Clichés/voyage

L’odeur de l’Inde

 Varanasi Gilles Dallière2008-02-25 à 07-03-26
Photo/Gilles Dallière,Varanasi, Inde 2008
De l’autre coté du Gange, sur un chemin, tout entier de poussière et de boue d’égout, il y a un mur de pierre, avec un haut soubassement, sur lequel un vieux est étendu. Il semble cloué à la pierre. Comme dans un cauchemar, il veut se lever et n’y parvient pas. Il agonise, de toute évidence. Aussi maigre qu’un enfant, la peau tirée par le noeud de ses pauvres nerfs contractés, il se tiens là sur le dos, la nuque sur la pierre, en agitant la tête à droite et à gauche. Son linge est blanc, d’un blanc éclatant, il est complètement nu. Sa poitrine dévastée est tout entière découverte. Sa peau est sombre et rabougrie. De près, je m’aperçois que les mouvements de la bouche, qui semblent l’expression même de la douleur, la convulsion de l’intolérable, sont en fait des paroles. Il chante, ce n’est pas vraiment un chant articulé, mais une lamentation. Du reste tous les chants indiens sont tels. La douleur, l’épouvante, le spasme, la torture, ont trouvé cet exutoire où se cristalliser. Ils échappent à leur intolérable particularité pour s’organiser et presque s’ordonner dans ce pauvre mécanisme chiffré de paroles et de mélodie. Ce n’est guère plus qu’un pépiement qui sort de cette poitrine nue et contorsionnée, de ces pauvres membres parvenus au terme de leur vie physique et pourtant, cela suffit à transformer l’insupportable de la mort en un des innombrables actes désespérés mais tolérables de la vie.

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Itaparica, mon amour

Salvador de Bahia, Gilles Dallière
Photo/Gilles Dallière/Itaparica au large de Salvador de Bahia, 2012
Il s’agit, évidemment, d’une disproportion presque inhumaine dans les rapports avec la réalité. Dans ces villages construits avec n’importe quoi au milieux des disettes et des épidémies, cette ile nous à enchantée puis traumatisée. Les gens s’enferment dans la vie familiale à laquelle ils donnent une importance absolue : pleins d’enfants, ils en cultivent la douceur, leur douceur mise à l’épreuve se perpétue dans la douceur tendre de leurs enfants et le cercle se referme ainsi, non sans bassesse ni sans égoïsme. Ce cliché reste un souvenir sympathique, il est certain que nous avons très mal manger mais ces trois adolescents étaient très drôles et franchement si vous observez la position du garçon, vous allez vite comprendre qu’il était encore plus féminin que ses soeurs.

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Lisbonne

Lisbonne Gilles Dallière
Photo/Gilles Dallière, Lisbonne, 2007
« Retentissent, il doit y en avoir huit, que je ne compte pas, les coups marquant une heure de plus à un clocher ou une horloge solennels. Je m’éveille de moi à cause de cette banalité qu’il existe une heure, claustration que la vie sociale impose à la continuité du temps, frontière dans l’abstrait, limite dans l’inconnu. Je m’éveille de moi et, posant mon regard sur tout cela, à présent plein de vie et d’humanité coutumière, je vois que la brume est sortie du ciel tout entier, sauf cette part de bleu qui dans le bleu fluctue de n’être pas encore vraiment du bleu, je vois qu’en moi elle a en vérité pénétré jusqu’à l’âme, et qu’en même temps elle a pénétré jusqu’à l’intérieur même de toutes les choses, qui est ce lieu par quoi elles sont en contact avec mon âme. J’ai perdu la vision de ce que je voyais. Aveuglé de voir. Je sens désormais dans la banalité du savoir. Cela n’est désormais plus la réalité : c’est simplement la vie. »
Fernando Pessoa

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A bout de souffle

Salvador de Bahia Gilles Dallière
Photo/Gilles Dallière, Salvador de Bahia, Brésil
C’est incroyable, ici le Brésil a un dernier élan, c’est le Brésil comme je ne le voyais plus. Nous sommes pourtant près de l’ascenseur qui descend dans la ville basse, là ou tout le monde court on ne sait où, là ou tout semble envahi et agité et dans le même temps tout semble vide. On se sent mal. Le ciel est blanc, méchant. Il y a quelque chose de désespéré dans cette course artificielle, à contre courant.

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Salvador de Bahia

2012-11-21 à 17-46-40
Photo/Gilles Dallière, Brésil
Chaque fois que je quitte un endroit, même si je n’y ai passé que quelques heures, j’y laisse toujours un petit morceau sanguinolent de mon coeur. À Salvador de Bahia, non. Pourquoi ? Désormais derrière le quartier historique plein d’hôtels de toutes sortes, et de bazars pour touristes il manque le plaisir sécurisant d’y vivre, cette façon d’être par rapport à la foule populaire entassée ici. Il manque la dimension, l’intelligence historique. C’est une zone sous-développée, et on peut tout aimer sauf cela. Adieu Bahia, immense capharnaüm, grouillement de miséreux, de voleurs, de drogués, d’affamés, de sensuels, pure et obscure réserve de vie !

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Salvador de Bahia
Photo/Gilles Dallière, Salvador de Bahia, Brésil
« Il y a le trou noir de la salle, l’invisible spectateur, et sur la scène la cathédrale du drame, le cercle de lumière et cette voix. Derrière les piliers, dans l’ombre, on devine des présences inquiétantes… Je grelotte, je m’accroche à un éclat de bois sur le sol, une petite marque rouge, je m’hypnotise. Je respire lentement, N’aie pas peur, Henri, c’est du théâtre, c’est l’enfant qui a peur de toi. Voilà, nous y sommes, il faut tout ce début pour être plus juste, à ma place. Maintenant il ne me reste qu’à être généreux, jouer, jubiler, que ce soit dans la joie ou la souffrance. »
Bernard Giraudeau, « Cher amour ».

« On ne pouvait pas s’entendre »

Citation
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Escale à New Delhi

2010-03-01 à 12-16-44
Photo/Gilles Dallière, New Delhi
Je sors de l’hôtel Impérial. Il fait encore très chaud. Je suis seul. Seul, et j’emmène avec moi mon oeil, plus ingénu et heureux que je le croyais. Seul : moi et mon appareil de photo. Moi et des milliers de gens, et des milliers de choses. Tout est nouveau. La nuit tombe, toutes les rues sont encore animées…Le temps s’écoule, merveilleusement je dois le dire, il s’écoule. Dans ce bâtiment administratif, il n’y a plus personne, je pénètre dans les couloirs. L’architecture est sobre et élégante il ne me reste que le temps de cadrer la perspective de hauts plafonds et de voûtes blanches qui conduit vers un jardin poussiéreux. Je sors, remonte la grande avenue et me perds dans l’incroyable brouhaha de l’Inde moderne.

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Une image « iconoclaste »

La poste de Palerme
Photo/Gilles Dallière, Palerme
La poste de Palerme est un monument singulier à la gloire du Duce, un saisissant contraste : celui qui oppose la massivité de son architecture au décor délabré de la ville. Une image intemporelle, propice à la contemplation et qui offre au regard un bâtiment rythmé par la verticalité des piliers et l’horizontalité des marches. Une succession de volumes baignés d’une lumière moite. Oui, la dimension architecturale prend le pas sur la représentation figurative. Mon goût pour les compositions austères, sculptées par l’ombre et la lumière, devient en quelque sorte coextensif du sacré.

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Les enfants du chaos

2010-07-31 à 11-42-05
Photo/Gilles Dallière/San Pietro
Il faut ouvrir grand ses yeux et ses oreilles et repérer les liens et les perspectives. Le XXème siècle est fait de courants divers et souvent contraires, à l’occasion du centenaire de la grande guerre qui laisse le monde profondément divisé, goûtons aux plaisirs de la contradiction, du chaud et du froid, prenons le chaos reflétant le chaos du monde, celui qui s’est justement abattu sur l’Europe il y a cent ans.

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