Mon été 21…

« Pendant la nuit la pluie est tombée huit heures d’affilée, d’abord d’enfance, légère, timide presque, et puis installée, tenace et vieille. Et puis, de cette pluie le soleil est sorti, harassé ».
Extrait, Marguerite Duras, L’été 80.
Mon été 21…

« Pendant la nuit la pluie est tombée huit heures d’affilée, d’abord d’enfance, légère, timide presque, et puis installée, tenace et vieille. Et puis, de cette pluie le soleil est sorti, harassé ».
Extrait, Marguerite Duras, L’été 80.
Le soleil se lève sur le monde…

« Le temps s’était couvert et la tempête est arrivée portée par le vent du nord. Ce vent était très fort, d’un seul tenant, sans trêve aucune, un mur lisse et droit. Et la mer de nouveau s’est déchaînée. De la pluie est venue pendant la nuit et elle a été chassée par la force du vent. Toute la nuit ce vent a hurlé, sous les portes, dans les failles des murs, dans la tête, les vallées, le cœur, le sommeil… Mais non ce n’était rien, rien que bruits de la mer et du vent. Et vous voyez, le soleil s’est levé sur le monde ».
Extrait, Marguerite Duras, L’été 80.
L’été 80…

« La mer est changeante, l’espace d’une nuit elle est mauvaise et puis brusquement au petit matin la voici de nouveau calme, elle redevient bleue et se remplit à nouveau de voiles blanches et de soleil. Les pétroliers sont de nouveau là, en file indienne devant les falaises blanches d’Antifer. La mer est très basse en ce moment, elle est très loin, de la chambre noire je la vois bien, et elle laisse derrière elle des lacs, des îles, des archipels noyés de brume, des pays entiers de sables gorgés d’eau. La jeune fille et l’enfant ont traversé les sables découverts et ils sont allés dans la baie, du côté des pieux noirs, vers le chenal ».
Extrait, Marguerite Duras, L’été 80, Collection « double », les Éditions de Minuit
Contre-jour…

Ne jamais perdre de vue la mesure de l’homme, clé ultime. La figure humaine est souvent suggérée par une ampoule, un volet, une ombre, la lumière, de simples proportions. Ici, la proposition visuelle est brutale et sans concessions. Elle porte en elle le souvenir des murets de pierres sèches qui en Grèce délimitent depuis toujours les champs. La Grèce fait partie de notre passé à tous, qu’on y soit né ou non.
Les traces de l’abandon…

J’ai regardé la trace incertaine et aléatoire que la moisissure laisse au plafond. Le monochrome renforce le noir de la salissure, le blanc des murs, l’étouffante chaleur de l’été à travers la fenêtre, l’asymétrie des battants qui obturent l’espace parce que c’est la Grèce toute entière qui passe à travers le bâti. J’accentue la blancheur d’une ampoule, celle-là même qui se pend, seul et dérisoire rempart contre l’abandon.
La lumière suspendue…

Dans une maison néoclassique abandonnée, quatre murs d’une chambre éclairée par une fenêtre en hauteur. Elle donne sur un champ de blé. À main droite des planches, un bâti, un vieux canapé cramoisi et de la poussière comme suspendue à la structure des poutrelles de bois saturant l’espace. Un tableau ? Une photo ? Une présence, une tension, une densité que peut-être la peinture ne permet plus. Sur le mur du fond, sur la fenêtre, un châssis métallique auquel est suspendue la lumière. Le sacré, le malaise, l’odeur fade, le rouge sensuel du velours, la chair ouverte.
Le sens du vide…

« Cornice d’Orsay », Gae Aulenti, 1986, Bottega Ghianda, Richard Alcock, Gilles Dallière
Ici, le sens du vide est salutaire. La suppression de presque tout dévoile la vérité du silence. Un jeu de lignes, un clair-obscur, la transparence du laque du Steinway. Tout ça pour mettre en valeur ce bronze en quête d’absolu et le cadre en poirier crée par Gae Aulenti pour le musée d’Orsay. Sa surface en verre est parfaitement alignée au bois permettant une visibilité totale de l’image à l’intérieur : la montée des marches d’un immeuble milanais.
L’étagère et le design…

L’étagère, Mario Bellini, 1989, Bottega Ghianda. Richard Alcock, Gilles Dallière
Pour le designer italien, la forme même a sa fonction : apporter la beauté. Dans un univers digne de Luchino Visconti, elle trône au milieu des livres disparates pour mettre en évidence l’ambiguïté de sa fragilité. Dans une cage de hêtre massif, elle enferme quelques titres précis. D’autres fragments de livres sont oubliés. Certains, imaginaires, me font appréhender le monde et le design.
Dédié au bois précieux …

« Leggio d’Orsay » Gae Aulenti, 1986, Bottega Ghianda.
Dans la bibliothèque, derrière les lourdes portes tendues de velours de soie, le lutrin déplie ses cadres en poirier massif pour restituer la part de rêve qu’un livre porte en lui. Alors tout devient légitime, et le livre ouvert à une réelle valeur visuelle. Exposé, il porte en lui un potentiel émotionnel formidable et devient une extraordinaire machine à rêve.
Où paraît la courtisane…

Dans une nature majestueuse, la Vénus est en passe d’être submergée par la végétation. Elle jette sa tunique, et le blanc poème de son corps d’albâtre apparaît tout à coup dans sa splendeur. Elle promène ses lignes serpentines, ses flancs polis, ses seins à servir de moule à la Manufacture de Sèvres, au beau milieu du jardin secret. Le vert profond du mur de verdure relève ses courbures élégantes qui ne peuvent s’écrire qu’en marbre.