Les bleus prennent la pose

Sea side, les ponchettes, gildalliere, 2016
Photo/Gilles Dallière

Il est midi au son du canon, la lumière tranche le quai des Ponchettes et je m’aimante au paysage. On dit toujours que Nice est une ville de vieux. Je suis persuadé du contraire. Nice se dérobe aux a priori. Dans la splendeur de ses vieux murs aux ocres brûlés par le soleil, la ville est lumineuse, colorée, joyeuse. Les bleus prennent la pose tandis que l’air soulève le gris des galets et derrière les murs maçonnés, les rouges sont vifs, les jaunes éclatants, tous liés au sentiment d’épanouissement. Tout n’est pas réussi mais tout à de la gueule et du style.

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Les bleus prennent la pose

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Détails fantaisistes

Strates, promenade des Anglais, gildalliere, 2016-Modifier.jpg
Photo/Gilles Dallière

Je ne parviens pas à me soustraire au plaisir de voir craquer les vielles maisons de la Promenade des Anglais. Dans ce cliché, la netteté du ciel bleu accentue les mille et un détails fantaisistes de ces strates. Observer les rues remplies de figures à demi vêtues est un vrai bonheur. Je cours dans tous les sens, tantôt Cours Saleya, du côté du marché à l’air libre, tantôt je fais un tour dans le vieux Nice pour jouir du spectacle. Je suis pris d’une euphorie contrastant avec la situation du moment et ce soir, avec ma vieille maman qui n’a plus rien à espérer de la vie, nous iront voir tirer le feu d’artifice sur le quai des Ponchettes.

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Détails fantaisistes

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Un été en Grèce

Paleopoli, oliviers, cythère, gildalliere, 2018-Modifier.jpg
Photo/Gilles Dallière

Le voyage se termine ici, au large du Péloponnèse, sous la courbe des oliviers et la blondeur des champs bénis. Une brassée d’images, de sensations. Je m’y suis retrouvé. J’y ai découvert les charmes, les tristesses, les gaités, les amitiés et les allégresses d’une existence en marge du monde. Hélène, dans le vent et la lumière de cette géographie offerte, a bien été ravie par Pâris. C’est ça la Grèce, elle abolit les siècles comme elle abolit le présent. La mer est nue et la plage est déserte. L’été bascule, décline, rétrécit ses jours, reprend ce qu’il nous a donné de vie. À bon entendeur, salut.

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Un été en Grèce

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La lumière

palaiopoli, cythère, gildalliere, 2018-Modifier.jpg
Photo/Gilles Dallière

Noir et blanc. Il faut être en liberté. Les grecs de l’époque archaïque ne voyaient pas la mer bleue. Ils voyaient simplement le monde d’une manière différente. Chez Homère et dans le reste de la littérature préclassique la mer arbore de multiples couleurs : noir, blanc, gris, violet, pourpre, sans être jamais bleue. Le bleu et le vert déshumanisent la nature plus que tout autre couleur. L’élément vital est la lumière. Dans l’Iliade et l’Odyssée, mourir, ce n’est pas cesser de respirer, mais cesser de voir la lumière.

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La lumière

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Où que me porte mon voyage

Viaradika, cythère, gildalliere, 2018-Modifier.jpg
Photo/Gilles Dallière

La Grèce m’obsède : Athènes, le Péloponnèse, Hydra, Mykonos, Delos, Sérifos, Rhodes, Symi, Icaria, Tinos, Syros, Sifnos, Folegandros, Sikinos, Kithira, je ne cesse jamais d’en remuer les souvenirs. Dans l’ultime éclat du soleil qui décline, je laisse la lumière si particulière pénétrer cette image. Le soir monte, rose à l’horizon, déjà presque trop sombre avec ses petits nuages bleuâtres que le vent pousse vers la mer Égée. C’est la séduction des îles, leur tristesse, leur solitude, et leur déchéance. La Grèce voyage, voyage toujours et depuis Ulysse et Thésée, les grecs ont plusieurs vérités, mais ce qui est en cause ce n’est pas leur sincérité, c’est leur double appartenance : à l’Occident par le goût et parce qu’ils lui ont donné une civilisation, à l’Orient par nature et parce que la géographie les y oblige.

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Où que me porte mon voyage

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Éole

Eole, cythère, gildalliere, 2018-Modifier.jpg
Photo/Gilles Dallière

Une image pour le vent du Nord. Une image pour chaque souffle égorgé par la bise qui siffle. Une image pour la toile qui a fuit la lumière. Une image pour les hommes debout marmonnant la tempête qu’ils serrent entre leurs bras d’amour éparpillé. Une image pour les sans voix dans le chahut du silence déserteur. Tu es le dieu Éole, fils de Poséidon. Tu dessines le visage de la terre et la forme des nuages explose en kaléidoscope. Tu es l’envers de la lumière et tu souffles sur la ronde de nos vie. Tu es le Meltem.

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Éole

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Osios Théodoros

Moni OsiosTheodoros, cythère, gildalliere, 2018-Modifier.jpg
Photo/Gilles Dallière

Je suis hanté par ce sentiment de l’architecture, par le sens lyrique et solennel qu’ont les places, les tours, les escaliers, les églises et toutes les constructions qui forment une ville lorsque la génialité des architectes et bien souvent aussi le hasard les disposent d’une certaine façon. Je trouve refuge dans les géométries parfaites. Ordre et linéarité. Quand à la lumière, elle est la cristallisation de cette obsession. Ici tout est de guingois mais la symbolique des formes et des couleurs est primordiale. La coupole représente Dieu. Sa forme : la lutte, le combat spirituel que soutient l’église contre les forces du mal. L’or du lustre symbolise la gloire de Dieu et la couleur vert de gris représente Osios Théodoros, le saint qui protège le monastère. Je n’oublierai jamais le vilain petit chien, chenapan audacieux à la Elliott Erwitt qui a failli me mordre.

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Osios Théodoros

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l’oeil blanc de ta jeunesse

galet, Aroniadika, gildalliere, 2018-Modifier.jpg
Photo/Gilles Dallière

Petit galet perdu sans ordre au milieu d’une solitude violée par les herbes sèches, les varechs et toutes sortes de débris des provisions humaines, tu restes imperturbable parmi les remous les plus forts de l’atmosphère. Je t’ai installé au creux d’une fenêtre d’un ocre jaune aussi pâle et aussi fané que ton gris pour mieux mettre en avant l’œil blanc de ta jeunesse. Objet du dernier peu, tu es de jour en jour plus petit mais toujours sûr de ta forme, solide et sec.

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Ocre rouille

pont de Diakofti, cythère, gildalliere, 2018-Modifier-2.jpg
Photo/Gilles Dallière

Là, devant moi, il y a le pont et il y a la rouille. Elle ronge les lignes jetées sur la mer qui abandonnent leur dernier souffle à travers les clichés des promeneurs égarés du débarcadère. Son cœur de tôle abandonné brave le vent et les caprices de l’Égée. Il se teinte d’une couleur bronze et le blanc se consume laissant apparaître des plaies ouvertes au contact de l’air. Pendant ce temps la Grèce voyage et les bateaux sifflent dans l’ultime éclat du soleil qui décline.

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Ocre rouille

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Les rides du temps qui passe

Paleopoli, cythère, gildalliere, 2018-Modifier.jpg
Photo/Gilles Dallière

Ta palette de couleurs aquarelles s’est perchée sur la dune de sable fin. Au pied des tamaris, le temps se traîne et je te regarde, je regarde le fond de ton bleu délavé. Le soleil et le vent ont projeté des rides sur la chaux de tes murs, les rides du temps passé. Tu viens te perdre dans ma mémoire et j’y vois des voyages. Tu fais partie de la lumière. Ouvre ta porte et tes volets, laisse toi bercer par le soleil, sois superbe et viens perdre la mémoire.

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Les rides du temps qui passe

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