De marbre…

Nu N° 4, Paris, gildalliere, 2021

Je tente de traduire le rapport entre la chair et la sculpture antique. Le déplacement incessant des frontières entre celui qui pose et celui qui prend, si bien que le centre du sujet conscient et rationnel disparaît dans l’entre-deux d’une rencontre éphémère. Le flou artistique, bougé, traduit le sentiment de la perte du sujet, mais le strip-tease émotionnel auquel je me livre dans ces images intimes semble mener inéluctablement vers la brutalité et la douceur d’un marbre sculptural. 

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De marbre …

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Silence, on tourne…

Les Deux Plateaux, colonnes de Buren, cour d’honneur du Palais Royal, Paris, gildalliere, 2021

La cour d’honneur du Palais Royal vide. Les Deux Plateaux, l’œuvre de Buren enfin paisible. Voilà une chose bien rare et cela se produit aussi avec les architectures. Il y a les architectures royales, celles qui ont fait l’histoire antique, royale, de l’architecture. Il y a aussi les architectures royales d’aujourd’hui, grandes, sophistiquées, précieuses, précédées d’élaborations technologiques, compliquées, hermétiques. Puis il y a les maisons, les murs, les grilles, les escaliers et les perrons, les fenêtres et les fenestrons, les sols, l’architecture sans histoire et il y a aussi le silence du vide.

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Silence, on tourne…

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Ils sortent enfin de leur réserve…

Enfin, la joconde, chez Mathias, Paris, gildalliere, 2007

Ils sortent enfin de leur réserve. Prêts, nos musées ? Après deux cents jours portes closes, ils le sont plus que jamais. Avec du gel, des masques, une jauge de réouverture abaissée, et peut-être même un sens de visite qui empêche les marches arrière et des billets horodatés. Mais qu’importe ! On va cesser de se bousculer pour admirer la Joconde et c’est bien.

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Ils sortent enfin de leur réserve…

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Exister…

Nu, bougé, expérimentation, flou, Paris, gildalliere, 2021

Il n’y a aucune attitude morale, aucun jugement, simplement l’éthique de l’affirmation qu’il faut pour explorer l’univers du nu et le partager en prenant beaucoup de précautions. J’évite de définir à l’avance ce que je vais photographier. Les prises de vues sont bougées, dues au hasard des rencontres, des situations, mais les obsessions restent les mêmes, pour ne parler finalement que du simple sentiment d’exister.

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Exister…

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La géométrisation des formes…

DIOR : bâche trompe-l’oeil sur l’immeuble historique de l’avenue Montaigne, Paris, gildalliere, 2021

Le monde du luxe est une façade en trompe-l’œil. Des aplats gris Christian Dior, juxtaposés à des fenêtres argentées, cèdent la place à des plans qui s’entrechoquent et se chevauchent, devenant translucides dans le ciel tourmenté de ce mois de mai. Réflexion solaire où les formes sont brisées, comme si on regardait la maison de couture de l’avenue Montaigne à travers un prisme. La bâche procède au décorticage de l’immeuble parisien afin de rendre apparente son armature et d’arriver ainsi au plus près de sa structure. Alors, ce qui n’y apparaît pas, se découvre. 

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L’identité…

Le réveil, Paul, nu, portrait, pause, flou, gildalliere, 2021

« Ce que nous voyons n’est pas fait de ce que nous voyons, mais de ce que nous sommes. » Fernando Pessoa.
L’identité se trouble, l’espace aussi. Mon scénario n’est pas dans la narration mais dans l’émotion visuelle. Le personnage bouge, il se dissout, s’évanouit. Il se dérobe à la photographie. Il reste une énigme à moins qu’il ne soit un révélateur. Et c’est ainsi. Une simple mise à plat d’une expérience ordinaire. Sortir de sa zone de confort. Une expérimentation photographique indissociable d’une certaine façon d’appréhender l’existence, le risque, ou le désir… L’inconscience et le hasard restent les éléments essentiels.

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L’identité…

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En clair-obscur…

Napoleon Bonaparte, les Invalides, Paris, gildalliere, 2018

C’est un anniversaire qui ravive les controverses autour d’une figure complexe et incontournable de l’histoire de France. Pourtant Napoléon est bien aujourd’hui une part de nous, de notre histoire. Commémorer signifie se souvenir ensemble, mais pas honorer et grâce à cette commémoration on rend hommage à un stratège, un législateur, un bâtisseur, à cette part de la France qui a conquis le monde. On rend hommage à l’homme qui a gravé dans le marbre l’égalité civile entre les hommes avec le code civil, la protection de la loi pour tous avec le code pénal.

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Mouvement d’art…

Mouvement Art Déco, escalier de l’hôtel Martel, rue Mallet-Stevens, Paris, Robert Mallet-Stevens (1927). gildalliere, 2010

Ici tout est dans l’espace et le mouvement. C’est un endroit où le regard se réfléchit lui-même à l’intérieur de la vue, de telle sorte que l’architecture y reste prise. Entre 1926 et 1927, Robert Mallet-Stevens sculpte l’espace et le silence. En construisant la villa-atelier des frères Martel, il nargue les architectes et les décorateurs de l’époque dont la mission n’a jamais été que de remplir. L’escalier apparaît dans ce qu’il élimine. Il va chercher la lumière vers un ciel qui semble plus clair qu’ailleurs. Elle s’empare de lui, le possède, l’apaise. Elle enveloppe la cage que la main courante s’approprie en la vidant.

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Le collectionneur…

Collection d’encriers chinois, Birmanie, Yangon, Myanmar, gildalliere, 2006

Il faut savoir regarder les choses en face, j’ai hérité de la passion des objets. Je ne sais toujours pas de qui je tiens cette passion, en tout cas ni de maman, ni de papa. Comprenez moi bien, je tombe amoureux des objets et j’ai une dévorante ivresse pour la céramique. Elle est là depuis toujours comme une référence esthétique qui me donne un sentiment de tranquillité. J’aime ses formes, sa matière, ses couleurs. Les gens ne savent plus voir ni entendre et il faut apprendre à regarder. Apprendre à regarder c’est apprendre à trouver. Dans chaque biscuit découvert il y a une histoire, un message, l’objet doit trouver sa place et même si je suis pour l’ordre je suis aussi ouvert à l’imprévu. C’est une histoire d’amour, la plus belle et parfois je la quitte et j’aime en faire don à qui me laisse à penser qu’ils les aimeraient tout autant que moi.

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Le marché Bogoyke Aung San…

Le marché Bogyoke Aung San, Yangon, Birmanie, gildalliere, 2005

Le marché Bogoyke Aung San, construit par les britanniques en 1926, est connu pour son architecture coloniale et ses ruelles intérieures pavées. Toutes les modes les plus sensationnelles d’Asie s’y étalent. Des femmes kachins sont vêtues de sarraus chinois, une spirale argentée en borde l’encolure avec élégance. Des palaungs enturbannées mâchent le bétel à longueur de journée jusqu’à se marquer les dents et les lèvres de traces indélébiles. Les taungthus sont habillées de chemises vagues bleues indigo. Les shans minces ont un genre plus recherché et dans la foule disparate du marché, elles font figure de grandes bourgeoises. Leurs grands chapeaux champignons les dérobent aux regards jusqu’au moment où elles lèvent les yeux, alors on contemple parfois un visage d’une beauté inouïe. Derrière leurs étalages, de jeunes femmes regardent leurs clients avec l’expression distante et hautaine qu’ont les vendeuses dans les commerces de luxe. Shan, Môn, Karen, Kachin, Chin, Rakhaing, avec huit ethnies nationales et soixante-sept sous-groupes, la Birmanie est une véritable mosaïque ethnique, dont le séjour dans le triangle d’or donne un aperçu immédiat et assez déroutant. Car si les Was ne coupent plus les têtes, les Akhas qu’on rencontre au marché de Kengtung portent toujours leurs coiffes ornées de piastres indochinoises frappées de la mention « République française – 1928 ». Une joie pour les nostalgiques.

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Le marché Bogoyke Aung San…

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