TRY TO GET WHAT YOU LOVE OR YOU'LL BE FORCED TO LOVE WHAT YOU GET
Archives de Catégorie: Clichés/voyage
Sans fards…
La montée d’escalier de la villa Alfonsa, le Dramont; Saint-Raphaël, gildalliere, automne 2021
C’est une photo sans fards, un Rembrandt-Soutine sans peinture, une crucifixion sans croix. À peine (mais c’est l’à peine qui fait la force de l’image), peut-on lire ainsi tel détail de la rampe ou du sol en ciment, le tout surplombé par la croix que dessine la structure de la porte.
Vue du 1quai aux fleurs, Paris, gildalliere, hiver 2021
La ville s’étale. Elle est lourde, obscure et enrhumée. J’ai pris de la hauteur pour apercevoir le fond des brumes avec tous ses étages qui montent jusqu’au ciel. Les ponts se jettent par bonds à travers l’air jusqu’à l’azur fermé de fumée. De réverbère en réverbère, les quais glissent sur une eau trouble. Les façades se dessinent encadrant des rues où les gens marchent avec hâte, quand ils ne sont pas perchés sur des trottinettes et sous des écouteurs qui ne laissent aucune place à la poésie.
Comment s’ouvrir à la ville si nos comportements contemporains créent une barrière entre le monde vivant et le monde urbain ?
Vue de la terrasse du Cheval Blanc, Paris, gildalliere, automne 2021
Sur la terrasse du Cheval Blanc, la vie est un éclat de cristal et des nuages. Une veste oubliée, un changement de chambre, un foulard posé sur un dossier de chaise. Des souvenirs, un tas de livres que je n’ai pas eu le temps de lire. un sourire complice. Une envie lumineuse d’avancer.
Le salon des antiques, Grand Trianon, château de Versailles, gildalliere, automne 2021
Le temps est venu où, au bout de leurs tiges, les feuilles de l’automne frissonnent. Au sortir du jardin des Marronniers, face au Grand Trianon, l’Europe regarde l’amphithéâtre des antiques. Vingt et un bustes immobiles et muets posés sur des scabellons de marbre, transmettent les messages de propagande voulus par le roi Louis XIV. Tout autour, le parc est jalonné de points de vue surprenants et de lieux intimes. Un jardin animé par le mouvement des ombres des arbres soigneusement taillés, projetées sur les allées sablées.
Le péristyle, Grand Trianon, Versailles, gildalliere, automne 2021
Ouvert entre cour et jardins, le péristyle du Grand Trianon pèse sur une terre figée d’histoire, et cette rigidité saisie à la lumière du roi soleil, transforme les marbres roses et blancs en pierres transparentes jusqu’au plus profond de ses profondeurs enflammées. Les colonnades retrouvent leur souffle, comme un râle minéral implore le courant d’une existence pétrifiée par l’ombre de Jules Hardouin-Mansart. La transparence attise la poussière du gravier sablonneux des allées à la française et l’ombre desséchée de quelques graminées argentées projette d’ores et déjà les rigueurs de l’hiver.
les reflets de l’automne dans les eaux de Versailles, gildalliere, automne 2021
Mon œil contemple de plus près ce miroir humide qui enchante tous mes sens. Je vois déjà la terre jointe avec le ciel faire un chaos délicieux de l’onde et de leur image. Je vois les tilleuls et les chênes y mirer leurs couleurs de l’automne. Je vois leurs troncs bien tracés dans les eaux qu’on ne sait si la houle fait trembler leur verdure ou plutôt l’air même et le vent. Ce beau tapis liquide semble enfermer entre ses bords l’or et l’azur des cieux comme un riche mélange dissipant les feuilles mortes et la transparence des fonds.
Le Pavillon Français, Trianon, Versailles, gildalliere, automne 2021
Le Pavillon Français est une fabrique de jeu et de conversation construite en 1750 pour le roi Louis XV et Madame de Pompadour par Ange-Jacques Gabriel au sein du domaine du Petit Trianon. Pour la reine Marie-Antoinette, Trianon est un jouet qui la ravira et occupera son désœuvrement pendant plus de dix ans. Un hennissement franchit une à une les haies devant le pavillon, et des feuilles tombent au vent d’automne. L’architecture est simple. À travers un voile de verdure je vois luire l’octogone blanc. Sa lumière est comme de l’ambre sur les paupières du soleil, et tout cela est uni et fondu avec tant de goût que le jardin s’incline tremblant dans l’air de toutes ses ombres.
Le passage, Trianon, Versailles, gildalliere, automne 2021
C’est un couloir végétal, une armature de treillage qui conduit de Trianon au petit théâtre de la reine à l’abri du soleil. Cette petite salle parée de soie, de velours bleus et de sculptures dorées, est pour Marie-Antoinette un lieu secret. Elle vient y jouer la comédie au sein d’une troupe réduite à son entourage intime. Couchée dans sa beauté, dégageant une épaule d’un rêve tissé de ses cheveux, elle sera ce soir l’héroïne du « Devin du Village » de Jean -Jacques Rousseau. Qui a franchi le mur du rêve ? Les mots lui viennent comme l’eau à la bouche, sourire aux lèvres, énigme au cœur, et tant de nudité au visage.
Le buste de Louis XVI dans l’antichambre du Petit Trianon, Louis-Simon Boisot, 1777, Versailles, gildalliere, Automne 2021
Dans le reflet mercurisé du miroir de l’antichambre du Petit Trianon, la lumière est douce, presque laiteuse. Le buste en marbre du roi Louis XVI, sculpté par Louis-Simon Boisot en 1777, apparaît flouté, irréel, et en un clin d’œil le silence se fait. Tout autour, le décor n’est que douceur et harmonie. Le roi regarde l’ombre écrasante du tableau d’Élisabeth Vigée Le Brun représentant Marie-Antoinette à la rose. Dans les jardins intimes aux couleurs de l’automne, se mêle un reste de chaleur estivale.
Ombre et lumière sur le salon rond du Grand Trianon, Versailles, gildalliere, automne 2021
Au Grand Trianon, dans le salon rond, je suis saisi par l’éloge de l’ombre à la lumière. L’instant est éphémère, dense, essentiel. Un bruissement m’attire au niveau des colonnes corinthiennes qui encadrent la cheminée. C’est alors que derrière un tambour de menuiserie un passage donnant sur un petit escalier s’ouvre pour laisser passer les musiciens du roi vers la salle à manger. L’ombre s’est mise à répandre son univers dévorant sur la lumière magnifiée par le soleil couchant.