TRY TO GET WHAT YOU LOVE OR YOU'LL BE FORCED TO LOVE WHAT YOU GET
Archives de Catégorie: Clichés/architecture
À la recherche de la culture…
Les arènes de Montmartre, Paris, gildalliere, 2021
Théâtre des années noires, la métamorphose de l’ombre et de la lumière convenue pour évoquer ces années de guerre et d’occupation en France, sied particulièrement aux arènes de Montmartre. À l’origine, elles furent créées par une association de quartier nommée « les P’tits Poulbots » en 1941. Cette dernière avait pour objectif de venir en aide aux enfants en difficulté du quartier. Très librement inspirées des arènes de l’antiquité, elles me font toujours voyager dans le temps. Si ce lieu montmartrois est peu connu, c’est qu’il est accessible seulement lors d’événements culturels. Aujourd’hui il n’y a plus de culture.
Méditation à la Schwedagon, Yangoon, Birmanie, Nyanmar, gildalliere, 2005
Au pied de la schwedagon, immense pyramide en forme de cloche, il y a de l’or partout ; auprès et au loin, de l’or se détachant sur de l’or. Tout autour se groupent en cercle une multitude de choses aussi follement dorées et aussi pointues, qui toutes s’amincissent en flèches dans l’air. On dirait presque des bosquets de longs ifs d’or ; mais ce sont des pagodes d’un luxe inouï, entièrement brillantes depuis le faîte des clochetons jusqu’au sol. Les birmans, en adoration souriante, avec des gardénias plein les mains, font lentement le tour de cet amas de joailleries, par une voie circulaire qui, du côté extérieur, est bordée d’autres pagodes aussi toutes en or, et qui est close au-delà, un peu sombrement, par l’épais rideau vert des feuillages, par les grandes palmes et les éventails du bois. Sous le ciel vert du soir où s’effilent des petits nuages couleur de braise rouge, la robe pourpre des bonzes s’incline dans l’attente de jours meilleurs.
Le vélo birman, Birmanie, Nyanmar, Bagan, gildalliere, 2005
L’immobilité des choses n’est que pure apparence. Et si la mémoire est nécessaire pour donner du sens aux choses que je perçois, la force de cette composition réside dans un état d’équilibre miné par l’inquiétude. J’ai voulu montrer que la simplicité n’a pas de permanence, qu’elle est l’éclosion sans cesse recommencée des apparences. Ces murs se voilent d’un jus coloré inadéquat en ce sens que le ton choisi n’a aucun rapport avec le lieu évoqué. Ce vélo, ce banc, ces ouvertures d’où personne ne nous regarde, évoquent le « délavement » dû au ruissellement de la pluie pendant la mousson. Mais ils sont aussi comme des miroirs à longue mémoire à force d’absorber tant de regards distraits, résonné de tant de cris, de soupirs et de conversations. Cette image à hérité d’une âme.
Au détour de la Pagode Shwezigon, Bagan, Birmanie, Nyanmar, gildalliere, 2005
Autour du temple, j’ai copié tes yeux, ton sourire, ta grâce, ton élégance. Ton bébé, comme un petit chat surpris, s’échappe de ton ombre. Il est midi. C’est l’heure où les oiseaux font la sieste dans les arbres. C’est l’heure où les insectes déchirent le bord de chaque nouveau silence avec leurs bourdonnements. Les bonzes dans la pagode sortent un à un et la brise de l’air fait un écho à leur méditation. Le vent, couleur turquoise, penche la tête et le jardin s’incline dans un parfum de fleurs.
Regard sur la Pagode Shwezigon, Bagan, Birmanie, Nyanmar, gildalliere, 2005
Tout est là, pêle-mêle, hier il y a eu environ 38 morts et des milliers de blessés en Birmanie. Situé à l’orée du village de Nyaung Oo, la pagode Shwezigon, couverte d’or, est le principal temple de Bagan. Je me suis assis, sans faire de bruit, derrière un vieux moine. Son ombre s’écaille sur le mur. Et tandis que je regarde tout cet or, la peur me saisit. Ces montagnes de métal scintillant m’environnent de tous côtés comme un sourire militaire, terrifiant, dur, silencieux, qui ne change ni ne bouge si bien que mon corps se met à trembler. Cet or n’a pas besoin de la lumière, ni du ciel. Il ne désire même pas la vie. Dans ces éternelles ténèbres, il demeure dur et brillant pour toujours. Je veux sortir de cette prison dorée. Je veux la lumière et le ciel. Je veux la liberté.
De l’ombre à la lumière, temple de Thatbyinnu, Bagan, Birmanie, Myanmar, gildalliere, 2005
Comme je m’endormais dans l’ombre des couloirs du temple Thatbyinnyu, le bouddha m’a prêté sa lumière. Son visage, blanc de tant de nuit, comme la lune quand elle est ronde, se tourne vers moi. Il me surveille du coin de l’œil. Je presse le pas entre les étages avec plusieurs ombres à mes pieds, nus. Je ne sais malheureusement pas laquelle suivre. Les carreaux de ciment, glacés, jettent sur les traverses leurs motifs par abondance, et l’odeur de l’encens se répand plus clair au fur et à mesure que je glisse. Le grand bouddha est au bout du couloir, à mi-chemin de mon amour et de son sourire.
Bouddha de Manuha,Bagan, Birmanie, Myanmar, gildalliere, 2005
Le kitschissime et gigantesque bouddha de Manuha est serré dans ses murs, coincé. Il rêve, les yeux grand ouverts, de s’évader entre les deux pages d’un livre, sur tant de feuilles déjà noircies, et sur ces feuilles toutes blanches qui ne seront jamais écrites que dans les songes d’un roi, dernier souverain du royaume de Thaton, monté sur le trône entre 1030 et 1057. À l’heure où les matins diaphanes se déplient, il faut monter haut, très haut dans le temple pour apercevoir par la fenêtre de sa chambre, son sourire et sa lumière comme de l’or sur ses paupières roses. S’il pense, je l’entends. S’il bouge, mon cœur bat. S’il parle, je respire l’air qui entoure sa poitrine, et si seulement il me touche, je deviens transparent.
Le bouddha rouge, Bagan, Birmanie, Myanmar, gildalliere, 2005
Se perdre dans une pagode birmane, c’est se perdre vraiment, ne plus du tout savoir où l’on est, se retrouver bloqué par un mur et s’agacer, ne plus retrouver son chemin et se désespérer. Heureusement il y a la lumière. Au bout de la nuit, il est là, assis en lotus, la main droite posée au sol, la main gauche, paume vers le ciel, contre son abdomen. Les épaules tombent naturellement, comme effacées et rejetées en arrière. La pointe de la langue touche le palais. Sous sa couronne d’or, son regard se pose de lui-même à environ un mètre de distance. Il est en fait porté vers l’intérieur. Les yeux, mis-clos, ne regardent rien, même si, intuitivement, il voit tout.
En Birmanie, il y a du matin au soir, autour des temples, la vénération rituelle. On dénigre beaucoup le rituel de nos jours, en particulier les gens les plus intelligents, je devrais peut-être dire les plus intellectuels. Mais c’est une façon d’élever le niveau de conscience et qui a fait ses preuves. Le seul fait d’offrir quelques fleurs ou d’allumer une bougie en face d’une statue ou d’une image modifie mon esprit, et je suis parfois surpris de voir l’étendue du changement. Je peux lire beaucoup de livres sur la vie spirituelle, je peux même avoir essayé de méditer, et peut-être réussi, mais je trouve que le simple accomplissement d’une action rituelle symbolique quand elle est chargée de sens, m’aide beaucoup.
Le marché Bogyoke Aung San, Yangon, Birmanie, gildalliere, 2005
Le marché Bogoyke Aung San, construit par les britanniques en 1926, est connu pour son architecture coloniale et ses ruelles intérieures pavées. Toutes les modes les plus sensationnelles d’Asie s’y étalent. Des femmes kachins sont vêtues de sarraus chinois, une spirale argentée en borde l’encolure avec élégance. Des palaungs enturbannées mâchent le bétel à longueur de journée jusqu’à se marquer les dents et les lèvres de traces indélébiles. Les taungthus sont habillées de chemises vagues bleues indigo. Les shans minces ont un genre plus recherché et dans la foule disparate du marché, elles font figure de grandes bourgeoises. Leurs grands chapeaux champignons les dérobent aux regards jusqu’au moment où elles lèvent les yeux, alors on contemple parfois un visage d’une beauté inouïe. Derrière leurs étalages, de jeunes femmes regardent leurs clients avec l’expression distante et hautaine qu’ont les vendeuses dans les commerces de luxe. Shan, Môn, Karen, Kachin, Chin, Rakhaing, avec huit ethnies nationales et soixante-sept sous-groupes, la Birmanie est une véritable mosaïque ethnique, dont le séjour dans le triangle d’or donne un aperçu immédiat et assez déroutant. Car si les Was ne coupent plus les têtes, les Akhas qu’on rencontre au marché de Kengtung portent toujours leurs coiffes ornées de piastres indochinoises frappées de la mention « République française – 1928 ». Une joie pour les nostalgiques.