TRY TO GET WHAT YOU LOVE OR YOU'LL BE FORCED TO LOVE WHAT YOU GET
Archives de Catégorie: Clichés/Inspiration
La chambre de la princesse au petit pois…
La chambre, Belgique, Boxy, gildalliere, 2012
Le soleil entre dans la chambre. Sous les rideaux entrouverts, tout au long du mur, la lumière découpe des surfaces, trace des contours brûlants sur le parquet. Malgré quelques taches de clarté, très vives par endroits, la pièce, tout immobile reste baignée dans un marais d’obscurité. Autour de la suspension, des particules de poussière brillent dans un rayon oblique. Les vitres scintillent, les plantes vertes resplendissent.
Détail de la cuisine, design, Belgique, Boxy, gildalliere, 2012
Dans la cuisine, autour de la table de Maarten van Severen, je regarde la dame blanche fondre devant moi. Je regarde fondre imperceptiblement la vanille sous la nappe de chocolat brûlant. Je regarde la boule encore exactement ronde un instant plus tôt qui ruisselle lentement en filets réguliers blancs et bruns métissés. Je regarde le mouvement immobile, les yeux fixés sur la soucoupe blanche posée sur la crédence de Jean Prouvé. Je ne bouge pas. Les mains figées sur la table, j’essaye de toutes mes forces de garder l’immobilité, de la retenir, mais je sens bien que, sur mon corps aussi, le mouvement s’écroule.
« Lorsque j’ai commencé à passer mes après-midi dans la salle de bain, je ne comptais pas m’y installer ; non, je coulais là des heures agréables, méditant dans la baignoire, parfois habillé, tantôt nu. Edmondsson, qui se plaisait à mon chevet, me trouvait plus serein ; il m’arrivait de plaisanter, nous riions. Je parlais avec de grands gestes, estimant que les baignoires les plus pratiques étaient celles à bords parallèles, avec dossier incliné, et un fond droit qui dispense l’usager de l’emploi du butoir cale-pieds. »… La salle de bain de Jean-Philippe Toussaint.
La sépulture de François Truffaut, cimetière de Montmartre, Paris, gildalliere, 2021
Dans le ciel vide et bleu du cimetière de Montmartre je marche sur les traces de @ferranteferranti. Les vagues des arbres glissent à ma rencontre. Rafraîchi par le poli du granit noir j’écoute la blancheur des nuages. Je reflète le large qui loin m’emporte dans le souvenir de ces films : Tirez sur le pianiste, Jules et Jim, La Mariée était en noir, et le temps comme du sel se dissout.
Napoleon Bonaparte, les Invalides, Paris, gildalliere, 2018
C’est un anniversaire qui ravive les controverses autour d’une figure complexe et incontournable de l’histoire de France. Pourtant Napoléon est bien aujourd’hui une part de nous, de notre histoire. Commémorer signifie se souvenir ensemble, mais pas honorer et grâce à cette commémoration on rend hommage à un stratège, un législateur, un bâtisseur, à cette part de la France qui a conquis le monde. On rend hommage à l’homme qui a gravé dans le marbre l’égalité civile entre les hommes avec le code civil, la protection de la loi pour tous avec le code pénal.
Sous les ponts de Paris, le soleil est encore timide, mais on entend les oiseaux chanter, ce qui, en comparaison de la vie urbaine, procure une légitime satisfaction. Je voudrais honorer ce bouquet de promesses que nous nous sommes fait sous le Pont Neuf. L’envie de vivre ensemble fut prise ici et le fleuve ravive mes vœux. Il scelle la simplicité de nos serments. Il me guérit de moi-même. Il filtre mes malheurs et mes impuretés. Il tient à ma fidélité, au peu de bruit que je fais en en faisant le tour. Chaque point de vue est une région de l’âme.
Danser les ombres, cimetière de Montmatre, Paris, gildalliere, 2021
Elle est là. Je passe toujours devant elle dans le cimetière de Montmartre du côté de Dalida. Elle ne s’appelle pas, il y a juste la profondeur de la mort. Les épreuves du temps l’ont forcée, l’ont enlevée à l’existence qu’elle avait espérée, mais elles ne lui font pas baisser les yeux. Elle est là, devant moi, au soleil traversant, sans plainte. Elle est belle dans la lumière du passé filtré par les errances d’aujourd’hui.
Mouvement Art Déco, escalier de l’hôtel Martel, rue Mallet-Stevens, Paris, Robert Mallet-Stevens (1927). gildalliere, 2010
Ici tout est dans l’espace et le mouvement. C’est un endroit où le regard se réfléchit lui-même à l’intérieur de la vue, de telle sorte que l’architecture y reste prise. Entre 1926 et 1927, Robert Mallet-Stevens sculpte l’espace et le silence. En construisant la villa-atelier des frères Martel, il nargue les architectes et les décorateurs de l’époque dont la mission n’a jamais été que de remplir. L’escalier apparaît dans ce qu’il élimine. Il va chercher la lumière vers un ciel qui semble plus clair qu’ailleurs. Elle s’empare de lui, le possède, l’apaise. Elle enveloppe la cage que la main courante s’approprie en la vidant.
5h30, le soleil se lève sur le village D’Aroniadika, Kithera, Grèce, gildalliere, 2017
Il est 5h30, le soleil levant se pose sur la ligne électrique pour écouter la poésie d’Arthur Rimbaud. « J’ai embrassé l’aube d’été. Rien ne bougeait encore au front des palais. L’eau était morte. Les camps d’ombres ne quittaient pas la route du bois. J’ai marché, réveillant les haleines vives et tièdes, et les pierreries regardèrent, et les ailes se levèrent sans bruit.
La première entreprise fut, dans le sentier déjà empli de frais et blêmes éclats, une fleur qui me dit son nom.
Je ris au Wasserfall blond qui s’échevela à travers les sapins : à la cime argentée je reconnus la déesse.
Alors je levais un à un les voiles. Dans l’allée, en agitant les bras. Par la plaine, où je l’ai dénoncée au coq. À la grand’ville elle fuyait parmi les clochers et les dômes, et courant Comme un mendiant sur les quais de marbre, je la chassais. En haut de la route, près d’un bois de lauriers, je l’ai entourée avec ses voiles amassés, et j’ai senti un peu son immense corps. L’aube et l’enfant tombèrent au bas du bois. Au réveil il était midi. Arthur Rimbaud, Illuminations
Il y a comme un pressentiment, une sorte de sagesse précieuse dans cette image. Cette fleur est la fleur du souvenir. La voici devant moi, immobilisée à jamais à travers le prisme impénétrable mais si facile à briser de ses tendres couleurs, celle qui hier flottait si vite sur tes cendres. La rose s’est fanée, mais elle n’a rien perdu de la fraîche pâleur de ses nuances orangées.