Est-il nécessaire de trouver une raison de vivre avant de vivre ?

La cage d’escalier des appartements privés de l’hôtel Nissim de Camondo, Paris, gildalliere, 2020

La lumière de l’année à venir passe à peine par le chat de la cage d’escalier de l’année 2020. Mais demain soir c’est le réveillon de tous les dangers. Six, sept, huit, quinze, trente, qui se croient au-dessus des lois à dépasser la jauge d’invités autorisés pour le réveillon du nouvel an ? Ben faut vivre non ? Et la culture, comment elle va ? Ce soir je pense à ce couturier visionnaire que j’ai bien connu. Pierre Cardin nous a quitté ce 29 décembre, à l’âge de 98 ans. Quelle vie, quel talent. Il était un des cinq français les plus connus au monde. Il a enchaîné les inventions futuristes, lancé la première ligne de vêtements pour homme, un homme d’affaires touche-à-tout et un franc-parler qui était le sien. « J’appartiens à l’époque des zazous, des hippies, de Saint-Germain-des-Prés, du temps de Beauvoir, de Sartre et de Gréco. Je suis un dinosaure, et pourtant, le plus ancien couturier aux commandes de sa maison ». Et en vérité il est mort fier d’avoir eu raison avant tout le monde.

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Est-il nécessaire de trouver une raison de vivre avant de vivre ?

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Est-ce-que vous savez que vos déchets peuvent devenir des oeuvres d’art ?

La coupole du grand Palais, Paris, gildalliere, 2020

L’année est bientôt terminée. Celle de toutes les distances et malgré le couvre-feu, vous êtes bien résolus à lui faire la fête, alors je vous en supplie arrêtez de balancer tous vos déchets sur les trottoirs, il y a des poubelles pour ça. Et si vous êtes désœuvré, en mal d’amour, où le cul coincé dans l’angle de votre canapé devant une série de Netflix, voir en tête à tête avec votre première peluche, vous pouvez vous inspirer de l’œuvre de l’artiste Franck Scurti. Il réinvente le quotidien au jour le jour en ramassant tous les objets et matériaux que vous balancez négligemment dans les rues. Ses œuvres se constituent de matières dépourvues de valeurs, redéfinies et recomposées comme des rébus dont il est nécessaire de déchiffrer le sens. Emblématique de cette démarche, il a créé une guirlande, « de la maison au studio », à base de lacets noués entre eux et ponctués de petits déchets trouvés au sol. Cette ligne accrochée au clocheton de la nef du Grand Palais mesure 45 mètres. Elle est la réponse en un acte d’un artiste face à l’incivisme, l’irresponsabilité, et à une situation de crise. À vous de suivre…

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Est-ce-que vous savez que vos déchets peuvent devenir des oeuvres d’art ?

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La chute…

Sans titre, Michel BLAZY, 1993/1994, Provenant de la collection / Monnaie de Paris, gildalliere, 2017

Et si, au lieu d’accrocher vos guirlandes au sapin de Noël vous les étaliez au sol après les avoir fabriqués vous-même ! Avec tous les stocks de papier-cul que vous avez acheté au début du confinement, il y a de quoi faire et comme c’est Noël, tout le monde en viendrait à se toucher les boules joyeusement dans une grande symphonie d’orientations sexuelles. C’est l’œuvre de l’artiste Michel Blazy. Sa guirlande occupe tout l’espace droit du Piano Nobile de l’escalier d’honneur de la Monnaie de Paris, exposition en hommage au centre Georges Pompidou. Un courant d’air pourrait faire s’envoler les feuilles de papier Lotus rose mais on s’en fou. Après l’année anxiogène que nous avons passé ensemble à dévaliser les supermarchés il faut finir en beauté. C’est dérisoire, pauvre au possible, fragile, éphémère, mais tellement chic aussi ! Alors à vos rouleaux !

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La chute…

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Au plus près des étoiles…

Jantar Mantar, sur le toit du palais de Mana Mahala, Varanasi, Inde, gildalliere, 2008

Lorsqu’au matin mes yeux se sont ouverts à la lumière, je me suis retrouvé encore plus haut qu’hier sur le toit du palais du maharaja de Jaipur. C’est le Jantar Mantar. Une installation architecturale surdimensionnée de treize instruments astronomiques qui permet d’élaborer des thèmes astraux et de déterminer les dates idéales pour différents événements comme les mariages. J’ai aussitôt senti que je n’étais pas un étranger et que l’inconnaissable sans forme et sans nom m’embrassait. J’ai goûté au miel secret de cette installation qui s’étale au dessus du Gange, sur l’océan de la lumière. J’ai joué sur ces formes infinies et là, face à cet escalier, le Samrat Yantra, j’ai aperçu celui qui est sans forme. Mon corps entier a tressailli.

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À la recherche de la vérité…

Le rickshaw, Varanasi, Inde, gildalliere, 2008

J’ai retrouvé mon chemin. Je ne me suis jamais découragé d’être parti à la recherche de la méditation. Malgré les refus de moins en moins courtois des habitants, la nourriture ignifugée, la tourista en embuscade, les infirmes se traînant sur les trottoirs, les tas d’ordures, les chiens, les odeurs, la circulation assourdissante, les vaches, les singes, les rickshaws édentés, la moiteur écrasante, les guides qui vous traquent, l’Inde quoi, j’ai compris qu’au lieu de chercher ce que je n’ai pas, je dois retrouver ce que je n’ai jamais perdu.

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À la recherche de l’ultime guérison…

Le temple de Kanchi Kamakoti Peetam, Varanasi, Inde, gildalliere, 2008

Tout homme est hindou, par essence, car l’hindouisme est la recherche du bonheur. Ici, il n’y a pas de dieux tristes. Ils symbolisent tous la plénitude. L’hindouisme n’est pas l’enseignement unique d’un prophète ou d’un sage, contrairement au christianisme, où a l’islam, mais la recherche spirituelle de la réalité. L’hindouisme, c’est un océan d’enseignements millénaires, aussi variés que parfois contradictoires, et la meilleure prière est celle du cœur.

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De l’air…

Graffitis, Barriol & Dalliere, Andrézieux-Bouthéon, gildalliere, 2012

Un matin, j’ai glissé à l’intérieur du vide des usines Barriol & Dalliere. Dans cet étrange intervalle, je restais immobile devant ces murs, captivé par la beauté de l’architecture ouvrière, par une soudaine perspective, où les formes et les couleurs vous sourient. Et puis il y avait le dessin de cette tête étrange, homme, femme. Une sorte d’épouvantail, cancrelat de sortilège, poisson-sorcier. Il y avait du vaudou dans l’air. Du coup, cette tête prenait l’aspect menaçant d’un rite. Elle m’a jeté un sort.

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Le marbre attendri de Flore…

Flore, Antoine André, 1676, jardin des Tuileries, Paris, 2020

Que cette femme est jeune et belle ! Comme elle est grande dame en même temps que déesse. Le vent est tombé, les feuilles ne se balancent plus et restent en équilibre sur les branches chargées de soleil couchant, taillées en marquise. La copie de Flore, de la collection Farnèse, sculptée par Antoine André en 1676 s’est avancée jusqu’à l’extrême bord de l’image. Jamais sculpteurs grecs ou romains ne possèdent à ce degré l’art de tailler et d’attendrir le marbre. Dans la lumière ocre de la façade de l’Orangerie, sur fond d’automne confiné, elle nous toise depuis 1798 au jardin des Tuileries. Sa toge ouverte sur la chair blanche de ses cuisses devient noire à l’endroit d’une fente cachée.

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Luxes…

Vase des arts, bronze patiné, argenté et doré d’Albert-Ernest Carrier-Belleuse, Gustave-Joseph Chéret, Léon Mallet pour Christofle & Cie,Paris, musée des Arts décoratifs, gildalliere, 2020

Ici, je ne vous montre que l’ombre de ce grand vase des arts, il est confiné dans la mise en scène millimétrée de l’exposition LUXES au MAD. Exécuté par les sculpteurs Albert-Ernest Carrier-Belleuse et Gustave-Joseph Chéret pour la maison d’orfèvrerie Christofle, il bouscule les repères de la décoration en jouant sur l’ornement. Il fut présenté en 1878 à l’Exposition universelle de Paris puis en 1883 à l’Exposition internationale coloniale d’Amsterdam. Minerve, la déesse des métiers, porte haut les palmes de la victoire. Quatre anses sur lesquelles s’appuient des putti munis des symboles des arts libéraux encadrent une frise de feuilles de chêne et de lauriers, frappés des masques de la gorgone supportés par des chouettes aux ailes déployées. Que du luxe…

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Luxes…

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Le Sacré Coeur de Paris…

Le dôme de la basilique du Sacré Coeur, Montmartre, Paris, gildalliere, 2020

Alexandre Legentil et Hubert Rohault de Fleury, expriment publiquement ce qu’ils nomment un vœu national : la construction à Paris d’une église consacrée au cœur du Christ. Dans l’esprit des deux hommes, les attaques menées contre la religion au cours du dernier siècle, depuis la révolution de 1789 jusqu’à la Commune de Paris en 1871, la défaite contre l’ennemi d’outre-Rhin, le terrible siège de la capitale sont interprétés comme une punition céleste, et il convient de faire œuvre de piété pour obtenir le pardon divin. La basilique sera achevée le 16 octobre 1919. Sa vocation est la prière d’intercession : le Corps du Christ est adoré sans interruption dans le Saint-Sacrement, pour l’église et pour le monde. En l’apercevant, chacun peut se dire : ici, le seigneur est présent. Ici, quelqu’un prie pour moi.

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