L’esprit d’escalier…

Musée du Louvre,Escalier Lefuel, Aile Richelieu, Paris, gildalliere, 2021

Je suis au pied du grand escalier monumental Lefuel. Je monte quelques marches dans la poussière du temps. C’est une des réalisations les plus emblématiques de l’architecture du XIXe siècle. Il fut édifié entre 1852 et 1858 dans l’aile nord des bâtiments du Nouveau Louvre, appelée désormais aile Richelieu. Par les oculus du haut, tombe un jour pâle dont le faisceau oblique désigne la double volée de pierre blanche richement décorée de multiples sculptures. Il est bon qu’avant de monter cette suite de marches, je puisse donner un peu plus d’élégance à ma démarche.

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L’esprit d’escalier…

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Victoire…

Victoire de Samothrace, Musée du Louvre, gildalliere, 2021

Ah ! Victoire, si sans regards, sans voix, sans pieds, sans bras, tu pouvais m’aimer !
Il y a une symphonie de sensations chez toi qui me fait rêver. Offre à mes tourments ton refuge à cette heure maritime où les proies sont assaillies, où la terreur des captifs vire à la folie. À t’observer, il y a de l’admiration, des navires, des nuages, la mer Égée, le ciel grec, la brise, le vent, la latitude, la longitude, l’île de Rhodes, et Samothrace. C’est qu’au marbre de Paros où le cœur du monde antique vibre, toi, tu as des ailes.

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Victoire…

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Pomone et Cérès…

Pomone et Cérès sur le balcon de la cour Puget, Musée du Louvre, Paris, gildalliere, 2021

C’est peut-être ça un chef-d’œuvre : le balcon de la cour Puget, Pomone et Cérès posées sur leur piédestal, altières, couronnées de lauriers et de fleurs d’été. Elles surgissent tranquillement, les bras chargés de fruits. J’oublie qu’elles sont de marbre et que le marbre ne marche pas. Du moins le socle explique l’immobilité. Pour les statues comme pour les hommes, un piédestal c’est un petit espace étroit et honorable, avec du vide tout autour qui te donne de l’importance. L’essentiel de la statue, de sa substance, c’est le silence.

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Pomone et Cérès…

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Victoire…

Un escalier pour la victoire de Samothrace, escalier Daru, Musée du Louvre, Paris, gildalliere, 2021

Il y a La Joconde, la Vénus de Milo, et sans bras ni tête, la Victoire de Samothrace. Elle est fascinante. « De la mousseline de pierre » écrivait Champoiseau à Napoléon III. De ce corps svelte et tendu, se dégage un sentiment d’élan et de vitalité exceptionnelle. Qu’importe si les ailes déployées sont clonées, la Victoire, posée en majesté en haut de l’escalier monumental, m’accueille comme un pèlerin à Samothrace, à l’époque où elle était installée en hauteur à flanc de colline. Tout le génie du sculpteur réside là, dans un pouvoir de fascination qui traverse les siècles. 

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Victoire…

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La lumière s’est arrêtée …

Promenade sur la plage de Trouville-sur-Mer, gildalliere, mon été 2021

Hier, aujourd’hui, demain, j’ai beau fixer la mer, la lumière n’est jamais la même. Aujourd’hui, elle efface le fil à l’horizon. La mer est basse, calme, la saison est indéfinie, le temps est lent, le ciel et l’eau occupent l’espace oxydé par une luminosité de bronze. Sur le sable, des surfaces d’eau calme, isolées reflètent des transparences. Une femme marche dans les flaques d’un pas égal. Elle ne regarde rien d’autre que le sable devant elle.

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La lumière s’est arrêtée …

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Toutes lLignes confondues…

Les pieux noirs, plage de Trouville-sur-Mer, gildalliere, mon été 2021

Il y a toujours une journée, dans la vie d’une femme ou d’un homme, pour recueillir la beauté du monde. Très tôt, le matin, je fixe les pieux noirs plantés dans la mer, longtemps, jusqu’à ce que je ne les vois plus. Ce matin j’ai regardé la ligne grise de la Manche où prend appui le ciel. La terre tient les nuages dans ses mains, une nuée bleutée qui remplit de lumière le sable comme une aquarelle sur un papier vélin.

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Toutes lignes confondues…

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La saison menteuse…

Les roches noires à marée basse, Trouville-sur-Mer, gildalliere, mon été 2021

Le jour ne s’est pas levé de la journée. On ne sait pas si c’est encore l’été ou la fin de l’automne. Pourtant ça fait vingt ans que l’on parle du réchauffement climatique, vingt ans qu’on ne fait rien, qu’il ne se passe rien , ou du moins qu’une saison menteuse et sans nom s’est infiltrée entre deux. Elle est apparue, indécise, sur la plage vide, au milieu des roches noires. Au fond, sur la ligne de la marée basse, il y a quand même deux personnages qui se promènent pieds nus dans le bleu laiteux de la mer. Ils marchent vers le large, vers Le Havre. Derrière eux, la nouvelle saison, le silence et le vide.

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Clair obscur …

Ombre portée, les cabines de Trouville-sur-Mer, gildalliere, mon été 2021, 2017

La beauté se réalise par la structure elle même, par l’harmonie des proportions, par celle des pleins et des vides, des ombres et des lumières. Une affirmation des volumes s’allie à une simplicité qui n’est pas toujours exempte de sécheresse, mais qui est rarement sans grandeur. Le clair obscur enlace la géométrie des années 1936. Le soleil brille enfin. Chaud devant, je respire. À deux pas du chemin des planches, les murs ont la couleur du sable fin. Une ligne colorée, bleue, dynamique, mouvante, encadre les cabines. J’ai ouvert les portes et les hublots sur la plage, et laissé entrer l’air et le soleil.

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Clair obscur …

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L’été fout le camp…

la multipropriété de la plage et de la mer de Trouville, Trouville-sur-Mer, Les cabines, gildalliere, mon été 2021

La mer est grise, les coquillages que la marée a déposé sont inconsolables ; ils se taisent, coquilles ouvertes, devant les vagues qui vont à reculons. Je suis là, sur les planches, je regarde venir l’homme qui promène son chien. La marée fiche le camp, toute la plage est épuisée, et le sable est trempé à perte de vue. Je regarde l’autre rive, au loin, les cheminées et les grues du port pétrolier du Havre. Le ciel est gris broyé de blanc, l’air est immobile. Sommes-nous en plein été ? 

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L’été fout le camp…

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Un matin d’architecture…

Entrée des cabines de Trouville-sur-Mer, gildalliere, mon été 2021

Vous avez fait tout cela comme si ce n’était rien. Les colonnes, les ouvertures, toutes ces portes numérotées. Vous avez fait tout cela comme si c’était naturel. Comme si la vie était cela. Ça donne envie de se baigner, de prendre le large, la houle, la mer, emporté comme un grain de sable par les vents et revenir se sécher, se changer, se protéger au fond d’une cabine dont la voûte est bleu ciel.

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Un matin d’architecture…

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