
Photo/Gilles Dallière, Salvador de Bahia, Brésil
C’est incroyable, ici le Brésil a un dernier élan, c’est le Brésil comme je ne le voyais plus. Nous sommes pourtant près de l’ascenseur qui descend dans la ville basse, là ou tout le monde court on ne sait où, là ou tout semble envahi et agité et dans le même temps tout semble vide. On se sent mal. Le ciel est blanc, méchant. Il y a quelque chose de désespéré dans cette course artificielle, à contre courant.
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Salvador de Bahia

Photo/Gilles Dallière, Brésil
Chaque fois que je quitte un endroit, même si je n’y ai passé que quelques heures, j’y laisse toujours un petit morceau sanguinolent de mon coeur. À Salvador de Bahia, non. Pourquoi ? Désormais derrière le quartier historique plein d’hôtels de toutes sortes, et de bazars pour touristes il manque le plaisir sécurisant d’y vivre, cette façon d’être par rapport à la foule populaire entassée ici. Il manque la dimension, l’intelligence historique. C’est une zone sous-développée, et on peut tout aimer sauf cela. Adieu Bahia, immense capharnaüm, grouillement de miséreux, de voleurs, de drogués, d’affamés, de sensuels, pure et obscure réserve de vie !
L’architecture métallique de la gare saint Jean

Photo/Gilles Dallière, Bordeaux
Ma mère est née à Bordeaux. J’ai toujours été fasciné par l’immense verrière qui surplombe les voies de la gare Saint Jean et pour cause, c’est la plus grande verrière ferroviaire d’Europe. Ce que je ne savais pas, c’est que l’entreprise de construction métallique Daydé & Pillé demande à Gustave Eiffel d’en être le maître d’oeuvre. Ceci explique cela, le hall est grandiose et la force de cette architecture couvrant les voies a été inscrite au titre des monuments historiques le 28 Décembre 1984. C’est pas si vieux pour classer un chef d’oeuvre.
Le passage

Photo/Gilles Dallière
Mon flou est désiré et maîtrisé. Il sert à donner une charge mystérieuse à l’image ou bien encore à accentuer un effet de vision subjective ou intérieure. Le flou transcende, interroge, dérange. Je suis heureux d’avoir très exactement l’image de cette solitude corporelle qui donne tour à tour le droit de jouir à l’autre ou à soi-même. Je connais ses sentiments, sa fuite délibérée devant le flagrant délit de ne pas accepter la réalité, un constat, une empoignade, passage de quelqu’un qui ne veut pas revenir ailleurs et qui se perd dedans, dedans les sentiments. Ira t’il jusqu’au bout de son histoire ?

Photo/Gilles Dallière, Salvador de Bahia, Brésil
« Il y a le trou noir de la salle, l’invisible spectateur, et sur la scène la cathédrale du drame, le cercle de lumière et cette voix. Derrière les piliers, dans l’ombre, on devine des présences inquiétantes… Je grelotte, je m’accroche à un éclat de bois sur le sol, une petite marque rouge, je m’hypnotise. Je respire lentement, N’aie pas peur, Henri, c’est du théâtre, c’est l’enfant qui a peur de toi. Voilà, nous y sommes, il faut tout ce début pour être plus juste, à ma place. Maintenant il ne me reste qu’à être généreux, jouer, jubiler, que ce soit dans la joie ou la souffrance. »
Bernard Giraudeau, « Cher amour ».
« On ne pouvait pas s’entendre »
Escale à New Delhi

Photo/Gilles Dallière, New Delhi
Je sors de l’hôtel Impérial. Il fait encore très chaud. Je suis seul. Seul, et j’emmène avec moi mon oeil, plus ingénu et heureux que je le croyais. Seul : moi et mon appareil de photo. Moi et des milliers de gens, et des milliers de choses. Tout est nouveau. La nuit tombe, toutes les rues sont encore animées…Le temps s’écoule, merveilleusement je dois le dire, il s’écoule. Dans ce bâtiment administratif, il n’y a plus personne, je pénètre dans les couloirs. L’architecture est sobre et élégante il ne me reste que le temps de cadrer la perspective de hauts plafonds et de voûtes blanches qui conduit vers un jardin poussiéreux. Je sors, remonte la grande avenue et me perds dans l’incroyable brouhaha de l’Inde moderne.
Enchanté ou surpris !
Une image « iconoclaste »

Photo/Gilles Dallière, Palerme
La poste de Palerme est un monument singulier à la gloire du Duce, un saisissant contraste : celui qui oppose la massivité de son architecture au décor délabré de la ville. Une image intemporelle, propice à la contemplation et qui offre au regard un bâtiment rythmé par la verticalité des piliers et l’horizontalité des marches. Une succession de volumes baignés d’une lumière moite. Oui, la dimension architecturale prend le pas sur la représentation figurative. Mon goût pour les compositions austères, sculptées par l’ombre et la lumière, devient en quelque sorte coextensif du sacré.
Les enfants du chaos

Photo/Gilles Dallière/San Pietro
Il faut ouvrir grand ses yeux et ses oreilles et repérer les liens et les perspectives. Le XXème siècle est fait de courants divers et souvent contraires, à l’occasion du centenaire de la grande guerre qui laisse le monde profondément divisé, goûtons aux plaisirs de la contradiction, du chaud et du froid, prenons le chaos reflétant le chaos du monde, celui qui s’est justement abattu sur l’Europe il y a cent ans.

