TRY TO GET WHAT YOU LOVE OR YOU'LL BE FORCED TO LOVE WHAT YOU GET
Archives de Catégorie: Clichés/photos
L’obscurité du jour…
Le Consulat confiné, 18 rue Norvin, Montmatre, Paris, gildalliere, 2020
Je suis sorti, promenade autorisée d’une heure sur la butte Montmartre. À l’angle de la rue des Saules et de la rue Norvins, Le Consulat est fermé. Le rouge empire de sa façade s’est éteint. Rien ne s’échappe de cette lumière, pas même les chaises bistrot empilées qui cherchent jour après jour la meute des touristes qui montent au village. Toute l’obscurité est dans le jour où tant bien que mal il faut s’orienter. Un détail, ce détail, c’est ici le seul point de passage.
Jacques-Bénigne Bossuet, évêque de Meaux, Institut de France, confiné, Paris, gildallière, 2020
« Seigneur, fais de moi un instrument de ta paix, Là où est la haine, que je mette l’amour. Là où est l’offense, que je mette le pardon. Là où est la discorde, que je mette l’union. Là où est l’erreur, que je mette la vérité. Là où est le doute, que je mette la foi. Là où est le désespoir, que je mette l’espérance. Là où sont les ténèbres, que je mette la lumière. Là où est la tristesse, que je mette la joie. O seigneur, que je ne cherche pas tant à être consolé qu’à consoler, à être compris qu’à comprendre, à être aimé qu’à aimer. Car c’est en se donnant qu’on reçoit, C’est en s’oubliant qu’on se retrouve, C’est en pardonnant qu’on est pardonné, C’est en mourant qu’on ressuscite à l’éternelle vie ». Prière de Saint François d’Assise La Toussaint
Variation autour de l’ombre portée des arbres du jardin des Tuileries, Paris, l’Orangerie, gildalliere, 2020
Ce soir, le ciel est en deuil d’un mois d’octobre heureux. Le temps est clair, et je suis retourné devant ce mur de pierre. Un homme marche dans les feuilles avec son chien. Il marche sans s’éloigner. Il est celui qui est là, qui vient et qui revient, qui n’arrive nulle part comme si tout l’attendait. Il repère mon ombre à travers celle des arbres, son souffle agite leurs branches. Il m’observe. S’arrête, se déplace si lentement, avec tant de précautions, qu’il ne s’aperçoit pas qu’un arbre le suit.
Le confinement des chaises du jardin des Tuileries, Paris, gildalliere, 2020
Oui c’est déjà le crépuscule, il n’est pourtant que 17h30. Dans l’angle mort de l’Orangerie, les chaises des Tuileries ont enrobé la beauté d’une lumière sournoise qui éteint le présent. Devant cet amoncellement organisé, le jardin envahi de feuilles mortes, d’entrelacs de branches, de rhizomes en volutes, de tiges de dahlias et de chrysanthèmes roses, noue un filet maillé si serré que bientôt il me suffoque. Je suis hypnotisé par cette vibration rageuse de ces chaises vertes, entassées…confinées.
Le dernier tango sur l’esplanade du palais de Tokyo, Paris, gildalliere, 2020
Le pays n’a pas la patate. Les gens ont peur de reconfiner, les gens ont peur tout court. Ils sont à cran. Le monde tangue et malgré tout il est rempli de poésie. Entre les géométries du parvis du palais de Tokyo, un accordéon ressasse à l’infini ce tango sévère et triste où chaque note tombe lourdement, comme par dépit sous la main qui se voue à faire chavirer d’amour sa cavalière. Et même si la chemise déborde, je me plais à croire qu’il la soulève à la pointe de ses doigts, cheveux gominés, veston cintré et souliers à talon. Elle glisse, glisse encore, guindée, hiératique, impassible et sauvage sur le marbre dépoli.
Le palais de Tokyo, un jour de pluie, Paris, gildalliere, 2020
Ce matin, à la lumière d’un jour de pluie, le temps fuit. Je regarde le reflet de l’architecture dans ce qu’il reste d’eau dans le bassin de la fontaine du palais de Tokyo totalement asséché et dans un état de délabrement avancé. Ce matin, je refais le monde, je fuis l’évidence pour glisser sur une flaque d’eau, sur un bout d’espace révélé qui devient le mien.
Luxes, exposition, MAD, miroir Nid, Hervé Van der Straeten, robe du soir Grès, haute couture printemps-été 1976, jersey de soie drapé de Racine, Paris, gildalliere, 2020
Au MAD, « LUXES » est associé à l’histoire de l’art depuis l’antiquité. La simplicité de cette installation sensibilise le spectateur aux dimensions de l’espace. Entre le miroir « Nid » d’Hervé Van Der Straeten et la robe du soir haute couture de Grès, entre le trésor argenté de Boscoreale et l’or de la paire de boucles d’oreilles Kwoteneye Kange, ils ont raclé les murs, installé des parois nettes de toute moulure, supprimé le mot fouillis du vocabulaire. Les bijoux, les accessoires, l’art de la table, la décoration, les chinoiseries, l’ornementation, l’esprit art décoratif, le mobilier, le voyage, la mode, et le design, s’assemblent en groupe régis par la règle des proportions. L’accumulation a cédé la place à des ombres sans ombre, des surfaces calmes, des lumières choisies, venues redonner aux objets la grâce du mot précieux.
Cet été j’étais perdu dans mes pensées et au détour d’un chemin le déclenchement du Leica n’a pas interrompu cette attitude. Le sentier est devenu fugitif. La forme des arbres se dessine et ce déplace comme par effraction dans une grisaille savante. Je suis happé par la lumière enveloppée d’une infinité de dégradés de gris jusqu’au plus profond du noir. Il faut accepter le flou, et ce qui frappe dans ce sous-bois, c’est ce halo de lumière qui me console de tout.
Ombres portées, l’automne, les murs de l’Orangerie, le jardin des Tuilleries, Paris, gildallière, 2020
Le mur de l’Orangerie du jardin des Tuileries s’offre, silencieux. C’est le contraste des lignes qui domine, et une fois encore le noir, sec, profond, qui fait naître cette atmosphère digne de l’illustration d’une féerie. Un monde inattendu se manifeste, fait de courbes, de taches, de flous, s’organisant en une rigoureuse structure visuelle faite de lignes et de cadrages serrés et précis. Le simple et l’essentiel sont une conquête, le résultat d’une recherche consciente. Qu’il s’agisse d’un mur, d’une ombre, d’un arbre, le sujet identifiable dans la réduction à l’essentiel de ses formes fondamentales est à la fois réel et d’invention.
L’ile d’Or, le Dramont, Saint-Raphaël, gildalliere, 2020
Les chatoiements de l’île d’Or font rêver. En 1909 Gustave Dhyeux écrit : Île d’Or ! Île de chimères ! Île de songes très lointains… Île rose ! Île de lumière, Que l’eau de lazulite enceint. Telle qu’une touffe de roses Dans l’ardente mer bleue éclose Elle apparaît, radieux îlot Où vient se câliner le flot. On voit, à l’aube, sur cette île Un léger scintillement d’or, Alors que Phébus ne profile Que des bigarrures, encore. Mais surtout elle est l’île rose, Lorsque du soleil s’y repose. Île de rêve, où pour mourir, Il serait doux de s’assoupir.