
« Dog Stars » le dernier film de Ridley Scott. C’est beau, c’est moche, c’est improbable, c’est vide, c’est violent. Voilà le résumé de ce qu’il me semble être son projet esthétique. Il donne l’impression d’un monde qui a perdu jusqu’à l’habitude d’exister. Les paysages sont immenses, presque insolents, alors que les êtres humains semblent n’y faire que de brèves apparitions. Ridley Scott ne cherche pas tant à raconter une apocalypse qu’à filmer ce qui reste quand le bruit du monde s’est enfin tu. Le paradoxe est là. C’est un film de survie où l’on parle peu, un film d’action traversé par de longs silences, un film violent dont le véritable sujet est peut-être la solitude. L’improbable naît de cette étrange coexistence entre des personnages presque mythologiques, Jacob Elordi avec sa présence à la fois fragile et monumentale, Margaret Qualley comme une apparition qui refuse d’être seulement un symbole d’espoir, Josh Brolin ancré dans une humanité rugueuse, Guy Pearce toujours capable de faire planer le doute, et des décors qui semblent avoir été abandonnés par l’Histoire elle-même. Ce vide est sans doute ce qui divise le plus. Certains y verront des longueurs. D’autres y liront une respiration. Il y a quelque chose d’étrangement américain dans cette manière de croire que l’horizon peut encore contenir une promesse, même lorsque tout a disparu. Pas un optimisme naïf. Plutôt une obstination. En tout cas il n’y a pas de moutons, mais un chien malinois. Dans un monde où les institutions, les villes et les certitudes se sont effondrées, la fidélité devient une forme de civilisation. @gillesdalliere
