
Photo/Gilles Dallière, Alicudi, 2008
Ce soir sur les pentes volcaniques de l’ile, je ne suis pas rentré, j’ai déambulé comme un fou : là, on se la coulait douce dans les jardins, ici on descendait vers le village par le chemin des ânes, là des marins faisaient leurs affaires entre les barques, ici des vacanciers se prélassaient dans des chaises longues sur les terrasses de leurs maisons. Trois ou quatre fois, je suis monté puis descendu. J’ai traîné jusqu’au coucher du soleil pour voir Stromboli, si proche qu’on pouvait le toucher de la main, se découpant sur un ciel rouge flamboyant, comme si on ne réussissait plus à cacher le paradis.
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Photo/Gilles Dallière, Paris 2014
Wake up ! le monde change au fil des révolutions spectaculaires de la vie. Il faut regarder, voir, analyser, cogiter, dans ce foisonnement d’images d’amateurs. Par rapport a l’explosion d’internet, je dois me réinventer. Nous vivons une crise profonde, l’économie a été touchée, puis la presse. Aujourd’hui je présente un road movie « Clichés » au regard très personnel dans lequel je mélange des photos de décoration, des vidéos, mais surtout un espace que je veux plus léger, plus instantané, libératoire. j’ai envie de raconter des histoires avec mon oeil (et j’en ai un), comme un outil supplémentaire qui dépend du moment et de l’instant à vivre. Et comment aborder un portrait ? Cela dépend d’abord de l’idée que l’on a de la personne. Il faut une envie pour que la photo marche et il faut de la motivation pour créer l’envie. du calme aussi, là ou il n’y a pas de frontière pour la lumière, il faut surprendre, saisir un regard, une ambiance. Dans le portrait, on a face à soi quelqu’un qui est conscient de l’acte photographique. Et ce qu’il faut obtenir, c’est quelque chose qui se passe au moment où il ouvre une faille. À suivre.
Plein cadre
Requiem pour l’escalier

Photo/Gilles Dallière, Lisbonne, 2007
L’escalier de l’hôtel Ritz à Lisbonne a un mouvement architectural extrêmement particulier. Son style est unique. l’hôtel est étonnant. Sa puissance est majestueuse, pénétrée d’un sérieux et d’une gravité pesante, presque sévère. Le caractère froid de sa courbe marque la volonté du mouvement confit dans la force monumentale de l’édifice. Le bâtiment est sublime.
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Manille gigantesque diamant brisé

Photo/Gilles Dallière, Manille, 2010
La mer des Philippines n’est pas notre mer : elle effraie. Manille est une ville extrêmement dramatique et originale, d’une pauvreté angoissante. C’est un monde impossible à reconnaître. Parfois il est vrai que l’on retrouve un point de vue, un paysage dont on a l’habitude mais le climat est impossible. Sous une chaleur de plomb, l’humidité ambiante est suffocante. Dans le sourire des jeunes gens qui rentrent de leur atroce boulot, il y a un trop-plein de liberté, une sorte de folie. Tout vacille, tout est brinquebalant, tout est ouvert à tous les vents et à tous les voleurs. dans les miroirs d’eau laissés par la mousson, se déroule tous les jours un véritable spectacle clandestin. La drogue est omniprésente et loin de la culture de notre monde, les hommes ont une hélice qui les agite à l’intérieur, l’hélice du sexe, de la curiosité, de la provocation, du désir d’exister. Ce n’est pas sans danger.
L’inde éternelle
Photo/Gilles Dallière Inde
C’est la saison sèche. La route de New Delhi à Moradabad n’est que poussière et chaleur. Dans le cours presque desséché du Gange, des milliers d’hommes et de femmes, venus à pied, s’installent et creusent de larges tranchées dans le lit du fleuve, bâtissent des maisons en terre et, dans ces jardins saisonniers, cultivent des légumes qu’ils vendent à la ville. Assis dans un fauteuil, à l’ombre, un homme indolent et vêtu de blanc, me dit en montrant de loin les fourmis humaines « They make a very good living ». Quand la mousson apporte les premières pluies, au mois de juin, le fleuve se reconstitue, parfois en quelques heures, et emporte les champs, les tranchées, les maisons. Les paysans repartent à pied jusqu’à leurs montagnes du nord. Depuis combien de temps cela dure-t-il ? Je ne sais pas. Ils reviendront l’année prochaine.
Fils de dieu

Photo/Gilles Dallière,Samode Palace, Inde 2008
Chaque fois qu’en Inde on laisse une personne, on a l’impression d’abandonner un moribond qui va se noyer au milieu des épaves d’un naufrage. On ne peut pas résister longtemps à cette situation, désormais, toute la route de l’Inde derrière moi est semée de naufragés qui ne me tendaient même plus la main. Rajkumar m’a touché plus que les autres parce qu’il était heureux de me protéger partout. Un bonheur qui, à ce moment, sous la lumière aux scintillements lugubres du Samode Palace, me semble insoutenable. Je n’ai rien tenté et aujourd’hui je trouve ma réaction absurde. Il était toujours là, au milieu d’un groupe de gueux et de vagabonds, frais et innocent, avec son sourire pénétrant et radieux, comme si la faim, le sommeil, la maladie, la corruption, l’horreur, n’existaient pas et n’avaient aucune prise sur lui. Il approche et il aurait suffi de lui dire « on y va » et il serait accouru comme il le fit en effet , pour se faufiler au volant de la grosse ambassador blanche, confiant et joyeux, en me regardant de temps à autre, dans le rétroviseur, avec ses yeux qui faisaient rayonner un sourire disponible, blanc, doux comme un flash de miel.
L’odeur de l’Inde
Photo/Gilles Dallière/Varanasi, Inde, 2008
Selon toute hypothèse, au départ, le caractère intouchable doit avoir une signification hygiénique. Il suffit d’aller en bateau sur le Gange pour constater ce que sont devenues ces ablutions. Dans l’eau du Gange, on plonge les cadavres avant de les brûler, dans l’eau du Gange, on jette non brûlés mais alourdis de deux dalles, les saints, les varioleux et les lépreux, dans l’eau du Gange, flottent tous les immondices et charognes d’une ville qui pratiquement est un lazaret, puisque les gens viennent y mourir. Et dans ces eaux on voit des centaines de personnes qui se lavent avec soin, en s’y plongeant benoîtement.
La ville de la victoire

Photo/Gilles Dallière, Fatehpur Sikri, Inde
« Les années, comme les fleurs, se fanent et leur souvenir, comme un parfum, s’efface ».
La dernière visite de chantier

Photo/Gilles Dallière/Musée des Arts Décoratifs, 2006
Franchir les portes closes de ce musée encore en travaux, il va bientôt réouvrir, gagner la confiance des gardiens du temple, se faire accepter dans leur intimité, une longue mise à l’épreuve imposée à l’étranger que je suis, au capteur d’images procédant à un repérage des lieux. Je me perds dans les couloirs, les escaliers loin de ces rendez-vous savamment organisés, ces errances quotidiennes qui vont faire qu’ici la première grande soirée sera bel et bien mise en scène par moi. J’en étais fier.
Itaparica, mon amour

Photo/Gilles Dallière/Itaparica au large de Salvador de Bahia, 2012
Il s’agit, évidemment, d’une disproportion presque inhumaine dans les rapports avec la réalité. Dans ces villages construits avec n’importe quoi au milieux des disettes et des épidémies, cette ile nous à enchantée puis traumatisée. Les gens s’enferment dans la vie familiale à laquelle ils donnent une importance absolue : pleins d’enfants, ils en cultivent la douceur, leur douceur mise à l’épreuve se perpétue dans la douceur tendre de leurs enfants et le cercle se referme ainsi, non sans bassesse ni sans égoïsme. Ce cliché reste un souvenir sympathique, il est certain que nous avons très mal manger mais ces trois adolescents étaient très drôles et franchement si vous observez la position du garçon, vous allez vite comprendre qu’il était encore plus féminin que ses soeurs.

