Tu es étrange…

Le buste du docteur Pitchal, cimetière de Montmartre, Paris, gildalliere, 2020

Dans la chanson « Romantica »,Dalila chante « tu es étrange, tu n’en laisses rien paraître, et nul ne peut te connaître. Tu es étrange, jamais tes yeux ne s’enflamment, mais j’ai deviné ton âme. Est-ce la ton secret, mais je le reconnais, tous mes rêves sont fait à ton image c’est vrai … »
À travers les mailles de toutes ces trames successives, il y a de temps en temps d’étranges insufflations, ou infiltrations, et tout à coup, on dirait que le corps débarque pour quelques secondes dans un monde où toutes les lois semblent s’effriter. Où toutes ces choses qui semblaient si implacables, tout à coup, étaient dissoutes dans ce regard concave qui nous poursuit. Quelque chose de plus fort que la loi de la maladie ou de la mort, pour qui tout cela est une illusion. Au cimetière de Montmartre, cette sculpture étrange, ce regard qui fait face à la tombe de Dalida, c’est celui du docteur Guy Pitchal, son psychologue.

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Tu es étrange…

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La vitrine…

Confinement, rue Danrémont, Paris, gildalliere, 2020

Dans la solitude du confinement, il y a une géométrie insoupçonnée dans le désordre quand tout devient immobile. Une équation sidérante de grâce dans l’orgasme au moment où tout meurt en étoile et même dans la rage, même là, dans la violence primaire de l’acte le plus arbitraire, une généalogie mystérieuse est à l’œuvre. Nous sommes tous des danseurs étoiles du vide.

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La vitrine…

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Est-ce donc ça la vie ?

Télé travail, Paris, rue Darwin, gildalliere, 2020

Entre les clics et les hics, le jour baisse. Derrière la vitre dépolie elle est seule. sait-elle que les États Unis ont un nouveau président ?pas encore, elle est seule de cette solitude intérieure que l’on ressent parfois même en présence des autres. Elle s’est fait avaler par le grand spectacle de la pandémie, l’état d’urgence sanitaire, le télétravail, les gestes barrières, l’oppressante répétition des statistiques mortuaires. Sa vie est ralentie.
Ce qui est merveilleux, c’est qu’en ralentissant on devrait parvenir à mieux apprécier de vivre et à s’intéresser à autre chose qu’à nous-mêmes, jusqu’à se faire avaler par le grand spectacle du monde avec les arbres, les sentiments, tout ce qui vibre en ce moment autour de nous dont le retour de la démocratie en Amérique. Mais pour mesurer une pareille ardeur, il faut savoir ralentir.

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L’obscurité du jour…

Le Consulat confiné, 18 rue Norvin, Montmatre, Paris, gildalliere, 2020

Je suis sorti, promenade autorisée d’une heure sur la butte Montmartre. À l’angle de la rue des Saules et de la rue Norvins, Le Consulat est fermé. Le rouge empire de sa façade s’est éteint. Rien ne s’échappe de cette lumière, pas même les chaises bistrot empilées qui cherchent jour après jour la meute des touristes qui montent au village. Toute l’obscurité est dans le jour où tant bien que mal il faut s’orienter. Un détail, ce détail, c’est ici le seul point de passage.

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L’obscurité du jour…

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Confinées…

Le confinement des chaises du jardin des Tuileries, Paris, gildalliere, 2020

Oui c’est déjà le crépuscule, il n’est pourtant que 17h30. Dans l’angle mort de l’Orangerie, les chaises des Tuileries ont enrobé la beauté d’une lumière sournoise qui éteint le présent. Devant cet amoncellement organisé, le jardin envahi de feuilles mortes, d’entrelacs de branches, de rhizomes en volutes, de tiges de dahlias et de chrysanthèmes roses, noue un filet maillé si serré que bientôt il me suffoque. Je suis hypnotisé par cette vibration rageuse de ces chaises vertes, entassées…confinées.

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Confinées…

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Précieux…

Luxes, exposition, MAD, miroir Nid, Hervé Van der Straeten, robe du soir Grès, haute couture printemps-été 1976, jersey de soie drapé de Racine, Paris, gildalliere, 2020

Au MAD, « LUXES » est associé à l’histoire de l’art depuis l’antiquité. La simplicité de cette installation sensibilise le spectateur aux dimensions de l’espace. Entre le miroir « Nid » d’Hervé Van Der Straeten et la robe du soir haute couture de Grès, entre le trésor argenté de Boscoreale et l’or de la paire de boucles d’oreilles Kwoteneye Kange, ils ont raclé les murs, installé des parois nettes de toute moulure, supprimé le mot fouillis du vocabulaire. Les bijoux, les accessoires, l’art de la table, la décoration, les chinoiseries, l’ornementation, l’esprit art décoratif, le mobilier, le voyage, la mode, et le design, s’assemblent en groupe régis par la règle des proportions. L’accumulation a cédé la place à des ombres sans ombre, des surfaces calmes, des lumières choisies, venues redonner aux objets la grâce du mot précieux.

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Précieux…

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La plage des bains militaires

Le plongeoir, aube, Nice, gildalliere, 2020

Il n’existe peut-être pas de lieu au monde qui convienne mieux à la photographie que la mer, ainsi que son exact contraire, le désert. Même si la photo est limitée par le plongeoir de la plage des bains militaires, la mer est toujours plus vaste que l’image. Elle est comme une religion. Je ne mets rien en scène. J’observe : l’écume d’une vague sur le rocher, le vent qui souffle plus ou moins fort, l’homme qui rame sur son paddle autour de la balise, l’accord des tonalités des couleurs pastel et la mer qui s’ouvre devant moi, pour moi. Et de nouveau le vide se fait immense.

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Extravertis…

Les extravertis d’Eric Raffy, villa Alfonsa, le Dramont, Saint-Raphaël, gildalliere, 2020

À la villa Alfonsa, Éric Raffy s’est lancé dans une exploration visuelle autour de la transsexualité. D’immenses portraits colorés expérimentent l’outrance et la sensualité. Dans leurs yeux exagérés, sur leurs bouches pulpeuses, des poussières de bleu, de rose, d’orange, de jaune, s’accrochent au gris bleuté du mur. Ces hommes suspicieux apparaissent et disparaissent selon leurs humeurs. Ils égrènent les noms des visiteurs qu’ils voient passer. Près du bureau, ceux tombés du cadre colmatent de leur salive les fissures du temps. Leurs silences tassent les meubles dessinés par l’architecte designer avec élégance. Celui-ci m’observe à travers le claustra, il m’appelle dans un bruit de toile froissée, tête posée sur le désert d’un châssis vierge, le soleil couchant le colore en rouge et au moment de partir, je lui promets de revenir. Merci mes amis.

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Riviera au naturel…

Entrée de la villa Alfonsa, réflection, gildalliere, 2020

En toile de fond Sandrine et Éric Raffy. À l’origine, la Villa Alfonsa, posée sur les hauteurs de la plage du Dramont face aux lacs des Carriers et à l’île d’Or. Au commencement, des projets d’architecture, du design, une famille recomposée, des souvenirs qui s’étirent au fil du temps qui passe. À l’arrivée, le rêve moderne d’une Méditerranée méritée. En conclusion, trois appartements et une maison privée, un décor où les gris glacés de vert de Nadine dessinent mille et une perspectives d’une richesse infinie. Les portraits fantasmés d’Éric, conscients de leurs élégances citadines « ex-travesties » que caressent amoureusement les réflexions des miroirs anonymes et des jeux de lumière. In fine, un clic, une réservation, un bol d’air et le confort d’une maison d’hôtes emportée par une soif de création qui n’a pas de frontière.

location-appartement-dramont.com

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Le beau est partout…

Escalier du musée national Fernand Leger, Biot, architecte, André Svetchine, gildalliere, 2020

Le transport des forces s’installe au musée Fernand Léger. L’image s’organise au niveau supérieur autour de la volée de l’escalier dessinée par l’architecte André Svetchine. Il souligne les marques du temps sur la pierre dure et sèche. Les formes prennent place, leurs fréquences s’ajustent entre-elles et tissent d’étranges correspondances avec la rigueur graphique et complexe des lignes de force du peintre. Au-dessus, le bleu légèrement perlé du ciel recouvre tout. Le silence glisse, le noir de la rampe luit, les nuages se chargent, Gilbert & George se tiennent debout devant « Les constructeurs », tableau emblématique de Fernand Léger, ils font face à l’étrange, au merveilleux, à l’inexplicable œuvre monumentale « Class War, Militant, Gateway » qu’ils exposent. Il se met à pleuvoir des trombes d’eau.

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Le beau est partout…

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