Clichés/expositions

Voir et être vu…Il était une fois…J-2

Nager en eaux troubles, Hossegor, 2014, gildallière - copie

Photo/Gilles Dallière, Hossegor, 2014

Il était une fois… Un roi jaloux de son pouvoir.
Il dirige la vie de ses sujets jusque dans le moindre détail et exige de tous une obéissance aveugle. Pourtant, il n’est pas heureux car il se dit : Ils m’obéissent parce que je suis jeune et fort. Mais quand je ne serai plus qu’un faible vieillard, ils n’auront plus peur et se révolteront.
Alors, pour paraître toujours plus jeune, il se fait teindre les cheveux, se fait masser le visage et le corps avec des pommades, et achète à tous les charlatans de passage des élixirs de jeunesse.
Un jour, il se rend compte que ses plus proches serviteurs ont des rides et des cheveux blancs et il se dit : Ils sont nés en même temps que moi et nous avons grandi ensemble. A quoi me sert de paraître jeune, s’ils peuvent lire sur leur propre visage l’âge que j’ai réellement.
Il fait couper la tête de tous ses serviteurs et fait proclamer cet édit dans tout son royaume : Sa majesté ne veut que des sujets jeunes et vaillants. Les cheveux blancs ont trois jours pour quitter le royaume. Passé ce délai, les vieillards auront la tête tranchée. Mais parce qu’elle est aussi généreuse que puissante, Sa Majesté offre aux fils de racheter les pères : celui qui repêchera le vase d’or tombé au fond du lac sauvera la vie de son père. En cas d’échec, ils mourront tous les deux.
En apprenant l’édit, certains firent fuir leurs pères dans un pays étranger, d’autres les cachèrent, d’autres se présentèrent au palais pour tenter de repêcher le vase d’or. Mais aucun plongeur ne réussit a le ramener et, jour après jour, des dizaines de jeunes gens tombèrent sous la hache du bourreau.
Un jeune garçon vient lui aussi au bord du lac et regarde dans l’eau transparente : le vase brille, posé sur le sable du fond. Il semble qu’il suffit de tendre la main pour le saisir. Pourtant, tous ceux qui plongèrent ce jour-là remontèrent les mains vides et eurent la tête tranchée.
Le garçon tout pensif, rentre chez lui, prend de la nourriture dans un sac et prend le chemin de la montagne. C’est là, au fond d’une grotte, qu’il cache son vieux père pour le protéger du cruel roi. Pendant que l’homme mange, il reste silencieux.
Toi, le plus dévoué des fils, dit le vieil homme, pourquoi es-tu si triste ? Peut-être es-tu las de faire chaque jour tout ce chemin pour me nourrir ?
Non, père, s’écrie le garçon. Je peux parcourir trois fois cette distance, pourvu que tu sois en sécurité. Mais je pense à ce vase, au fond du lac. On le voit mais on ne peut l’attraper. Pourquoi ?
Le père réfléchit un moment puis demande, y a-t-il un arbre sur la berge à l’endroit où l’on voit le vase ?
Oui père », dit le garçon. Et ses branches se reflètent dans l’eau ? Bien sûr, répond le garçon.
Si tu veux saisir les branches de l’arbre, tu n’essais pas de les attraper dans l’eau, n’est-ce pas ? Eh, bien, c’est la même chose pour le vase ! En réalité il est dans l’arbre et ce que les plongeurs essayent de ramener , ce n’est qu’un reflet.
Le garçon embrasse son père, rentre chez lui et, le lendemain, à la première heure, il se présente au palais pour tenter l’épreuve. Devant les assistants stupéfaits, il grimpe dans l’arbre et décroche le vase.
Porté en triomphe par le foule, le garçon se présente devant le roi, le vase sous le bras. Comment as-tu deviné que le vase était dans l’arbre ? demande le roi, bien étonné.
Ce n’est pas moi qui ai eu cette idée, c’est mon père ; il est caché dans la montagne pour être à l’abri de tes soldats.
Le roi reste songeur. Il se dit : Plus de cent garçons se sont précipités tête la première dans le lac, sans deviner la ruse et ce vieillard au loin dans la montagne a tout compris.
Peut-être que les hommes âgés sont plus sages que les jeunes.
Le roi donne l’ordre d’annuler le décret et depuis, dans ce pays, tout le monde respecte les hommes aux cheveux blancs.

La galerie des photographes
56 rue de la Rochefoucauld
75009 Paris

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Voir et être vu : Repérage des lieux, J-3

Voir et être vu : Repérage des lieux, J-3

Le monde apparaît, mais il n'est pas là, Milan, Italie, 2005, gildallière - copie
Photo/Gilles Dallière, Milan, 2005

Au bout de la nuit, sous la pluie, le silence me trouble. Je suis en reportage, l’appartement est bien là. Il faut franchir les portes closes, gagner la confiance des gardiens du temple, se faire accepter dans leur intimité ; une longue mise à l’épreuve imposée à l’étranger que je suis. Milan en hiver est si puissante à inspirer les artistes pour faire rêver le monde, tout à coup reine de la mode puis solitaire, reine du design puis repliée, presque maussade dans la brume irréelle d’une pollution dévorante. Sa fierté, sa capacité de vous refuser puis de vous accepter, de vous faire languir, douter et parfois, enfin, de vous aimer.

La galerie des photographes
56 rue de la Rochefoucauld
75009 Paris

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Maison Néoclassique
Photos/Gilles Dallière/Grèce 2015

Nous sommes arrivés samedi dans une jolie maison. Je me suis écroulé sur mon lit après une heure de délibération sur le thème : quelle chambre choisir et je suis à peu près incapable de m’en arracher. Ici, tout est sans couleurs.

Yourgos

Après quelques jours de plage, j’ai eu un unique souhait : être seul au grand air. L’air est délicieux. Éviter de parler. J’ai pensé à ma faculté de faire des photos, avec vénération, comme à quelque chose d’incroyable, appartenant à quelqu’un d’autre, dont plus jamais je ne jouirai moi-même.

Tête complètement vide. Je suis parti, plus lucide, plus léger. Pensé que je pouvais faire autre chose que les autres et cela me ramène au sentiment de ma propre individualité. J’ai marché, sans but jusqu’a cette maison néoclassique abandonnée. Mes sens se réveillent, et il y a comme un processus naturel, prolongé, palpitant et dont on désire inexprimablement voir la fin. Je force cette maison et là j’ai besoin de cinquante paires d’yeux pour bien voir les couleurs. J’ai besoin d’un sens secret, fin comme l’air, qui permette de s’insinuer par les trous de serrure et investir l’espace où seul le silence recueille et conserve précieusement l’âme des gens qui y habitaient. L’été, par les fenêtres, est net et clair, il s’étend sur les champs l’oeil grand ouvert, attentif, et parfaitement indifférent à ce que pouvait faire ou penser qui le regardait. À l’intérieur, la lumière s’incline en adoration devant sa propre image.

Clichés/photos

Le temps passé

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ARCHI POLYCHROMIE

Chandigarh
Photo/Bertrand Limbour

L’événement est incontournable et les fans du Corbusier ne savent plus où donner de la tête !
Pour célébrer les cinquante ans de la disparation de l’architecte, le Centre Pompidou y présente 300 œuvres. Une rétrospective inédite qui permet de relire le travail de l’architecte à travers sa vision du corps humain. Je me suis attardé sur les illustrations de Jean-Philippe Delhomme sur « Les Heures Claires de la Villa Savoye » et j’attends avec beaucoup d’impatience l’exposition dédiée à Chandigarh, présentée à la Cité de l’Architecture à partir du 11 novembre 2016.


Photo/Bertrand Limbour

C’est encore loin et en attendant je vous invite à venir découvrir une toute nouvelle petite galerie : celle de Bertrand Limbour qui relève le défi et pose son regard de photographe tout le mois de juillet, sur les polychromies du maître. Regard concentré sur l’usage de la couleur pure et intense qui redessine les volumes architecturés de ces espaces bétonnés. Un retour au modernisme qui invite à la découverte.

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Photo/Bertrand Limbour

La Galerie des Photographes
56, rue de la Rochefoucauld
75009 Paris
https://www.facebook.com/lagaleriedesphotographes

Clichés/expositions

Archi polychromie

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L’ éphémère évanescence de Byung-Hun Min

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Byung-Hun Min a toujours privilégié le noir et blanc et souvent choisi pour épreuve un format modeste. Il entretient une relation intime avec l’image, en saisit la finesse et les détails. Le papier velouté concoure à la création d’une oeuvre poétique et raffinée tellement proche de l’aquarelle qu’on reste perplexe. Les longs temps de pose ou les prises de vues en lumière atténuée saisissent ce que l’oeil humain ne pourrait appréhender naturellement. l’uniformité des blancs purs est étonnante, elle fourmille de détails qui apaisent le regard. Ce qui ma le plus marqué, c’est la pureté de l’image, Min cherche à restituer ce qu’il a vu. Il en naît une impression d’intemporalité, une homogénéité visuelle surprenante. L’image est impalpable.


La galerie Particulière
16 rue du Perche
75003 Paris
http://www.lagalerieparticuliere.com

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Clichés/expositions

« SEI », la fleur emblème absolu de séduction

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Photo/Yuriko Takagi, Sei
J’ai aimé ce soir les incroyables tirages argentiques réalisés par Yuriko Takagi exposés à la galerie Lazarew. Pour sa nouvelle exposition, « SEI », Yuriko Takagi propose une immersion troublante dans l’intimité des fleurs. 28 clichés de ces caractères qui décrivent toutes les étapes d’une vie jusqu’a la mort. 28 boutons de plantes en devenir, fleurs effeuillées, presque martyrisées pour n’en photographier que le coeur, intime, sensuel, asexué ou sexuel. les photos révèlent une beauté crue presque dérangeante. 28 mots : bleu, mort, monde, correct, contrôle, tranquillité, ouest, sacré, demande, habitat, règle, sincérité, pur, sexe, voeu, force, ordonné, esprit, éveillé, voix, conquête, prospère, trahir, omission, vie, étoile, beau, réalisation.
Un livre sur la série est en vente à la galerie.


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Sei by Yuriko Takagi, published by Editions Xavier Barral, November 2014, Hardcover, 245 x 345 mm, 68 pages, 28 B&W photographs
http://www.exb.fr

Galerie Lazarew Paris
14, rue du Perche
75003 Paris
http://www.galerie-lazarew.fr

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Côme Gilles Dallière

Photo/Gilles Dallière, Lac de Côme 2014

On a l’impression que l’extrémité du lac de Côme du côté de Bellagio est fermée par une enceinte de falaises menaçantes, dont l’aspect vient augmenter encore l’effroi de ces solitudes. Le mat d’un bateau abandonné sur la grève,  une bouée, témoignent seuls que des hommes aventureux ou égarés de leur route sont arrivés jusque-là. La mouette y passe en criant sans chercher une proie. Je marche étonné, me retourne et m’arrête à quelque distance du couvent, comme si je voulais m’assurer de la profondeur du silence. Deux de ces montagnes, remarquables par leur prodigieuse élévation, par la bizarrerie des saillies qu’elles dessinent sur le ciel, par les couleurs vivement tranchées de la rare végétation qui jaillit de leurs crevasses ou couronne leurs sommets, terminent de l’une et de l’autre part ce groupe isolé de la chaîne des Alpes. Quand une noire vapeur se roule comme un voile funèbre à la pointe des pics fracassés, il n’est pas malaisé de distinguer le fantôme appuyé sur un vieux pin à la cime de ses montagnes, et livrant avec joie à la tempête son panache aérien et son plaid de nuages.

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L’homme du lac

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Le pin des Landes

Hossegor 2014 Gilles Dallière
Photo/Gilles Dallière, Hossegor 2014

On ne voit en passant par les Landes désertes,
Vrai Sahara français, poudré de sable blanc,
Surgir de l’herbe sèche et des flaques d’eaux vertes
D’autre arbre que le pin avec sa plaie au flanc ;
Car, pour lui dérober ses larmes de résine,
L’homme, avare bourreau de la création,
Qui ne vit qu’aux dépens de ce qu’il assassine,
Dans son tronc douloureux ouvre un large sillon !

Sans regretter son sang qui coule goutte à goutte,
Le pin verse son baume et sa sève qui bout,
Et se tient toujours droit sur le bord de la route,
Comme un soldat blessé qui veut mourir debout.

Le poète est ainsi dans les Landes du monde ;
Lorsqu’il est sans blessure, il garde son trésor.
Il faut qu’il ait au cœur une entaille profonde
Pour épancher ses vers, divines larmes d’or !

Théophile Gautier (1811-1872), España

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Une image hasardeuse

Assiette, Firminy 2001 Gilles Dallière
Photo/Gilles Dallière, Firminy, 2001
Dans ce monde, nous voyagerons tout le temps sous une lente pluie permanente de très belles étiquettes, une pluie si lourde, si drue, qu’à travers toutes ces étiquettes nous ne pourrons pas même voir ce qu’il y a peut-être de l’autre côté de la vitrine. Pis : ce qu’il y a peut-être de l’autre côté, nous ne voudrons pas même le voir, car nous serons très heureux de ce qu’il y a de ce côté-ci.

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