Méditation…

Monastère de Mulagandha Kuti Vihara, Sanarth, près de Varanasi,Inde, gildalliere, 2008

Dans le monastère de Mulagandha Kuti Vihara, il n’y a plus de jours, plus d’obscurité. Il n’y a ni plaisir ni peine ni crainte. Il y a la méditation, l’aspiration et l’élégance. Une quiétude dans le silence du ciel. Je suis à Sanarth, c’est là que Bouddha dispensa son premier enseignement, celui portant sur les quatre vérités : l’existence de la souffrance, l’origine de la souffrance, la possibilité de la cessation de cette souffrance et la vérité sur la voie qui mène à cette cessation. Après avoir atteint l’éveil sous l’arbre de la Bodhi, il resta silencieux pendant cinq semaines, pensant que la vérité qu’il avait découverte était trop profonde pour être enseignée. Ici, aujourd’hui, le cours du monde n’est plus, l’air se tient coi, point de gens ni de chuchotements, juste le froissement du pashmina sur les épaules du gardien du temple. Le bruit des pas du temps est aboli. Tout est ici recueilli.

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Méditation…

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Aux plaisirs des dieux…

le lingam et le yoni, Palais du Maharaja, Varanasi, Inde, gildalliere, 2008

Silencieux reflet du très lointain, je sens mes yeux sombrer dans les guirlandes de fleurs qui coiffent ton phallus. Oui, aujourd’hui, je me jette dans ce qu’il y a de plus indien en Inde : la religion et le sexe. Quand Shiva achève son interminable méditation et se marie avec la fille de l’Himalaya, la belle Parvati, c’est à Bénarès qu’ils s’installent. C’est pourquoi on y trouve plus de 3000 Lingams. Ces pierres dressées symbolisent son sexe. Le réceptacle, appelé Yoni, représente le sexe de la femme. Lorsque le sexe de l’homme est connecté au cœur, il est alimenté par l’amour. Il devient le Lingam, bâton de lumière, et se met à briller. Le Yoni va se creuser, s’ouvrir pour l’accueillir. Par l’union du Lingam et du Yoni, l’absolu qui se déploie dans le monde prouve qu’il surmonte l’antagonisme mâle-femelle et spiritualité – matérialité.

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Aux plaisirs des dieux…

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Les chemins de la vie…

Bains au bord du Gange, Varanasi, Inde, gildalliere, 2008

Ce matin il y a foule sur les chemins de la vie. C’est au lever du soleil que les pèlerins accomplissent leurs ablutions. Certains se brossent les dents ou se lavent les cheveux, dispersant la mousse autour d’eux. Des hommes se rasent, se savonnent. D’autres se gargarisent. On lessive, on rince, on barbote au milieu des déchets sacrificiels et des ordures dans une eau malgré tout éclaircie. La richesse du fleuve sacré ne fait pas tapage, sa pauvreté ne le ternit pas. Les deux l’embellissent.

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Les chemins de la vie…

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Le temps de la chute…

La crémation, Varanasi, Gange, Inde, gildalliere, 2008

Voici venir le temps de la chute, là où la terre est dépourvue d’escaliers, là où se consument cinq où six bûchers. C’est à eux qu’on pense quand on frémit à l’appel des conques sonnant le triomphe de la mort. Celle qui apparaît ici-bas, et qui fait jaillir l’ambroisie de mon cœur au clair de ma vie. Quelques hommes s’affairent autour d’un tas de bois, poussent une bûche ou une autre, comme on arrangerait un feu de cheminée. Et puis je comprends que ce qui va brûler est un corps. Alors, c’est à ce moment là que les courants capricieux du bien et du mal emportent mon esprit avide de tout jusqu’au lieu où se sacrifie toute possession du monde. Mon rôle d’ainé aurait été de faire éclater ton crâne pour que l’âme sorte par la fontanelle. Il paraît que grâce à la chaleur du bûcher, il est inutile de frapper fort, l’os se brise très facilement.

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Le temps de la chute…

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Le ghât des dhobis…

La laverie, Varanasi ghats, Inde, gildalliere, 2008

Je me suis accoté au dernier degré du ghât où les dhobis, travailleurs inlassables, lavent les vêtements en les frappant contre des pierres plates. Le sombre courant me mouille les pieds. Devant moi, Varanasi s’impose. Les kurtas sèchent peu à peu à la lumière sable qui les couvre de couleurs sucrées. Des ombres immergées dans une eau sans remous, accomplissent leurs ablutions. Bénarès se reflète sur l’immobilité de ses escaliers. Des barques fouettent à coup de rames une eau étale en tourmente. Les candélabres percent le ciel en travers du chemin du soleil levant faisant apparaître les dentelles des palais décrépis.

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Le ghât des dhobis…

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La cité de la foi…

Varanasi, la ville sacrée, le Gange, Inde, gildalliere, 2008

Pour les ascètes et les maîtres penseurs, la délivrance est là, à l’embarcadère de cette rive du Gange. Dans une salutation suprême, j’aimerais que tous mes sens se tendent et touchent ce monde. Que mes prières rejoignent cet océan de silence et de méditation. Kashi, Bénarès, Varanasi, tu es la plus vieille ville habitée du monde, la ville aux trois noms, la ville sainte, la lumineuse, l’ardente, l’aimé du fleuve sacré. Il y a plus de vingt-cinq siècles, quand Babylone se battait contre Ninive pour sa suprématie, quand Tyr établissait ses colonies, quand Athènes grandissait en puissance avant que Rome fut connue, où que la Grèce lutte avec la Perse, où que Nabuchodonosor ait conquis Jérusalem, et que les habitants de Judée furent envoyés en captivité, elle s’était déjà élevée vers la grandeur si ce n’est vers la gloire. Je ne veux rien retenir, je veux seulement descendre le courant, démêler le fil des absences et des unions, tendre ma voile en haut des vents vagabonds.

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Le matin s’arrête…

Les pècheurs du Gange, Varanasi, Inde, gildalliere, 2008

J’attends… je vois voler au vent le pan de son dhoti à carreaux. Je vois le soleil à l’ouest dérober son ombre. Le matin s’arrête, interdit. Le ciel blafard ferme les yeux. Les heures cheminent à pas feutrés sur le sentier de la brume. Je vois sur les barques l’air des pêcheurs à mes côtés, les mots de leurs regards. Le fleuve sacré embrasse la lumière. L’œillet, le jasmin et la rose flottent dans les eaux claires sur un air d’invité. À l’horizon, je vois se profiler la sombre lisière des champs crépusculaires.

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Le matin s’arrête…

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J’attends…

Quai du Gange, Varanasi, Inde, gildalliere, 2008

Le déconfinement vire à la déconfiture, belle maman a prévu 10 personnes au réveillon, tout le monde semble au bord de l’implosion et en plus il fait nuit à seize heures. Mais moi je m’en fous. Je suis assis là, seul, face au Gange, oublieux de mes tâches. Le flot du monde bigarré s’embarque et s’estompe sous le voile bleuté du crépuscule. Ici, personne ne peut me reconnaître. Le regard immobilisé sur cette aire de recueillement, j’attends…

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J’attends…

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Respirer…

Le yogi, Varanasi ghats, Inde, gildalliere, 2008

Au bord du Gange, le yogi plante ses pieds dans l’immense étendue céleste. Immergé dans une immobilité totale, ses mains s’enracinassent à la terre. Je sens l’air qui entre et qui sort de ses narines. Dans l’âpre clarté du matin, j’observe ses yeux vides, sa terne tenue, sa mine impassible à ma présence. Il inhale, il exhale, et j’observe ses sensations.

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Respirer…

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Ombre et lumière…

Le veillard, ghats de Varanasi, Inde, gildalliere, 2008

Face au flux et au reflux de la vie, qui éternellement charrie ombres et lumières, mal et bien, entraînant tout ce sans-nom qui part à la dérive, il est là, face à moi. La main sans ongles, la bouche sans dents, l’œil sans l’œil, les vêtements chair de l’os, une petite clé en fer blanc orne son cou. Le regard est immobilisé sur cet aire de recueillement du passé. Il est sans sanctuaire, sans paradis, sans fin ultime.

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Ombre et lumière…

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