À la recherche de la lumière

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Photo/Gilles Dalliere, Tanger, 2002

De la terrasse d’une des maisons de la casbah de Tanger, je suis ébloui par le blanc des structures de la mosquée. Ce qui me frappe, c’est l’extraordinaire relief que prend la coupole dès l’instant où elle est éclaboussée de blanc. La vraie magie dans cette histoire c’est la lumière. Une lumière énigmatique toujours changeante qui précise la gamme des dégradés jusqu’à ce que l’ombre, dense se charge de mystère. La ligne et la forme, le cadrage et la mise en valeur des composantes abstraites de l’architecture deviennent les ingrédients d’un impératif dépouillement qui fait que cette clarté-là, sur ce mur, vaut tous les ornements du monde.

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À la recherche de la lumière

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Le tigre et la rose

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Je me suis arrêté dans la cage d’escalier émerveillé par l’étonnant spectacle qui s’offrait à mes yeux. Le sol disparaissait dans l’ombre, seule la rampe s’élevait dans la lumière dorée du soir. La foule déjà dense était bigarrée. Tous se taisaient ou parlaient à voix basse. Dans cette espace majuscule planait une sorte de léger bourdonnement fait du froissement des saris, du glissement des pieds sur le sol et du chuchotement des femmes dissimulées. Un souffle de vent souleva la poussière de cette construction monumentale. Le soir était tombé, mais la lourde chaleur de la journée stagnait encore entre les murs et montait des dalles de marbre blanc. Les années comme les fleurs se fanent, leur souvenir comme un parfum, s’efface, Jodhpur, Inde, 2004.

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Le tigre et la rose

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Éloge de l’ombre

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Dans la grande salle de réception du Kasteel van ‘s-Gravenwezel, la lumière estompée et grisâtre qui s’infiltre par la fenêtre est d’une grande beauté. Elle se dégage des jeux d’ombres et s’adapte aux différentes cultures qui se heurtent volontairement librement. Axel Vervoordt crée le décor et même les imperfections prennent une importance toute particulière. Stèles disproportionnées, peintures écaillées, renvoient dans l’ombre une subtilité qui plus que la lumière directe semble révéler la contemplation paisible des œuvres d’art.

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Éloge de l’ombre

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CONFESSIONS

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J’adore franchir les portes closes, celles des palais, des Hôtels particuliers, en saisissant l’insolite d’un décor, le pas feutré dans une galerie, la beauté d’un détail d’architecture, la perspective d’un escalier. Ici c’est celui de l’Hôtel de la Marine, place de la Concorde.

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CONFESSIONS

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À l’ombre du regard

Platia Ammos Cythère 2015
Photos/Gilles Dalliere/Grèce,2015

La vie a-t-elle été très solide ou très précaire pendant ce mois d’août ?
Elle a été transitoire, passagère, diaphane. Je suis passé comme un nuage sur les vagues. Cette île de lumière est entraînée par le vol fluide des papillons qui suivent irrésistiblement la même direction : celle des bains d’Aphrodite.

L’aube, la plage, le chant des coqs dans le maquis, c’est le commencement. Ensuite il y a l’atmosphère, il y sera question d’aventures, de plages, de cuisine, de contradictions, d’humeurs, de réalité et d’irréalité, une perception bizarre des choses où le monde irréel devrait envelopper tout ça.

Le papillon peut entrer dans la cour, il faut qu’à l’ombre des tonnelles il y ait une fleur. La lumière du petit matin et la lumière du soir font régner une grande liberté à ses projections volées. Mais est-il besoin de s’étendre longuement pour donner à ces clichés la forme qui convient.

L’ombre est bien là, essentielle à la nature indifférente. Elle a sa vie propre, car au lieu d’étouffer les choses, elle glisse simplement pour mieux les déformer droit devant elle. Le soleil vient de se lever, il ne me reste plus qu’à entrer dans ce paysage étrange et d’en capturer l’instant, celui qui efface tout quand le soupir de la marée montante et descendante s’agite au-delà de ce cercle de lumière vive.

Lemonas Cythère 2013

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À l’ombre du regard

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Maison Néoclassique
Photos/Gilles Dallière/Grèce 2015

Nous sommes arrivés samedi dans une jolie maison. Je me suis écroulé sur mon lit après une heure de délibération sur le thème : quelle chambre choisir et je suis à peu près incapable de m’en arracher. Ici, tout est sans couleurs.

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Après quelques jours de plage, j’ai eu un unique souhait : être seul au grand air. L’air est délicieux. Éviter de parler. J’ai pensé à ma faculté de faire des photos, avec vénération, comme à quelque chose d’incroyable, appartenant à quelqu’un d’autre, dont plus jamais je ne jouirai moi-même.

Tête complètement vide. Je suis parti, plus lucide, plus léger. Pensé que je pouvais faire autre chose que les autres et cela me ramène au sentiment de ma propre individualité. J’ai marché, sans but jusqu’a cette maison néoclassique abandonnée. Mes sens se réveillent, et il y a comme un processus naturel, prolongé, palpitant et dont on désire inexprimablement voir la fin. Je force cette maison et là j’ai besoin de cinquante paires d’yeux pour bien voir les couleurs. J’ai besoin d’un sens secret, fin comme l’air, qui permette de s’insinuer par les trous de serrure et investir l’espace où seul le silence recueille et conserve précieusement l’âme des gens qui y habitaient. L’été, par les fenêtres, est net et clair, il s’étend sur les champs l’oeil grand ouvert, attentif, et parfaitement indifférent à ce que pouvait faire ou penser qui le regardait. À l’intérieur, la lumière s’incline en adoration devant sa propre image.

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Le temps passé

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Un talent affolant

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La Maison européenne de la photographie présente De faux horizons, une large exposition consacrée au dernier opus de l’espagnol Alberto Garcia-Alix, à la frontière du rêve et de l’abstrait.

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Format carré, noir et blanc, la forme reste pure dans cette déambulation au cœur « d’une vie d’inquiétude et d’angoisse ». Qu’il photographie la ville ou ses natures mortes, tout n’est que jeux d’ombre et de lumière, au point de frôler parfois l’abstraction.

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Pourtant, il n’est nullement question de désincarnation ici. Ville ou oiseau, tout est personnifié dans ses légendes éloquentes où surgit toujours la poésie. Un dos tatoué et scarifié devient Cicatrices d’un ange, et des murs qui se dressent dans le ciel sont tour à tour une Ville oubliée par elle-même ou Pas de concierge ni de voisin. Ces mots qui se posent sur les photographies sont bien la porte d’entrée dans l’intimité du monde mélancolique de Garcia-Alix. L’abstraction ne dure pas là où le photographe se fait narrateur.

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Au milieu d’une salle réservée aux portraits, les regards des sujets sont tellement intenses qu’on navigue constamment entre un sentiment de connivence avec eux et la sensation dérangeante de se faire interpeller par chacun de ces personnages atypiques. Pour nous dire quoi ? Ce que les yeux ont à dire. Le titre du portrait d’une corneille dont les yeux disparaissent dans le noir de son plumage. De quoi méditer sur notre aveuglement à voir de faux horizons.

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Mais Garcia-Alix est toujours sur le fil, à la frontière entre rêve et réalité, entre tristesse et ironie. De faux horizons, le titre de l’exposition, laisse songeur face à la sincérité des postures. Prenez cet Autoportrait caché dans ma peur où le soleil découpe la silhouette de l’homme derrière des canisses. Quelle est cette peur qu’il avoue si frontalement à son public ?

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De faux horizons, Alberto Garcia-Alix
Jusqu’au 25 janvier 2015
Dans le cadre du Mois de la Photo
Maison européenne de la photographie
5-7 rue de Fourcy, 75004 Paris
Du mercredi au dimanche, de 11h à 19h45.
Entrée : 8 € ; tarif réduit : 4,5 €
Entrée libre le mercredi de 17h à 20h

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L’ éphémère évanescence de Byung-Hun Min

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Byung-Hun Min a toujours privilégié le noir et blanc et souvent choisi pour épreuve un format modeste. Il entretient une relation intime avec l’image, en saisit la finesse et les détails. Le papier velouté concoure à la création d’une oeuvre poétique et raffinée tellement proche de l’aquarelle qu’on reste perplexe. Les longs temps de pose ou les prises de vues en lumière atténuée saisissent ce que l’oeil humain ne pourrait appréhender naturellement. l’uniformité des blancs purs est étonnante, elle fourmille de détails qui apaisent le regard. Ce qui ma le plus marqué, c’est la pureté de l’image, Min cherche à restituer ce qu’il a vu. Il en naît une impression d’intemporalité, une homogénéité visuelle surprenante. L’image est impalpable.


La galerie Particulière
16 rue du Perche
75003 Paris
http://www.lagalerieparticuliere.com

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« Si Dieu ne pardonnait pas, son paradis resterait vide. »

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Photo/Gilles Dallière, Maroc 2014

Perdu dans le paysage desséché mais sublime de ce lac artificiel, la barrière noire plantée d’arbres fruitiers est prête à devenir un paradis. Celui d’un homme qui aime la vie et qui va construire dans ce lieu propice une ferme en permaculture. Ce terrain lui offre le moyen de développer son autonomie et de participer à la création d’un monde soutenable et éthique. La maison dans laquelle il va vivre sera construite d’argile, demandant un entretien constant : les fissures sont inévitables, mais ces maisons procurent une meilleure qualité de vie, isolant mieux du froid et de la chaleur. Pour lui, l’objet de cette recherche est une philosophie s’intéressant aux relations entre les espèces, les groupes sociaux, les communautés rurales et l’environnement économique. Son but : prendre soin de la terre, prendre soin de l’humain et repenser sa manière de produire et de consommer. Dans cette zone semi-aride, où les routes disparaissent sous la terre, où ne semble cohabiter que le soleil, le vent et des buissons tassés, il va vivre avec un raffinement certain. Il ne faut jamais oublier que la vie suit son propre rythme, dont l’être humain n’est pas maître. Mais tout ça est encore secret et il ne faut surtout pas en parler.

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Côme Gilles Dallière

Photo/Gilles Dallière, Lac de Côme 2014

On a l’impression que l’extrémité du lac de Côme du côté de Bellagio est fermée par une enceinte de falaises menaçantes, dont l’aspect vient augmenter encore l’effroi de ces solitudes. Le mat d’un bateau abandonné sur la grève,  une bouée, témoignent seuls que des hommes aventureux ou égarés de leur route sont arrivés jusque-là. La mouette y passe en criant sans chercher une proie. Je marche étonné, me retourne et m’arrête à quelque distance du couvent, comme si je voulais m’assurer de la profondeur du silence. Deux de ces montagnes, remarquables par leur prodigieuse élévation, par la bizarrerie des saillies qu’elles dessinent sur le ciel, par les couleurs vivement tranchées de la rare végétation qui jaillit de leurs crevasses ou couronne leurs sommets, terminent de l’une et de l’autre part ce groupe isolé de la chaîne des Alpes. Quand une noire vapeur se roule comme un voile funèbre à la pointe des pics fracassés, il n’est pas malaisé de distinguer le fantôme appuyé sur un vieux pin à la cime de ses montagnes, et livrant avec joie à la tempête son panache aérien et son plaid de nuages.

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L’homme du lac

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