TRY TO GET WHAT YOU LOVE OR YOU'LL BE FORCED TO LOVE WHAT YOU GET
Archives de Catégorie: Clichés/design
Les nuances du bleu…
Les drapeaux-miroirs des frères Bourouroullec, Bourse de Commerce, collection Pinault, Paris, gildalliere, 2021
Par la fenêtre, à travers les stores de la nouvelle Bourse de Commerce, trois grands drapeaux iridescents, conçus par Ronan et Erwan Bouroullec, reflètent en brulant l’infini les nuances du ciel de Paris. Entre celui qui claque et celui qui s’affole, je m’éternise comme celui qui rêve, et mes yeux se remplissent de froissements argentés. Heureux, j’emporte seul ce que je laisse.
Réflexion,ouverture, Bourse de Commerce Pinault collection, Paris, gildalliere, 2021
L’architecte Tadao Ando, accompagné de l’agence NeM, Lucie Niney et Thibault Marca, et de Pierre -Antoine Gatier, ont transformé cet édifice historique en musée d’art contemporain. Bien-sûr il y a la rotonde avec sa feuille de béton enroulée au cœur de l’histoire qui tourne et tourne encore pour mettre en lumière la liberté, la diversité, l’équilibre, la vanité, l’humour, la passion, la revendication, la radicalité de la collection Pinault. Par ce geste minimaliste d’une élégance extrême, j’ai choisi de photographier la lumière de l’ombre, les perspectives, évité le travail extraordinaire de l’artiste Urs Fischer sous la coupole . Je me suis posé sur les réflexions, les transparences et l’opacité de la nouvelle Bourse de Commerce Pinault collection.
Les Deux Plateaux, colonnes de Buren, cour d’honneur du Palais Royal, Paris, gildalliere, 2021
La cour d’honneur du Palais Royal vide. Les Deux Plateaux, l’œuvre de Buren enfin paisible. Voilà une chose bien rare et cela se produit aussi avec les architectures. Il y a les architectures royales, celles qui ont fait l’histoire antique, royale, de l’architecture. Il y a aussi les architectures royales d’aujourd’hui, grandes, sophistiquées, précieuses, précédées d’élaborations technologiques, compliquées, hermétiques. Puis il y a les maisons, les murs, les grilles, les escaliers et les perrons, les fenêtres et les fenestrons, les sols, l’architecture sans histoire et il y a aussi le silence du vide.
Enfin, la joconde, chez Mathias, Paris, gildalliere, 2007
Ils sortent enfin de leur réserve. Prêts, nos musées ? Après deux cents jours portes closes, ils le sont plus que jamais. Avec du gel, des masques, une jauge de réouverture abaissée, et peut-être même un sens de visite qui empêche les marches arrière et des billets horodatés. Mais qu’importe ! On va cesser de se bousculer pour admirer la Joconde et c’est bien.
DIOR : bâche trompe-l’oeil sur l’immeuble historique de l’avenue Montaigne, Paris, gildalliere, 2021
Le monde du luxe est une façade en trompe-l’œil. Des aplats gris Christian Dior, juxtaposés à des fenêtres argentées, cèdent la place à des plans qui s’entrechoquent et se chevauchent, devenant translucides dans le ciel tourmenté de ce mois de mai. Réflexion solaire où les formes sont brisées, comme si on regardait la maison de couture de l’avenue Montaigne à travers un prisme. La bâche procède au décorticage de l’immeuble parisien afin de rendre apparente son armature et d’arriver ainsi au plus près de sa structure. Alors, ce qui n’y apparaît pas, se découvre.
Le soleil entre dans la chambre. Sous les rideaux entrouverts, tout au long du mur, la lumière découpe des surfaces, trace des contours brûlants sur le parquet. Malgré quelques taches de clarté, très vives par endroits, la pièce, tout immobile reste baignée dans un marais d’obscurité. Autour de la suspension, des particules de poussière brillent dans un rayon oblique. Les vitres scintillent, les plantes vertes resplendissent.
Détail de la cuisine, design, Belgique, Boxy, gildalliere, 2012
Dans la cuisine, autour de la table de Maarten van Severen, je regarde la dame blanche fondre devant moi. Je regarde fondre imperceptiblement la vanille sous la nappe de chocolat brûlant. Je regarde la boule encore exactement ronde un instant plus tôt qui ruisselle lentement en filets réguliers blancs et bruns métissés. Je regarde le mouvement immobile, les yeux fixés sur la soucoupe blanche posée sur la crédence de Jean Prouvé. Je ne bouge pas. Les mains figées sur la table, j’essaye de toutes mes forces de garder l’immobilité, de la retenir, mais je sens bien que, sur mon corps aussi, le mouvement s’écroule.
« Lorsque j’ai commencé à passer mes après-midi dans la salle de bain, je ne comptais pas m’y installer ; non, je coulais là des heures agréables, méditant dans la baignoire, parfois habillé, tantôt nu. Edmondsson, qui se plaisait à mon chevet, me trouvait plus serein ; il m’arrivait de plaisanter, nous riions. Je parlais avec de grands gestes, estimant que les baignoires les plus pratiques étaient celles à bords parallèles, avec dossier incliné, et un fond droit qui dispense l’usager de l’emploi du butoir cale-pieds. »… La salle de bain de Jean-Philippe Toussaint.
Danser les ombres, cimetière de Montmatre, Paris, gildalliere, 2021
Elle est là. Je passe toujours devant elle dans le cimetière de Montmartre du côté de Dalida. Elle ne s’appelle pas, il y a juste la profondeur de la mort. Les épreuves du temps l’ont forcée, l’ont enlevée à l’existence qu’elle avait espérée, mais elles ne lui font pas baisser les yeux. Elle est là, devant moi, au soleil traversant, sans plainte. Elle est belle dans la lumière du passé filtré par les errances d’aujourd’hui.
Mouvement Art Déco, escalier de l’hôtel Martel, rue Mallet-Stevens, Paris, Robert Mallet-Stevens (1927). gildalliere, 2010
Ici tout est dans l’espace et le mouvement. C’est un endroit où le regard se réfléchit lui-même à l’intérieur de la vue, de telle sorte que l’architecture y reste prise. Entre 1926 et 1927, Robert Mallet-Stevens sculpte l’espace et le silence. En construisant la villa-atelier des frères Martel, il nargue les architectes et les décorateurs de l’époque dont la mission n’a jamais été que de remplir. L’escalier apparaît dans ce qu’il élimine. Il va chercher la lumière vers un ciel qui semble plus clair qu’ailleurs. Elle s’empare de lui, le possède, l’apaise. Elle enveloppe la cage que la main courante s’approprie en la vidant.