
Au musée Bonnat-Helleu de Bayonne, l’art semble se laisser contempler dans une nouvelle sérénité. Dans l’histoire de la peinture, Job apparaît souvent dans un dénuement absolu, seul, décharné, presque réduit à son propre corps. Léon Bonnat le représente ainsi, dans une nudité qui n’a rien d’érotique, mais tout du supplice. Le vieil homme semble s’être abandonné tout entier à l’Éternel, comme si, ayant tout perdu, il ne lui restait plus que cette attente. Une lumière presque surnaturelle tombe sur lui. Elle semble le traverser, le surexposer, comme si Dieu lui-même venait de paraître dans cette clarté. Peut-être sommes-nous à cet instant du Livre de Job où, après le silence et l’épreuve, Dieu s’adresse enfin à son serviteur. Bonnat, peintre du réel jusqu’à l’hyperréalisme, ne cherche rien à épargner au regard. Le corps vieilli, amaigri, meurtri, occupe presque toute la composition. Chaque os semble affleurer sous la peau, chaque pli raconte la souffrance. Et pourtant, dans cette chair si fragile, quelque chose demeure : une présence, une dignité. Job n’est plus seulement le supplicié. Dans la lumière qui l’enveloppe, il devient presque une apparition. @gillesdalliere @museebonnathelleu
