La libération…

La crémation, Manikarnika Ghat, Varanasi, Inde, gildalliere, 2008

Ce sera la seule photo en noir et blanc de ce voyage qui arrive à sa fin. À Manikarnika ghat, ce qui brûle là, ce sont des corps. Les défunts sont enveloppés dans un tissu safran et doré, posés sur des brancards couverts de fleurs. La crémation et la dispersion des cendres dans le Gange permettent à l’hindou d’atteindre la moshka, la libération, c’est-à-dire de sortir du cycle des réincarnations. Le corps est plongé dans le fleuve, puis arrosé de beurre clarifié, le ghee. Les membres de la famille versent de l’eau dans sa bouche à cinq reprises. Le fils aîné, vêtu de blanc, tête rasée, porte le feu au bûcher et fait éclater le crâne du défunt pour libérer son âme. Maman je suis bien là pour toi. Les étoiles ont ciselé leurs annelets de lumière pour couvrir tes pieds. L’amour émane de toi ; il t’appartient de le donner et de le retenir. Mais ma tristesse est bien à moi, et quand je te l’apporte en offrande, ta grâce me vient en récompense.

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La libération …

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Face à face…

Ganga, Varanasi, Inde, gildalliere, 2008

De la terrasse du palais, après avoir compilé les tables astronomiques, je me suis penché sur le fleuve infini. Tes millénaires d’existence se succèdent pour parfaire un frêle œillet d’Inde offert à Shiva. Ici, c’est ainsi que le temps passe. Dieu prend la forme d’un guru, apparaît à son adorateur, lui enseigne la vérité et qui plus est, purifie son esprit. Pendant ce temps, le fleuve accomplit sa tâche quotidienne, il se hâte vers les rives de la cité sacrée. Face aux crémations, le bois de santal adoucit l’air de son parfum. Sous ton grand ciel, en silence et en solitude, je me tiens devant toi face à face et je plonge dans les eaux vastes de la vie. L’air est impatient de me voir revenir, le vent s’élève, un frisson effleure ton lit. Là, près du gué, dans la petite barque, un homme inconnu joue de son luth.

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Au plus près des étoiles…

Jantar Mantar, sur le toit du palais de Mana Mahala, Varanasi, Inde, gildalliere, 2008

Lorsqu’au matin mes yeux se sont ouverts à la lumière, je me suis retrouvé encore plus haut qu’hier sur le toit du palais du maharaja de Jaipur. C’est le Jantar Mantar. Une installation architecturale surdimensionnée de treize instruments astronomiques qui permet d’élaborer des thèmes astraux et de déterminer les dates idéales pour différents événements comme les mariages. J’ai aussitôt senti que je n’étais pas un étranger et que l’inconnaissable sans forme et sans nom m’embrassait. J’ai goûté au miel secret de cette installation qui s’étale au dessus du Gange, sur l’océan de la lumière. J’ai joué sur ces formes infinies et là, face à cet escalier, le Samrat Yantra, j’ai aperçu celui qui est sans forme. Mon corps entier a tressailli.

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À la recherche de la vérité…

Le rickshaw, Varanasi, Inde, gildalliere, 2008

J’ai retrouvé mon chemin. Je ne me suis jamais découragé d’être parti à la recherche de la méditation. Malgré les refus de moins en moins courtois des habitants, la nourriture ignifugée, la tourista en embuscade, les infirmes se traînant sur les trottoirs, les tas d’ordures, les chiens, les odeurs, la circulation assourdissante, les vaches, les singes, les rickshaws édentés, la moiteur écrasante, les guides qui vous traquent, l’Inde quoi, j’ai compris qu’au lieu de chercher ce que je n’ai pas, je dois retrouver ce que je n’ai jamais perdu.

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Entre ombre et lumière…

Vue sur le Gange, Varanasi, Inde, gildalliere, 2008

Je me suis isolé, très loin de tout et de tous. J’ai pris de la hauteur dans tous les sens du terme pour mieux voir le courant indifférent filer à la lisière d’un banc de sable et d’un amas de verdure. Ça et là quelques barques se laissent bercer par le clapotis cristallin de son cours assombri par la cendre des crémations. Il en brûle près de 30 000 par an et le feu ne s’est jamais éteint depuis que la ville est ville, c’est à dire 3000 ans. Le Gange serpente entre ombre et lumière, et la pâleur des fastes de la cité épuisée ne le trouble guère. Sa richesse ne fait pas tapage, sa pauvreté ne le ternit pas, les deux l’embellissent. Seul, sur cette terre sacrée courent les pas d’un homme pressé de sortir de mon cadrage.

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À la recherche de l’ultime guérison…

Le temple de Kanchi Kamakoti Peetam, Varanasi, Inde, gildalliere, 2008

Tout homme est hindou, par essence, car l’hindouisme est la recherche du bonheur. Ici, il n’y a pas de dieux tristes. Ils symbolisent tous la plénitude. L’hindouisme n’est pas l’enseignement unique d’un prophète ou d’un sage, contrairement au christianisme, où a l’islam, mais la recherche spirituelle de la réalité. L’hindouisme, c’est un océan d’enseignements millénaires, aussi variés que parfois contradictoires, et la meilleure prière est celle du cœur.

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Méditation…

Monastère de Mulagandha Kuti Vihara, Sanarth, près de Varanasi,Inde, gildalliere, 2008

Dans le monastère de Mulagandha Kuti Vihara, il n’y a plus de jours, plus d’obscurité. Il n’y a ni plaisir ni peine ni crainte. Il y a la méditation, l’aspiration et l’élégance. Une quiétude dans le silence du ciel. Je suis à Sanarth, c’est là que Bouddha dispensa son premier enseignement, celui portant sur les quatre vérités : l’existence de la souffrance, l’origine de la souffrance, la possibilité de la cessation de cette souffrance et la vérité sur la voie qui mène à cette cessation. Après avoir atteint l’éveil sous l’arbre de la Bodhi, il resta silencieux pendant cinq semaines, pensant que la vérité qu’il avait découverte était trop profonde pour être enseignée. Ici, aujourd’hui, le cours du monde n’est plus, l’air se tient coi, point de gens ni de chuchotements, juste le froissement du pashmina sur les épaules du gardien du temple. Le bruit des pas du temps est aboli. Tout est ici recueilli.

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Aux plaisirs des dieux…

le lingam et le yoni, Palais du Maharaja, Varanasi, Inde, gildalliere, 2008

Silencieux reflet du très lointain, je sens mes yeux sombrer dans les guirlandes de fleurs qui coiffent ton phallus. Oui, aujourd’hui, je me jette dans ce qu’il y a de plus indien en Inde : la religion et le sexe. Quand Shiva achève son interminable méditation et se marie avec la fille de l’Himalaya, la belle Parvati, c’est à Bénarès qu’ils s’installent. C’est pourquoi on y trouve plus de 3000 Lingams. Ces pierres dressées symbolisent son sexe. Le réceptacle, appelé Yoni, représente le sexe de la femme. Lorsque le sexe de l’homme est connecté au cœur, il est alimenté par l’amour. Il devient le Lingam, bâton de lumière, et se met à briller. Le Yoni va se creuser, s’ouvrir pour l’accueillir. Par l’union du Lingam et du Yoni, l’absolu qui se déploie dans le monde prouve qu’il surmonte l’antagonisme mâle-femelle et spiritualité – matérialité.

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Les chemins de la vie…

Bains au bord du Gange, Varanasi, Inde, gildalliere, 2008

Ce matin il y a foule sur les chemins de la vie. C’est au lever du soleil que les pèlerins accomplissent leurs ablutions. Certains se brossent les dents ou se lavent les cheveux, dispersant la mousse autour d’eux. Des hommes se rasent, se savonnent. D’autres se gargarisent. On lessive, on rince, on barbote au milieu des déchets sacrificiels et des ordures dans une eau malgré tout éclaircie. La richesse du fleuve sacré ne fait pas tapage, sa pauvreté ne le ternit pas. Les deux l’embellissent.

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Le temps de la chute…

La crémation, Varanasi, Gange, Inde, gildalliere, 2008

Voici venir le temps de la chute, là où la terre est dépourvue d’escaliers, là où se consument cinq où six bûchers. C’est à eux qu’on pense quand on frémit à l’appel des conques sonnant le triomphe de la mort. Celle qui apparaît ici-bas, et qui fait jaillir l’ambroisie de mon cœur au clair de ma vie. Quelques hommes s’affairent autour d’un tas de bois, poussent une bûche ou une autre, comme on arrangerait un feu de cheminée. Et puis je comprends que ce qui va brûler est un corps. Alors, c’est à ce moment là que les courants capricieux du bien et du mal emportent mon esprit avide de tout jusqu’au lieu où se sacrifie toute possession du monde. Mon rôle d’ainé aurait été de faire éclater ton crâne pour que l’âme sorte par la fontanelle. Il paraît que grâce à la chaleur du bûcher, il est inutile de frapper fort, l’os se brise très facilement.

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