La croix couchée

croix de salvador de bahia, gildaliere, Brésil, 2012
Photo/Gilles Dallière

J’ai de la pluie dans les yeux, mais déjà je la vois au dessus des nuages ou le ciel est toujours bleu. J’ai patauger dans l’ordure, grimpé sur le muret et sauté dans le vide pour m’installer dans l’arbre patiné par la brume du matin. Je vois enfin scintiller ses bras en croix. Je ne pouvais pas m’empêcher de mettre sa géométrie au cœur de mon cadre. La « Cruz Caida » est comme une apparition, une immense réalité que je veux voir flotter tout au dessus des nuages. Sous son acier, dans la lumière grise de l’automne, il y a un homme presque nu qui semble déjà parti à la dérive d’un voyage sans issue.

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La croix couchée

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La tête en l’air

grand escalier de l'hôtel des Invalides, Paris, gildalliere, 2018
Photo/Gilles Dallière

Pour l’architecte Hardouin-Mansart, l’ordre et la grandeur doivent l’emporter sur la fantaisie. De part et d’autre de cette perspective, la pierre des murs patinés, le bronze de la main courante animée par le flou des visites, la monumentalité de l’escalier, nous font embrasser d’un seul coup d’œil l’espace qui les contient. On se met à tutoyer l’Histoire. Dans cette vie là, il faut avoir la tête en l’air, lever les yeux au ciel porté par cette lumière de l’instant pour mieux transmettre la magie des géométries et l’épuration totale de l’architecture du lieu.

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La tête en l’air

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La maîtrise des règles antiques

XVIIéme, invalides, gildalliere, 2018
Photo/Gilles Dallière

Ça déménage au XVIIe siècle. Fini la profusion ornementale. Fini la courbe en folie. Fini les libertés inattendues. C’est le grand retour de l’ordre, de la rigueur, de la symétrie. On rend hommage à la clarté des règles antiques, au goût immodéré des grandes perspectives. Désormais, au siècle des lumières, face à la verticalité, l’horizontalité prédomine. Mansart donne la forme définitive à l’architecture religieuse classique. Il rejette les saillies, place un soubassement percé de baies en plein cintre, surmonté d’un premier étage à colonnes orné de trophées d’armes et d’allégories sculptées. Dans cet espace déterminé, la densité et la simplicité des lignes sont rigoureusement maîtrisées.

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La maîtrise des règles antiques

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La beauté des anges

Les victoires, invalides, Paris, gildalliere, 2018
Photo/Gilles Dallière

Je suis venu disserter avec les anges des choses de la vie. Dans les grands rêves de marbre conçus par Pradier pour la gloire de l’empereur, je me suis assis sur le bandeau, une jambe basculée dans le vide infini de l’interdit. J’ai attendu longtemps de ne pas être dérangé pour poser mes questions : l’avez-vous vu ? Lui avez-vous parlé ? Est-il allongé là ?
Les anges sont restés de marbre devant la sépulture de l’effrayant génie qui sut, à l’heure marquée par Dieu, maîtriser de sa main puissante la France indomptée et rebelle. Je suis resté à contempler ce calme tableau de l’hospitalité antique, si noble, là où la couronne de laurier roule de siècle en siècle sur un désert de marbres séculaires.

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La beauté des anges

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Le fil de la lumière

Turenne, Invalides, Paris, gildalliere, 2018
Photo/Gilles Dallière

Pendant les journées du patrimoine, j’ai saturé l’espace d’accumulations d’images, de vues séparées, de constats architecturaux qui se juxtaposent emplissant mon champ visuel. Illimitées, indéfinies, les ornementations déroutent le regard. Mon œil ricoche, rebondit pour s’apaiser enfin, choisissant pour cela de suivre le fil de la lumière qui donne le sens de la lecture. Sous cet éclairage plus intellectuel que sensible, l’encombrement des décors se fige comme privé d’air. Ces fantômes de pierre résonnent infiniment le long de mon air optique. Ces sentinelles de la mémoire me font traverser le présent pour rejoindre les épaisseurs d’un passé légendaire.

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Philanthropie

Melik Ohanian, AD rue de la Bûcherie, gildalliere, 2018
Photo/Gilles Dallière

La compagnie des Philanthropes est un lieu de rencontre unique. Un patrimoine architectural extraordinaire. Avant d’ouvrir ses portes au premier semestre 2019, AD Intérieurs 2018 y organise l’exposition phare de la rentrée sous la thématique « Brut et Précieux ». L’exposition met en lumière les réalisations des plus grands décorateurs du moment développées avec l’aide des meilleurs artisans. Dans l’amphithéâtre de cet hôtel particulier du XVIIe siècle encore jamais ouvert au public, entre zones inachevées et décors précieux, l’artiste Melik Ohanian, Galerie Chantal Crousel, prend l’espace. Il évoque avec poésie un futur impalpable qui prend forme sous nos yeux sur l’idée que la Voie Lactée et la galaxie d’Andromède devraient entrer en collision dans 4 milliards d’années. Le miroir hémisphérique devient l’épicentre de l’espace, reflétant en une seule image l’œuvre et les personnes présentes.

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Belle comme l’antique

Notre Dame du Port, Nice, gildalliere, 2018
Photo/Gilles Dallière

Notre Dame du Port laisse sa trace dans le paysage architectural de Nice. Dieu seul le sait ; elle est belle comme l’antique. Un seul trait sur l’azur du ciel et le fond outremer du bassin Lympia. Un fronton, un portique et des vagues de chapiteaux, de colonnes, de frises, de rinceaux et de festons, cadrent la perspective s’inspirant du style palladien. Les courbes sont abandonnées. Le clou du spectacle : une façade élancée dont l’ornementation est empruntée au vocabulaire néoclassique. Elle a su épouser la révolution, illustrer le Directoire et le Consulat et offrir son décor à l’Empire. Du bout de la digue, dans l’étroitesse du bassin, il y a de l’immensité.

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Dans la splendeur de ses murs

Blv.Dubouchage, Nice, gildalliere, 2018
Photo/Gilles Dallière

À l’époque de Matisse Nice était une ville d’hiver pour riches retraités ou exilés. Aujourd’hui c’est une ville cosmopolite et accueillante. En architecture elle fait partie des villes qui possèdent les plus beaux immeubles Art Déco de France. L’ancien musée de la photographie Charles Nègre était situé dans cet immeuble du boulevard Dubouchage. Il se détache du style « French Riviera » par ses éléments structurels décoratifs de qualité tout à fait typique de la période entre-deux-guerres. Son crépi rouge est en communion parfaite avec le ciel d’azur. La façade épurée privilégie le rythme décalé des fenêtres de la cage d’escalier. Le toit terrasse est couronné de balcons arrondis. Mais mes mots s’empilent et deviennent récurrents… La ville est lumineuse dans la splendeur de ses murs.

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Dans la splendeur de ses murs

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Il était une fois…

Musée Jules Chéret, Nice, gildalliere, 2018
Photo/Gilles Dallière

J’aime la démesure de cette villa inspirée des palais génois du XVIIème siècle. J’aime aussi les histoires de princes et de princesses, les animaux qui parlent, les rivières qui coulent à l’envers, les dragons, les hobbits, les trolls, les elfes, le seigneur des ténèbres et Viggo Mortensen. Alors il n’y a qu’un pas… « Il était une fois, à Nice, en voyant de loin s’élever les murs de la façade de la villa Jules Chéret, les gens commencent à parler de la princesse Kotchoubey. Pour tous ceux qui l’ont connue, Eugénie Alix Bressant, née à Paris le 21 septembre 1838, représentait davantage une personne comme on en rencontre peu dans une existence. Mademoiselle Bressant était incomparable et son charme, sa féminité, son intelligence et son incroyable force morale la rendaient inoubliable à quiconque avait parlé avec elle… »

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En majesté

cage du magestic, Nice,gildalliere,2018
Photo/Gilles Dallière

Au Majestic, la cage d’ascenseur et la volée d’escalier de l’ancien palace de la belle époque sont en majesté. L’entrée est à la hauteur de ses ambitions. Stucs, ferronneries et marqueteries se reflètent sur un sol de pierre ivoire. Le jeu volumétrique et la profusion ornementale de la rampe témoigne de l’apogée de « l’empire français ». Sous les hautes fenêtres de chaque palier, dont les vitres bordées d’un vitrail Art Déco, éclairent l’escalier d’un jour blanc laiteux, je me sens pénétrer par un silence grave, presque oppressant.

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En majesté

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