Où que me porte mon voyage

Viaradika, cythère, gildalliere, 2018-Modifier.jpg
Photo/Gilles Dallière

La Grèce m’obsède : Athènes, le Péloponnèse, Hydra, Mykonos, Delos, Sérifos, Rhodes, Symi, Icaria, Tinos, Syros, Sifnos, Folegandros, Sikinos, Kithira, je ne cesse jamais d’en remuer les souvenirs. Dans l’ultime éclat du soleil qui décline, je laisse la lumière si particulière pénétrer cette image. Le soir monte, rose à l’horizon, déjà presque trop sombre avec ses petits nuages bleuâtres que le vent pousse vers la mer Égée. C’est la séduction des îles, leur tristesse, leur solitude, et leur déchéance. La Grèce voyage, voyage toujours et depuis Ulysse et Thésée, les grecs ont plusieurs vérités, mais ce qui est en cause ce n’est pas leur sincérité, c’est leur double appartenance : à l’Occident par le goût et parce qu’ils lui ont donné une civilisation, à l’Orient par nature et parce que la géographie les y oblige.

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Où que me porte mon voyage

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Éole

Eole, cythère, gildalliere, 2018-Modifier.jpg
Photo/Gilles Dallière

Une image pour le vent du Nord. Une image pour chaque souffle égorgé par la bise qui siffle. Une image pour la toile qui a fuit la lumière. Une image pour les hommes debout marmonnant la tempête qu’ils serrent entre leurs bras d’amour éparpillé. Une image pour les sans voix dans le chahut du silence déserteur. Tu es le dieu Éole, fils de Poséidon. Tu dessines le visage de la terre et la forme des nuages explose en kaléidoscope. Tu es l’envers de la lumière et tu souffles sur la ronde de nos vie. Tu es le Meltem.

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Éole

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Osios Théodoros

Moni OsiosTheodoros, cythère, gildalliere, 2018-Modifier.jpg
Photo/Gilles Dallière

Je suis hanté par ce sentiment de l’architecture, par le sens lyrique et solennel qu’ont les places, les tours, les escaliers, les églises et toutes les constructions qui forment une ville lorsque la génialité des architectes et bien souvent aussi le hasard les disposent d’une certaine façon. Je trouve refuge dans les géométries parfaites. Ordre et linéarité. Quand à la lumière, elle est la cristallisation de cette obsession. Ici tout est de guingois mais la symbolique des formes et des couleurs est primordiale. La coupole représente Dieu. Sa forme : la lutte, le combat spirituel que soutient l’église contre les forces du mal. L’or du lustre symbolise la gloire de Dieu et la couleur vert de gris représente Osios Théodoros, le saint qui protège le monastère. Je n’oublierai jamais le vilain petit chien, chenapan audacieux à la Elliott Erwitt qui a failli me mordre.

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Osios Théodoros

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l’oeil blanc de ta jeunesse

galet, Aroniadika, gildalliere, 2018-Modifier.jpg
Photo/Gilles Dallière

Petit galet perdu sans ordre au milieu d’une solitude violée par les herbes sèches, les varechs et toutes sortes de débris des provisions humaines, tu restes imperturbable parmi les remous les plus forts de l’atmosphère. Je t’ai installé au creux d’une fenêtre d’un ocre jaune aussi pâle et aussi fané que ton gris pour mieux mettre en avant l’œil blanc de ta jeunesse. Objet du dernier peu, tu es de jour en jour plus petit mais toujours sûr de ta forme, solide et sec.

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Ocre rouille

pont de Diakofti, cythère, gildalliere, 2018-Modifier-2.jpg
Photo/Gilles Dallière

Là, devant moi, il y a le pont et il y a la rouille. Elle ronge les lignes jetées sur la mer qui abandonnent leur dernier souffle à travers les clichés des promeneurs égarés du débarcadère. Son cœur de tôle abandonné brave le vent et les caprices de l’Égée. Il se teinte d’une couleur bronze et le blanc se consume laissant apparaître des plaies ouvertes au contact de l’air. Pendant ce temps la Grèce voyage et les bateaux sifflent dans l’ultime éclat du soleil qui décline.

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Ocre rouille

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Les rides du temps qui passe

Paleopoli, cythère, gildalliere, 2018-Modifier.jpg
Photo/Gilles Dallière

Ta palette de couleurs aquarelles s’est perchée sur la dune de sable fin. Au pied des tamaris, le temps se traîne et je te regarde, je regarde le fond de ton bleu délavé. Le soleil et le vent ont projeté des rides sur la chaux de tes murs, les rides du temps passé. Tu viens te perdre dans ma mémoire et j’y vois des voyages. Tu fais partie de la lumière. Ouvre ta porte et tes volets, laisse toi bercer par le soleil, sois superbe et viens perdre la mémoire.

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Les rides du temps qui passe

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Le bateau qui s’avance…

Le bateau échoué, Diakofti, cythère, gildalliere, 2018-Modifier.jpg
Photo/Gilles Dallière

Dans ce décor de cinéma j’ai volontairement désaturé la rouille de ce bateau chargé de regards bleus et de cheveux blancs. Le bateau échoué s’est inscrit dans la mémoire du paysage comme une déchirure. La mort est venue le chercher, il règne désormais dans l’horizon de nos clichés.

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Le bateau qui s’avance…

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L’impertinence du soleil couchant

Fratsia, Cythère, gildalliere, 2018-Modifier.jpg
Photo/Gilles Dallière

Je suis revenu sur mes pas… Je me suis amusé à refaire cette image sur les traces de ce peintre qui raconte les histoires de ces endroits cachés du bout de son pinceau. J’ai cadré l’impertinence du soleil couchant sur ces pierres élevées dans les aises et la pompe et aujourd’hui abandonnées. Le côté de la maison qui regarde la vallée est le seul habité. Il donne sur une pente unie et continue ; en haut, des prés ; sur le versant, des champs où sont éparses, ça et là, quelques petites maisons. Le fond n’est que pierraille et rochers sans chemins, dénudés hormis quelques buissons épineux dans les creux et sur les rebonds.

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L’impertinence du soleil couchant

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L’olivier séculaire

Oliviers, Pitsinades, cythere, gildalliere, 2018-Modifier.jpg
Photo/Gilles Dallière

Sur la route du monastère, les terrasses plantées d’oliviers dévalent dans la vallée. La lumière à travers le feuillage, le vent qui court dans les arbres, l’ombre tortueuse des troncs noirs qui s’abîme sur l’or des herbes sèches, révèlent du sacré. Dans le champ solitaire l’arbre fascinant se courbe sous les rayons cuisants du soleil. La lumière inonde l’étendue apprivoisée, elle tourbillonne à travers le feuillage tendre des arbres séculaires et révèle la tension de chaque tronc noir d’une tortueuse limpidité.

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l’olivier séculaire

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L’entre deux

La vitrine, Hora, Cythère, gildalliere, 2018-Modifier.jpg
Photo/Gilles Dallière

Je m’improvise photographe dans l’entre deux de ces vitrines. La première est tendue d’une toile fleurie de roses stylisées, fanées aux brûlures du soleil. À la regarder, j’ai l’impression de remonter le cours du temps. La deuxième, légèrement décalée sur le trottoir opposé, c’est habillée du blanc protecteur des histoires d’autrefois. Dans le reflet, entre les deux, on ressent cette plénitude tangible des journées qui passent, cette illusion du vide à l’heure de la sieste. Le temps est suspendu.

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L’entre deux

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