Que de la beauté…

Les colonnes du Palais Galliera, Paris, gildalliere, 2021

C’est comme un travelling de cinéma, on voit venir sur la droite et sur la gauche deux galeries ouvertes suivant les courbes de la cour, scandées par des colonnes à bossage et des chapiteaux d’ordre corinthien. Sur le toit, une balustrade traditionnelle laisse la vue se perdre face à l’étendue vaste et fuyante du palais de Chaillot. Alors, puisqu’on ne sait pas où passe le passé et que le temps ne revient pas, que fait-on quand on restaure ?
Avant l’exposition Gabrielle Chanel, on vise à mettre dans la vie de tous les jours, un peu de beauté, de liberté, et l’élégance de la duchesse Maria de Ferrari de Galliera, qui brilla un temps ici à l’abri des regards.

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Que de la beauté…

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Le pied…

Un fleuve, 1759, marbre, sculpture, Jean Jacques Caffieri, le dieu fleuve personnifié est représenté ici à califourchon sur un grand vase déversant de l’eau. Musée du Louvre, Paris, gildalliere, 2021

J’effleure du regard « Un Fleuve ». J’écarte la blancheur du marbre de Paros. Je remonte les contours immobilisés de la pierre dure à la chair. La sculpture de Jean-Jacques Caffieri retombe dans la nuit du musée du Louvre et je n’échappe pas à ce silence. À la froideur du marbre, je prends mon pied.

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Le pied…

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Le grand frisson…

Cicéron, plâtre, version du plâtre commandé en 1803 pour la salle des séances du Sénat au palais du Luxembourg, placé au Louvre avant 1857, Jean-Antoine Houdon, Musée du Louvre, gildalliere, Paris, 2021

Cicéron est un athlète de la parole, un styliste de l’émotion. On se presse à ses discours pour admirer un art qui tient en trois principes : éclairer l’assistance, satisfaire son goût du beau, faire passer le grand frisson. Pour le célèbre avocat romain, l’amitié est le bien fondamental : « je me demande si, à part la sagesse, les dieux ont donné aux hommes quelque chose de meilleur ». 
Comment choisir ses amis ?
Comment les mériter ?
Comment les garder ?
Je me pose la question. 
J’ai quelque peu perdu mon goût des rencontres nouvelles, et cette souplesse d’esprit qui me permet de m’associer à la pensée d’autrui.

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Le grand frisson…

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L’esprit d’escalier…

Musée du Louvre,Escalier Lefuel, Aile Richelieu, Paris, gildalliere, 2021

Je suis au pied du grand escalier monumental Lefuel. Je monte quelques marches dans la poussière du temps. C’est une des réalisations les plus emblématiques de l’architecture du XIXe siècle. Il fut édifié entre 1852 et 1858 dans l’aile nord des bâtiments du Nouveau Louvre, appelée désormais aile Richelieu. Par les oculus du haut, tombe un jour pâle dont le faisceau oblique désigne la double volée de pierre blanche richement décorée de multiples sculptures. Il est bon qu’avant de monter cette suite de marches, je puisse donner un peu plus d’élégance à ma démarche.

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L’esprit d’escalier…

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Victoire…

Victoire de Samothrace, Musée du Louvre, gildalliere, 2021

Ah ! Victoire, si sans regards, sans voix, sans pieds, sans bras, tu pouvais m’aimer !
Il y a une symphonie de sensations chez toi qui me fait rêver. Offre à mes tourments ton refuge à cette heure maritime où les proies sont assaillies, où la terreur des captifs vire à la folie. À t’observer, il y a de l’admiration, des navires, des nuages, la mer Égée, le ciel grec, la brise, le vent, la latitude, la longitude, l’île de Rhodes, et Samothrace. C’est qu’au marbre de Paros où le cœur du monde antique vibre, toi, tu as des ailes.

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Victoire…

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Pomone et Cérès…

Pomone et Cérès sur le balcon de la cour Puget, Musée du Louvre, Paris, gildalliere, 2021

C’est peut-être ça un chef-d’œuvre : le balcon de la cour Puget, Pomone et Cérès posées sur leur piédestal, altières, couronnées de lauriers et de fleurs d’été. Elles surgissent tranquillement, les bras chargés de fruits. J’oublie qu’elles sont de marbre et que le marbre ne marche pas. Du moins le socle explique l’immobilité. Pour les statues comme pour les hommes, un piédestal c’est un petit espace étroit et honorable, avec du vide tout autour qui te donne de l’importance. L’essentiel de la statue, de sa substance, c’est le silence.

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Pomone et Cérès…

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Victoire…

Un escalier pour la victoire de Samothrace, escalier Daru, Musée du Louvre, Paris, gildalliere, 2021

Il y a La Joconde, la Vénus de Milo, et sans bras ni tête, la Victoire de Samothrace. Elle est fascinante. « De la mousseline de pierre » écrivait Champoiseau à Napoléon III. De ce corps svelte et tendu, se dégage un sentiment d’élan et de vitalité exceptionnelle. Qu’importe si les ailes déployées sont clonées, la Victoire, posée en majesté en haut de l’escalier monumental, m’accueille comme un pèlerin à Samothrace, à l’époque où elle était installée en hauteur à flanc de colline. Tout le génie du sculpteur réside là, dans un pouvoir de fascination qui traverse les siècles. 

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Victoire…

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La lumière s’est arrêtée …

Promenade sur la plage de Trouville-sur-Mer, gildalliere, mon été 2021

Hier, aujourd’hui, demain, j’ai beau fixer la mer, la lumière n’est jamais la même. Aujourd’hui, elle efface le fil à l’horizon. La mer est basse, calme, la saison est indéfinie, le temps est lent, le ciel et l’eau occupent l’espace oxydé par une luminosité de bronze. Sur le sable, des surfaces d’eau calme, isolées reflètent des transparences. Une femme marche dans les flaques d’un pas égal. Elle ne regarde rien d’autre que le sable devant elle.

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La lumière s’est arrêtée …

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Toutes lLignes confondues…

Les pieux noirs, plage de Trouville-sur-Mer, gildalliere, mon été 2021

Il y a toujours une journée, dans la vie d’une femme ou d’un homme, pour recueillir la beauté du monde. Très tôt, le matin, je fixe les pieux noirs plantés dans la mer, longtemps, jusqu’à ce que je ne les vois plus. Ce matin j’ai regardé la ligne grise de la Manche où prend appui le ciel. La terre tient les nuages dans ses mains, une nuée bleutée qui remplit de lumière le sable comme une aquarelle sur un papier vélin.

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Toutes lignes confondues…

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La saison menteuse…

Les roches noires à marée basse, Trouville-sur-Mer, gildalliere, mon été 2021

Le jour ne s’est pas levé de la journée. On ne sait pas si c’est encore l’été ou la fin de l’automne. Pourtant ça fait vingt ans que l’on parle du réchauffement climatique, vingt ans qu’on ne fait rien, qu’il ne se passe rien , ou du moins qu’une saison menteuse et sans nom s’est infiltrée entre deux. Elle est apparue, indécise, sur la plage vide, au milieu des roches noires. Au fond, sur la ligne de la marée basse, il y a quand même deux personnages qui se promènent pieds nus dans le bleu laiteux de la mer. Ils marchent vers le large, vers Le Havre. Derrière eux, la nouvelle saison, le silence et le vide.

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