseurs d’un passé légendaire.

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Le fil de la lumière

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Philanthropie

Melik Ohanian, AD rue de la Bûcherie, gildalliere, 2018
Photo/Gilles Dallière

La compagnie des Philanthropes est un lieu de rencontre unique. Un patrimoine architectural extraordinaire. Avant d’ouvrir ses portes au premier semestre 2019, AD Intérieurs 2018 y organise l’exposition phare de la rentrée sous la thématique « Brut et Précieux ». L’exposition met en lumière les réalisations des plus grands décorateurs du moment développées avec l’aide des meilleurs artisans. Dans l’amphithéâtre de cet hôtel particulier du XVIIe siècle encore jamais ouvert au public, entre zones inachevées et décors précieux, l’artiste Melik Ohanian, Galerie Chantal Crousel, prend l’espace. Il évoque avec poésie un futur impalpable qui prend forme sous nos yeux sur l’idée que la Voie Lactée et la galaxie d’Andromède devraient entrer en collision dans 4 milliards d’années. Le miroir hémisphérique devient l’épicentre de l’espace, reflétant en une seule image l’œuvre et les personnes présentes.

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Belle comme l’antique

Notre Dame du Port, Nice, gildalliere, 2018
Photo/Gilles Dallière

Notre Dame du Port laisse sa trace dans le paysage architectural de Nice. Dieu seul le sait ; elle est belle comme l’antique. Un seul trait sur l’azur du ciel et le fond outremer du bassin Lympia. Un fronton, un portique et des vagues de chapiteaux, de colonnes, de frises, de rinceaux et de festons, cadrent la perspective s’inspirant du style palladien. Les courbes sont abandonnées. Le clou du spectacle : une façade élancée dont l’ornementation est empruntée au vocabulaire néoclassique. Elle a su épouser la révolution, illustrer le Directoire et le Consulat et offrir son décor à l’Empire. Du bout de la digue, dans l’étroitesse du bassin, il y a de l’immensité.

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Belle comme l’antique

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Dans la splendeur de ses murs

Blv.Dubouchage, Nice, gildalliere, 2018
Photo/Gilles Dallière

À l’époque de Matisse Nice était une ville d’hiver pour riches retraités ou exilés. Aujourd’hui c’est une ville cosmopolite et accueillante. En architecture elle fait partie des villes qui possèdent les plus beaux immeubles Art Déco de France. L’ancien musée de la photographie Charles Nègre était situé dans cet immeuble du boulevard Dubouchage. Il se détache du style « French Riviera » par ses éléments structurels décoratifs de qualité tout à fait typique de la période entre-deux-guerres. Son crépi rouge est en communion parfaite avec le ciel d’azur. La façade épurée privilégie le rythme décalé des fenêtres de la cage d’escalier. Le toit terrasse est couronné de balcons arrondis. Mais mes mots s’empilent et deviennent récurrents… La ville est lumineuse dans la splendeur de ses murs.

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Dans la splendeur de ses murs

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Il était une fois…

Musée Jules Chéret, Nice, gildalliere, 2018
Photo/Gilles Dallière

J’aime la démesure de cette villa inspirée des palais génois du XVIIème siècle. J’aime aussi les histoires de princes et de princesses, les animaux qui parlent, les rivières qui coulent à l’envers, les dragons, les hobbits, les trolls, les elfes, le seigneur des ténèbres et Viggo Mortensen. Alors il n’y a qu’un pas… « Il était une fois, à Nice, en voyant de loin s’élever les murs de la façade de la villa Jules Chéret, les gens commencent à parler de la princesse Kotchoubey. Pour tous ceux qui l’ont connue, Eugénie Alix Bressant, née à Paris le 21 septembre 1838, représentait davantage une personne comme on en rencontre peu dans une existence. Mademoiselle Bressant était incomparable et son charme, sa féminité, son intelligence et son incroyable force morale la rendaient inoubliable à quiconque avait parlé avec elle… »

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En majesté

cage du magestic, Nice,gildalliere,2018
Photo/Gilles Dallière

Au Majestic, la cage d’ascenseur et la volée d’escalier de l’ancien palace de la belle époque sont en majesté. L’entrée est à la hauteur de ses ambitions. Stucs, ferronneries et marqueteries se reflètent sur un sol de pierre ivoire. Le jeu volumétrique et la profusion ornementale de la rampe témoigne de l’apogée de « l’empire français ». Sous les hautes fenêtres de chaque palier, dont les vitres bordées d’un vitrail Art Déco, éclairent l’escalier d’un jour blanc laiteux, je me sens pénétrer par un silence grave, presque oppressant.

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l’ordre des choses

Église Saint Jean-Baptiste - le Voeu, Nice, gildalliere, 2018
Photo/Gilles Dallière

Si l’architecture des temples antiques m’était contée, ce serait une histoire d’ordres, d’écritures qui se succèdent comme des chapitres où les mots des uns se mélangent avec ceux des autres, une mixité dans laquelle on aimerait mettre…un peu d’ordre.
Alors, dorique, ionique ou corinthien ?
Ionique bien sûr, revisité par le néoclassicisme de l’architecte italien Charles Mosca. La double volute du chapiteau semble faire de la pierre une pâte souple que l’on aurait recourbée sur elle-même de part et d’autre de la colonne. C’est une des clés essentielle de l’église Saint Jean-Baptiste dite « le vœu », construite entre 1835 et 1852.
Pourquoi « le vœu » ?
Chaque année, depuis 1860, le maire de Nice prononce le vœu en ces mots : « Jéu, Christian Estrosi, suchessour dei consou de Nissa, au noum dou counsèu municipal e dou poble nissart, renouvèli aquestou vout e counfidi lou destin de la vila Nouostra-Dama de li Gracia.

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Détails fantaisistes

Strates, promenade des Anglais, gildalliere, 2016-Modifier.jpg
Photo/Gilles Dallière

Je ne parviens pas à me soustraire au plaisir de voir craquer les vielles maisons de la Promenade des Anglais. Dans ce cliché, la netteté du ciel bleu accentue les mille et un détails fantaisistes de ces strates. Observer les rues remplies de figures à demi vêtues est un vrai bonheur. Je cours dans tous les sens, tantôt Cours Saleya, du côté du marché à l’air libre, tantôt je fais un tour dans le vieux Nice pour jouir du spectacle. Je suis pris d’une euphorie contrastant avec la situation du moment et ce soir, avec ma vieille maman qui n’a plus rien à espérer de la vie, nous iront voir tirer le feu d’artifice sur le quai des Ponchettes.

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Détails fantaisistes

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Osios Théodoros

Moni OsiosTheodoros, cythère, gildalliere, 2018-Modifier.jpg
Photo/Gilles Dallière

Je suis hanté par ce sentiment de l’architecture, par le sens lyrique et solennel qu’ont les places, les tours, les escaliers, les églises et toutes les constructions qui forment une ville lorsque la génialité des architectes et bien souvent aussi le hasard les disposent d’une certaine façon. Je trouve refuge dans les géométries parfaites. Ordre et linéarité. Quand à la lumière, elle est la cristallisation de cette obsession. Ici tout est de guingois mais la symbolique des formes et des couleurs est primordiale. La coupole représente Dieu. Sa forme : la lutte, le combat spirituel que soutient l’église contre les forces du mal. L’or du lustre symbolise la gloire de Dieu et la couleur vert de gris représente Osios Théodoros, le saint qui protège le monastère. Je n’oublierai jamais le vilain petit chien, chenapan audacieux à la Elliott Erwitt qui a failli me mordre.

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Osios Théodoros

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