La chambre de la princesse au petit pois…

La chambre, Belgique, Boxy, gildalliere, 2012

Le soleil entre dans la chambre. Sous les rideaux entrouverts, tout au long du mur, la lumière découpe des surfaces, trace des contours brûlants sur le parquet. Malgré quelques taches de clarté, très vives par endroits, la pièce, tout immobile reste baignée dans un marais d’obscurité. Autour de la suspension, des particules de poussière brillent dans un rayon oblique. Les vitres scintillent, les plantes vertes resplendissent. 

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La chambre de la princesse au petit pois…

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La cuisine gourmande…

Détail de la cuisine, design, Belgique, Boxy, gildalliere, 2012

Dans la cuisine, autour de la table de Maarten van Severen, je regarde la dame blanche fondre devant moi. Je regarde fondre imperceptiblement la vanille sous la nappe de chocolat brûlant. Je regarde la boule encore exactement ronde un instant plus tôt qui ruisselle lentement en filets réguliers blancs et bruns métissés. Je regarde le mouvement immobile, les yeux fixés sur la soucoupe blanche posée sur la crédence de Jean Prouvé. Je ne bouge pas. Les mains figées sur la table, j’essaye de toutes mes forces de garder l’immobilité, de la retenir, mais je sens bien que, sur mon corps aussi, le mouvement s’écroule.

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La cuisine gourmande…

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La salle de bain…

la cabine de douche, belgique, gildalliere, 2012

« Lorsque j’ai commencé à passer mes après-midi dans la salle de bain, je ne comptais pas m’y installer ; non, je coulais là des heures agréables, méditant dans la baignoire, parfois habillé, tantôt nu. Edmondsson, qui se plaisait à mon chevet, me trouvait plus serein ; il m’arrivait de plaisanter, nous riions. Je parlais avec de grands gestes, estimant que les baignoires les plus pratiques étaient celles à bords parallèles, avec dossier incliné, et un fond droit qui dispense l’usager de l’emploi du butoir cale-pieds. »… La salle de bain de Jean-Philippe Toussaint. 

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La salle de bain…

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Mouvement d’art…

Mouvement Art Déco, escalier de l’hôtel Martel, rue Mallet-Stevens, Paris, Robert Mallet-Stevens (1927). gildalliere, 2010

Ici tout est dans l’espace et le mouvement. C’est un endroit où le regard se réfléchit lui-même à l’intérieur de la vue, de telle sorte que l’architecture y reste prise. Entre 1926 et 1927, Robert Mallet-Stevens sculpte l’espace et le silence. En construisant la villa-atelier des frères Martel, il nargue les architectes et les décorateurs de l’époque dont la mission n’a jamais été que de remplir. L’escalier apparaît dans ce qu’il élimine. Il va chercher la lumière vers un ciel qui semble plus clair qu’ailleurs. Elle s’empare de lui, le possède, l’apaise. Elle enveloppe la cage que la main courante s’approprie en la vidant.

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Mouvement d’art …

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L’envers du décor…

l’interdit de la basilique du Sacré Coeur, butte Montmartre, Paris, gildalliere, 2021

Derrière le décor monumental de la basilique du Sacré-Coeur, en poussant une porte interdite, je me suis retrouvé plongé dans le silence du monastère. Le silence est gardien de la parole et des pensées. Il ne s’agit pas d’un vœu de silence proprement dit, mais la parole est réservée à certaines occasions : rencontres avec les supérieurs et accompagnateurs spirituels, réunions communautaires et échanges relatifs au travail. Le silence relatif des moniales fait partie intégrante de leur vie spirituelle. En évitant de prononcer des paroles inutiles, elles restent ouvertes et disponibles à la prière solitaire devant Dieu. Mais là elles m’ont viré.

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L’envers du décor…

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À l’ombre d’un sourire…

De l’ombre à la lumière, temple de Thatbyinnu, Bagan, Birmanie, Myanmar, gildalliere, 2005

Comme je m’endormais dans l’ombre des couloirs du temple Thatbyinnyu, le bouddha m’a prêté sa lumière. Son visage, blanc de tant de nuit, comme la lune quand elle est ronde, se tourne vers moi. Il me surveille du coin de l’œil. Je presse le pas entre les étages avec plusieurs ombres à mes pieds, nus. Je ne sais malheureusement pas laquelle suivre. Les carreaux de ciment, glacés, jettent sur les traverses leurs motifs par abondance, et l’odeur de l’encens se répand plus clair au fur et à mesure que je glisse. Le grand bouddha est au bout du couloir, à mi-chemin de mon amour et de son sourire.

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À l’ombre d’un sourire…

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L’éveil…

Bouddha du temple de Htilominlo, Bagan, Birmanie, Myanmar, gildalliere, 2005

Dans le temple de Htilominlo, le dernier des grands temples bouddhiques de Bagan, édifié entre 1211 et 1218 par le roi Nantaungmya pour commémorer le fait qu’un parasol, symbole du pouvoir, se serait incliné devant lui au cours de son intronisation, plus haut encore, juste sous le dernier étage à quarante-six mètres de haut, il y a quatre bouddhas, quatre recueillements immatériels. Des êtres dépourvus de corps dont la durée de vie est si vertigineuse qu’on se croit tout petit. Je me laisse envahir par la paix quand le soleil darde ses premiers rayons. Je me sens heureux. J’ai compris qu’aucun rite, aucun sacrifice, aucune cérémonie, aucune prière ne remplacera l’effort personnel.

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L’éveil…

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À la recherche de l’éveil…

Les couloirs du temple Dhammayangyi, Bagan, Birmanie, Myanmar, gildalliere, 2005

Après avoir traversé un dédale de couloirs, les portes s’ouvrent sur une salle de dix mètres de haut qui s’étend devant moi sur plus d’une trentaine de mètres. À l’extrémité trône une statue colossale recouverte de feuille d’or. La tête est éclairée par les rayons du soleil à travers une unique fenêtre, et l’expression du visage est débonnaire. La paume du bouddha se tend vers moi dans un geste d’indulgente admonestation comme pour m’inviter à ne pas aller plus loin. J’ai balayé les murs de mon regard et découvert seize niches dans les ombres desquelles se dressent des statues. Je me sentis envahi par une émotion que je réprimais aussitôt avant de me rapprocher de plus près d’une des statues. Je ne veux pas laisser aux bouddhas la moindre occasion de bouger ou de s’adresser à moi.

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Côte à côte…

La cérémonie des nat, Bagan, Birmanie, Myanmar, bouddhisme, temple, gildalliere, 2005

Il est vrai que jadis, avant 1167, furent en cette ville deux riches et puissants rois : Alaungsithu et son fils Narathu. Quand ils vinrent à mourir, on fît édifier le plus grand temple bouddhique de Bagan. Resté inachevé, le Dhammayangyi fut l’objet de beaucoup de soins : ses briques furent frottées les unes contre les autres, afin qu’aucun interstice ne fut visible, et collées par un enduit végétal d’une extrême solidité. Ce que fît faire le fils pour sa grandeur et pour son âme afin qu’on eût souvenance de lui après sa mort, c’est l’unique représentation de ces deux bouddhas à tête d’or. Siddhārtha Gautama, le bouddha éveillé, et Maitreya, le bouddha de l’amour et de la bienveillance, assis côte à côte, ils rehaussent le bien-être du monde et l’orientent vers l’éveil. Et quand le soleil les atteint, une grande lueur en rayonne.

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Côte à côte…

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L’or birman...

Temple, Bouddha, Bagan, Birmanie, Myanmar, gildalliere, 2005

Le Bedin-Saya, qui interprète les rêves dans les coins ombragés des marchés aux odeurs aromatiques, m’a raconté une légende selon laquelle le soleil qui se lève en Birmanie n’est pas le même que celui qui se lève dans le reste du monde. Il lui suffit de regarder le ciel pour le savoir. De voir comme il inonde les rues, s’immisçant dans les fissures et les ombres des temples, anéantissant les perspectives, les textures et l’or recouvrant les Bouddhas. De voir comme il brûle, scintille, s’embrase, et le bord de l’horizon est comme un daguerréotype qui prend feu, surexposé, avec les bords qui se recroquevillent. Comme il liquéfie le ciel, les banians, l’air épais, son propre souffle, sa gorge, son sang. Comme les mirages s’approchent pour lui tordre les mains du fin fond des routes lointaines.

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l’or birman…

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